"I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating" de Robert Wilson : Une performance de très haut niveau. Epoustouflant | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
"I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating" de Robert Wilson est à découvrir à l'Espace Cardin-Théâtre de la Ville.
"I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating" de Robert Wilson est à découvrir à l'Espace Cardin-Théâtre de la Ville.
©Lucie Jansch / DR / Théâtre de la Ville

Atlanti-Culture

"I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating" de Robert Wilson : Une performance de très haut niveau. Epoustouflant

"I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating" de Robert Wilson est à découvrir à l'Espace Cardin-Théâtre de la Ville.

Véronique Roland

Véronique Roland

Véronique Roland est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

Voir la bio »

"I was sitting on my patio this guy appeared I thought I was hallucinating" de Robert Wilson

Mise en scène : Robert WILSON et Lucinda CHILDS

INFOS & RÉSERVATION

Espace Cardin-Théâtre de la Ville
1, Av. Gabriel
75008 PARIS
01 42 74 22 77
Jusqu'au 23 octobre à 20h ; 15h le dimanche
Notre recommandation : EXCELLENT

THÈME

On serait bien en peine le définir le « thème » de I Was Sitting… car il ne s’agit ni de raconter quelque chose ni même de parler de quelque chose sinon de théâtre et de langage.  I Was Sitting… vient « interroger la différence de points de vue intrinsèque entre deux êtres humains, complices par-delà le miroir mais jouant des partitions très différentes avec le même matériau » (C. Chemin, metteur en scène associé). Concrètement, un solo dédoublé, sur fond sonore. Au premier acte, dans un décor minimaliste, un homme en noir ultra-expressif et mobile joue en boucle un texte sans logique réaliste d’une quarantaine de lignes ; à l’acte deux, dans le même décor, une femme en blanc ultra-expressive et mobile joue à son tour ce même texte en le modulant différemment. Le Festival d’Automne 2021 offre la chance de (re)découvrir cette performance exceptionnelle et déroutante créée et interprétée par Wilson et Childs en 1977, cette fois avec d’autres comédiens.

POINTS FORTS

La force visuelle - La sobriété du décor noir et blanc qui s’appuie sur quelques objets laisse le travail de la lumière créer un espace clos et produire tous les effets, que l’éclairage frappe les comédiens en plongée, contre plongée ou comme à contre-jour. Au-delà de l’esthétique, la tension et l’expressivité des visages et des corps s’en trouvent accentuées comme dans un film surréaliste. 

L’effacement du narratif – on profite d’autant plus de cette magie que, bien que la pièce soit jouée en anglais, nul besoin de lire le surtitrage et donc de quitter la scène des yeux. Le texte est bref, il est traduit dans le programme (gratuit) et, surtout, il ne « raconte » rien qui exige la vigilance du spectateur. I Was Sitting… pourrait être transcription d’un rêve décousu, d’associations d’idées. Il n’y a ni rôles ni personnages mais on est au cœur de l’humain avec ces énigmes qui montent de l’intérieur, performées par des comédiens exceptionnels.

La puissance expressive des corps – Par leurs seuls physiques, les comédiens sont extra-ordinaires. Visage anguleux, corps formé à la danse, hautement charismatique dans sa longue robe blanche avec laquelle tranchent une coiffure compliquée et un maquillage de travesti, Julie Shanahan a l’élégance hiératique d’un modèle hybride de Gruau et Man Ray. De son côté, Christopher Nell, l’homme en noir, à la fois chanteur et comédien, paraît surgir de la scène d’un cabaret berlinois et emprunte à Méphisto (qu’il a d’ailleurs joué) des traits diaboliques. 

La performance – On est bluffé par la virtuosité de Nell et Shanahan qui conquièrent le plateau pour 45 minutes chacun. Dans ce solo en miroir où le texte ne tient qu’à un fil et où toute la tension repose sur la gestuelle, l’occupation de la scène, les expressions, et les ruptures de ton et de phrasé. Ils réussissent l’exploit de nous hameçonner dès la première phrase – ce fameux « guy who appeared » qui n’apparaîtra pas davantage que Godot. On est interpellé sans répit par leurs regards, leurs attitudes, leurs voix, au point qu’on peut entendre et voir deux fois ce même solo sans avoir l’impression d’une redite.

QUELQUES RÉSERVES

Evidemment, c’est superbe et on n’en ressort pas déçu. Mais dire que I Was Sitting… n’a pas pris une ride serait un peu exagéré. La scénographie, les costumes s’inscrivent visiblement dans une époque et un courant. 

ENCORE UN MOT...

Un spectacle d’un minimalisme esthétique absolu, d’une grande exigence formelle et en tension émotionnelle constante.

UNE PHRASE

« La volonté de faire du théâtre à partir de pensées mystérieuses qui hantent tout un chacun, en laissant la place au spectateur pour vivre son propre rêve éveillé » - (Charles Chemin, à propos de Robert Wilson et I Was Sitting…).

L'AUTEUR

Depuis le début des années 60, Robert Wilson est une des grandes figures marquantes du théâtre expérimental et des arts visuels en général. Il est né à Waco, au Texas, en 1941.

Lucinda Childs, la metteur en scène, est une chorégraphe et interprète mondialement reconnue. Elle est née à New York en 1940.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !