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LR : ces récents ateliers de la refondation que tout le monde a oublié alors qu'ils contiennent toutes les réponses
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

SOS identité perdue

LR : ces récents ateliers de la refondation que tout le monde a oublié alors qu'ils contiennent toutes les réponses

Il y a deux ans, après la défaite de la droite à la présidentielle et aux législatives, des ateliers de refondation de LR se sont tenus et ont délivré des messages que la droite ferait bien de reprendre.

Nelly Garnier

Nelly Garnier

Nelly Garnier est directrice associée en agence de communication, chez Havas Paris. Elle a coordonné les ateliers de refondation de la droite et du centre en 2017, après les deux défaites électorales des présidentielles et des législatives.

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Atlantico : Il y a 2 ans, vous dirigiez les ateliers de la refondation de la droite pour LR après une double défaite à la présidentielle et aux législatives. En quoi consistait cette grande enquête pour redonner un élan à la droite traumatisée par le revers de la campagne de François Fillon ?

Nelly Garnier : La démarche en elle-même était extrêmement innovante, cela avait alors été très salué et précurseur. C'était une volonté de Bernard Accoyer, qui est médecin de profession. Il considérait que le patient LR était très malade et que l'important était de poser le bon diagnostic. Il m'avait donné toute liberté : il souhaitait que cela ne soit pas une démarche d'élus, mais une réflexion libre menée auprès des militants et d'experts extérieurs au parti. Nous avons envoyé un questionnaire aux militants, organisé des ateliers dans toute la France. Nous avons réalisé une enquête avec Harris interactive auprès des électeurs de droite et des anciens électeurs de droite qui avaient voté Nicolas Sarkozy avant de se tourner vers le FN ou En marche. Et nous avons conduits une réflexion avec des essayiste, des politologues, des philosophes.

La démarche, totalement autonome, n'était pas portée par les ténors. Cependant, certains avaient suivi de près nos travaux, notamment Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Éric Ciotti et Laurent Wauquiez qui était alors en campagne.

Quelles étaient les conclusions de votre rapport ?

Le sous-titre du rapport final était : "un avertissement, une boussole, un commencement". Cela résumait bien les choses.

C'était un avertissement parce que les militants et les sympathisants avaient porté, au travers de leurs contributions, un regard très dur et critique sur le monde des élus et sur l'appareil partisan. Ils leur reprochaient de ne pas avoir tenu leur parole, de ne pas avoir fait ce qu'ils promettaient quand ils étaient au pouvoir. Ils leur reprochaient aussi d'avoir accentué les divisions et poursuivi des stratégies personnelles, au lieu d'enclencher des dynamiques collectives. Les primaires avaient d'ailleurs été rejetées, les militants considérant qu'elles contribuent à exacerber les divisions. L'avertissement était aussi en termes de ligne politique. 73% des adhérents avaient affirmé qu'ils croyaient au clivage droite-gauche, qu'ils voulaient de la clarté dans la ligne politique du parti. Dans le même temps, 77% étaient ouverts à l'existence de différentes sensibilités au sein du parti: ils n'étaient pas pour un rétrécissement de la droite, mais pour du courage et une fidélité à ses engagements.

Le rapport était ensuite une boussole : pour refonder, il fallait savoir ce que nos sympathisants considèrent être la droite. A la suite de la défaite de François Fillon, le programme pour les présidentielles avait été revu pour les législatives. Certains membres du parti considéraient alors que ce qui nous avait fait perdre était le programme Fillon, jugé trop libéral ou trop conservateur sur le plan sociétal. On avait demandé alors aux militants ce que la droite devait être, et en numéro un était venu "réformatrice" (49%), libérale (38%), gaulliste (33%). Dans les valeurs, ressortaient en premier le travail, la sécurité et l'exemplarité. Et quand on comparait cela aux retours des électeurs de droite, on retrouvait des résultats qui étaient sensiblement les mêmes. Militants et électeurs de droite de 2007 et 2012 se retrouvaient autour d'un même triptyque: liberté, Etat et culture française.

