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​Cette étude pourrait bien prouver que la Bible parle de faits historiques avérés
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THE DAILY BEAST

​Cette étude pourrait bien prouver que la Bible parle de faits historiques avérés

Une nouvelle étude portant sur la mémoire montre comment une personne peut retenir et réciter de grandes quantités d'informations, ce qui pourrait donner de la crédibilité aux récits bibliques transmis oralement.

Candida Moss

Candida Moss

Candida Moss est professeure, enseignant à l'Université de Notre-Dame dans les matières "Nouveau Testament" et "Christianisme des débuts".

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The Daily Beast - Candida Moss

Aujourd'hui, se souvenir  (de comment épeler des mots, du numéro de téléphone portable de votre conjoint ou bien des anniversaires) est fondamentalement inutile. Qui a besoin de se souvenir de détails lorsque la connaissance humaine est à portée de clic ? La cause de ce récent déclin de notre connaissance des choses est évidente : accusons Internet, les smartphones et Google. 

Avant l'alphabétisation de masse, l'information était transmise oralement. On se rappelait d'histoires interminables, de longs contes folkloriques et de chansons et poèmes composés de milliers de vers. Les spécialistes s'accordent à dire que l'Iliade d'Homère débuta son existence sous forme d'un poème récité oralement.

Les bardes celtiques d'antan, aussi, sont restés célèbres pour leur capacité à se souvenir de milliers d'histoires et poèmes. Il est facile de voir pourquoi la mémoire était aussi importante pour les peuples anciens et pourquoi les gardiens de la connaissance d'une communauté (responsables religieux, anciens, etc.) avaient un statut social élevé. La question est : comment faisaient-ils ? Manquons-nous seulement d'entraînement ? Comment se fait-il que la mémoire de nos ancêtres soit meilleure que la nôtre ? La rédactrice scientifique Lynne Kelly a étudié les techniques de mémorisation des peuples aborigènes, qui mémorisent de grandes quantités d'information sur les plantes et la zoologie, pour en comprendre le fonctionnement. DansThe Memory Code, livre tiré de sa thèse, Lynne Kelly explique comment parmi les aborigènes, les anciens peuvent se souvenir d'autant d'informations.

D'après elle, ils "encodent" la connaissance dans des chansons, des danses, des histoires et des lieux. Le processus par lequel les gens associent l'information à un lieu précis est connu des historiens et des neurobiologistes, qui utilisent la méthode de Loci, ou méthode des lieux. La première référence à cette méthode mémotechnique est trouvée dans les écrits de l'orateur romain Cicéron qui l'attribuait au poète Simonides de Céos. Simonides échappa de peu à l'effondrement d'un bâtiment et fut capable d'identifier les corps des victimes en se rappelant de la place où étaient assis les invités lors du dîner qui précéda la tragédie. La méthode d'association d'une information spécifique à l'image mentale d'un lieu (la méthode de Loci) est décrite en détails par Aristote. Elle est également mise à l'honneur dans les écrits du rhéteur romain Quitilien, parce qu'elle permettait aux orateurs et politiciens de faire des discours sans notes. Elle fut adaptée par les moines et théologiens chrétiens et resta populaire jusqu'au XIIIème siècle, lorsque les systèmes mémotechniques phonétiques comme celui de Stanislaus Mink von Wennssheim, devinrent à la mode. Pour les chrétiens, il y a beaucoup en jeu dans l'idée qu'un peuple ancien puisse avoir des souvenirs d'excellente qualité. Si ce n'était pas le cas, comment être sûr que les Évangiles décrivent précisément qui était Jésus ?

Après tout, les Évangiles n'ont été écrits que plusieurs décennies après la mort de Jésus. Pour répondre à cette question, un grand nombre d'universitaires se sont tournés vers l'étude de la mémoire et les théories des mémoires sociales, notamment pour expliquer la relation entre ce qui s'est réellement passé et les événements consignés dans le Nouveau Testament. Par exemple, le théologien Richard Bauckham, auteur de Jesus and the Eyewitnesses défend l'idée que les témoins oculaires de la vie de Jésus ont imprégné la tradition qui s'est construite. Le problème est que les théories de la mémoire montrent que la mémoire n'est jamais fiable. Il est possible, par exemple, d'implanter de faux souvenirs. Le professeur Chris Keith et Anthony Le Donne, contributeurs du Jesus Blog, spécialistes de la théorie de la mémoire sociale et de l'étude du Nouveau Testament, ont expliqué au Daily Beast que même si les gens avaient des souvenirs très précis dans l'Antiquité, ces souvenirs auraient été filtrés via la pensée des générations suivantes.

Dans son livreJesus against the Scribal EliteChris Keith rappelle que les chrétiens du premier siècle se souvenaient de Jésus comme étant soit analphabète pour les uns soit lettré pour les autres. Il est tentant, me dit Chris Keith, de décider laquelle des deux possibilités est vraie pour commencer, mais la question la plus intéressante est pourquoi certains chrétiens choisissent de considérer Jésus de l'une ou de l'autre façon ? Toute question historique doit être appréhendée après s'être posé cette question préliminaire.

En d'autres termes, même la mémoire individuelle n'échappe pas à l'influence de la mémoire collective. Cela ne devrait pas nous ennuyer plus que ça. Vous serez peut-être choqué mais Anthony LeDonne m'a dit que notre mémoire n'est efficace qu'à 85% . "C'est 15% de notre vie que nous appréhendons de façon inexacte. Mais c'est suffisant pour continuer de vivre, d'aimer les personnes qui nous sont proches et se comporter comme une personne capable de parler intelligemment de Jeanne d'Arc et d'Alexandre le Grand. Il ne s'agit que de modifier nos paramètres par défaut."

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