Et finalement il y avait un certain point d'équilibre dans le programme de François Fillon. Sur la question de la ligne, un des enseignements majeurs à été que militants et sympathisants exprimaient des choses assez similaires. Contrairement à ce qu'on a pu dire, les militants LR n'étaient pas plus radicalisés que les sympathisants. Par exemple les questions sociétales ne sont ressorties comme une priorité que pour 18% des adhérents. Un score très faible alors même que la candidature de François Fillon avait pu laissé penser que c'était une question importante. Ce qui avait plu dans le programme Fillon, c'était ce point d'équilibre pas forcément le prisme du conservatisme sociétal.

Et enfin, nous amenions des préconisations pour l'avenir, et invitions à poursuivre le travail notamment idéologique.

Pourquoi ce programme n'a-t-il dès lors pas mis en œuvre ? Faut-il considérer que la droite n'a pas suivi les préconisations de votre enquête ?

Le programme permettait notamment de savoir ce qu'attendaient nos militants et sympathisants. Après, il faut voir que bien des choses se sont passées entre ce moment et les élections européennes. Il y a eu entre temps la fracturation de la France et la crise des Gilets jaunes. Quand on regarde ce qui nous a fait perdre notre électorat, on observe d'abord que certains ont suivi la logique de cristallisation de l'opposition entre le RN et LREM et ont choisi l'un ou l'autre. Mais il y a aussi le fait que Macron a réussi à incarner à la fois l'aspect économique libéral et celui de l'ordre et de la fermeté dans la façon dont le gouvernement a géré les derniers sursauts de violence du mouvement des Gilets jaunes. Ce volet Travail/Sécurité, il a su l'occuper. Ce qui ne veut pas dire qu'il l'occupera durablement, que nos électeurs ne rentreront pas à la maison. Mais force est de constater qu'il a mieux incarné que nous ces questions à ce moment donné.  

Cependant, il y a un point fondamental qu'il n'a pas su incarner et qui était ressorti dans notre synthèse. Le rapport montrait que la droite avait toujours été une synthèse entre deux droites, une droite plus libérale, plus urbaine, plus aisée et une droite plus populaire, plus à la Pompidou ("il faut arrêter d'emmerder les Français") les deux parvenant à se retrouver autour d'un projet de société. Macron n'est pas capable aujourd'hui de créer de la réconciliation. Et c'est ce qui à mon avis inquiète aujourd'hui notre électorat. Le danger d'une France qui se scinde en deux.

Jugez-vous que Laurent Wauquiez ou François-Xavier Bellamy, qui était intervenu lors des assises de la réconciliation, ont écouté les conclusions de ce rapport ?

Il y a eu un flottement très fort sur la question économique, qui a commencé notamment sur les contrats aidés. Le discours des LR a pu être perçu comme plus protectionniste, plus étatiste, ce qui a fortement déstabilisé notre électorat.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais au début, beaucoup de nos sympathisants considéraient qu'il fallait soutenir les réformes. La ligne économique des Républicains n'a plus été perçue comme claire. On savait que la droite était fracturée sur le plan économique et européen, depuis Maastricht, entre une droite souverainiste et une droite libérale européiste : le scrutin européen ne pouvait qu'accentuer cette fracture, qui ne touche pas que LR mais aussi le PS.

A ce flou économique s'est ajouté un début de campagne compliqué avec de très nombreuses attaques portées à l'encontre de François-Xavier Bellamy notamment concernant ses positions sur l'ivg. Elles ont pu donner le sentiment d'un rétrécissement conservateur. Cela s'est tassé au milieu de la campagne mais a ressurgi à la veille du scrutin avec l'actualité sur Vincent Lambert.

Plus largement, il y a eu un volet "défense de l'identité chrétienne de la France", porté lors de la présidence Wauquiez, qui a désorienté une partie de notre électorat. Ils ont pu penser que la défense de la liberté d'entreprendre, du mérite, du travail, n'était plus une priorité et qu'une ligne identitaire ou sociétale avait pris le dessus. Ligne dans laquelle ils ne se retrouvaient plus…

Notamment les catholiques de droite…

À la présidentielle, les catholiques avaient voté Fillon mais pas forcément en raison de ses positions sur les questions sociétales. Peut-être qu'une erreur de diagnostic a été faite sur ce point-là. On a peut-être sous-estimé la volonté de réconciliation de l'électorat catholique qui s'était retrouvé dans un discours de cohésion nationale.

Dès lors qu'est-ce qui entraine la défaite cuisante de ces européennes ? Est-ce un problème de ligne ?

Ces européennes sont une nouvelle déflagration donc les élus ont raison de réengager une démarche de refondation. Cependant il est intéressant de voir que le diagnostic que nous avions fait a été ressorti par les militants eux-mêmes sur les réseaux sociaux. C'était je pense une façon de dire que son contenu était encore d'actualité. En 2017, on ne faisait que 20% et on n'atteignait pas le second tour ; LR perdait des sièges à l'assemblée mais, malgré tout cela, les LR était le premier parti d'opposition. En 2019, la situation est bien pire.On se retrouve dans une situation où, dans certaines grandes villes LR est derrière le RN, comme à Toulouse où la liste LR fait 7,5% contre 11,4 pour le RN. Et ce alors que LR et le PS avaient toujours obtenu un score plus élevé qu'au national dans les grandes villes.

Dans la démarche qui s'engage, l'important est de ne pas oublier le terrain et les militants. Il ne faut pas oublier que notre rapport insistait sur le fait que la refondation devait se faire avec les militants. C'est en cela que notre démarche avait été appréciée : on avait loué notre écoute. Aujourd'hui LR fait 8,5%, mais si la droite ne les consolide pas, elle passera à 6 ou 5%. Nos ateliers montraient un vrai besoin de parole. Lors de la campagne de Fillon, beaucoup d'élus s'étaient désengagés alors que les militants eux étaient restés à tracter, à être assesseurs dans les bureaux de vote malgré les conditions difficiles… et ils ont recommencé en 2019, avec une très belle campagne, des meetings pleins, souvent même plus que chez LREM. Aujourd'hui nos militants et notre électorat sont éprouvés. Alors l'avertissement tient toujours pour les élus LR : si vous ne nous écoutez pas, même nous, nous allons vous lâcher.

Est-ce que la droite est vraiment libérale conservatrice comme l'a défendu Laurent Wauquiez notamment ces dernières années ?

La droite française est libérale conservatrice comme toutes les droites européennes, mais elle accorde une place particulière à l'État. On attend de l'État qu'il joue son rôle fédérateur, et protecteur auprès des plus fragiles. C'est une spécificité française qu'il faut noter.

La ligne conservatrice n'est-elle finalement pas caractéristique de la droite française ?

Dans les faits, le conservatisme n'était retenu que par 11% des militants. A mon avis, c'est parce que c'est un concept qui n'est pas compris en France. En en discutant avec les militants de Sens Commun, je m'étais rendu compte qu'ils portaient des valeurs du conservatisme à l'anglo-saxonne dans lesquelles se retrouve l'électorat de droite: la limite, la frontière, une demande de continuité historique. Mais pour notre électorat ce n'est pas cela le conservatisme. Nous en avions conclu que la synthèse de la droite française, ce n'est pas le libéral-conservatisme, mais le libéral-gaullisme. Pour nos militants et sympathisants, il faut le gaullisme pour tempérer le libéralisme. Dans les points faibles du macronisme, si on peut considérer qu'il coche très fortement la case libérale, celle du gaullisme (rôle protecteur de l'État, tempérance vis-à-vis du libéralisme, défense de la continuité culturelle) n'est pas cochée. Là est la défaillance si on se place du point de vue de notre électorat naturel – même si le bouleversement des clivages actuels n'en fait plus tout à fait notre électorat naturel...

Au regard de votre rapport, sur quel point selon vous la droite devrait travailler si elle veut éviter un troisième round désastreux de refondation après les prochaines élections ?

Notre travail n'était que le commencement d'une réflexion qu'il faudra bien sûr poursuivre. Si je devais donner mon avis, je dirais que ce qui inquiète les militants, pour les avoir beaucoup fréquenté à cette période-là, c'est que pour unir, il faut des idées claires. Ils craignent aujourd'hui des logiques de rassemblement fondées sur des logiques d'appareil et de tractations qui nous rendent plus mous et fades dans ce qu'on défend.

Notre rapport avait montré que la question n'était pas de savoir si on unit la droite et le centre ou si on est juste la droite. Pour unir, il faut des idées claires et fortes. Le rassemblement doit s'appuyer sur un travail idéologique, sur des propositions fortes, détonantes, pas sur du flou.

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