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Deux figures de ce que l'écrivain américain Brett Easton-Ellis pourrait appeler la politique "post-Empire" européenne.
Deux figures de ce que l'écrivain américain Brett Easton-Ellis pourrait appeler la politique "post-Empire" européenne.
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Politique hollywoodienne

Les hommes politiques sont-ils solubles dans le star-system ?

Des dirigeants qui se comportent comme des vedettes. Des stars qui se prennent au sérieux. La frontière entre monde du spectacle et politique n'a jamais été aussi floue...

Philippe Franceschi

Philippe Franceschi

Philippe Franceschi est l’un des trois fondateurs de La Tête qui Manque, communauté de recherche et recherche de communauté, située à mi-chemin entre Southpark et la revue Documents.

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C’est quoi, le "post-Empire" ? C’est quand une célébrité issue de l’Empire du showbiz dit j’m’en tape et pète les plombs. Il s'agit en tout cas de la définition qu'en donne le célèbre écrivain américain Bret Easton Ellis dans un récent article. Par exemple, l'acteur Charlie Sheen, par ses récents excès, montre ce qu’il pense du star-system. Une foutue connerie, nous dit-il. Un piège à cons. Cela n’a pas plu du tout à CBS, qui a licencié l’acteur qui jouait pourtant le rôle principal de leur série à succès Mon oncle Charlie. Désormais, en même temps qu’une présence accrue sur le web, le voilà qui entame une série de one-man shows, tantôt hué, tantôt ovationné par le public.

L’article d’Ellis fourmille de noms de stars qu’il affuble à tour de rôle du qualificatif « Empire » ou « post-Empire ». Ainsi Madonna, Michael Jackson et Tiger Woods sont affreusement Empire, tandis que Keith Richards, Eminem, Gaga et le fameux Charlie Sheen sont post-Empire.

Du showbiz à la politique

C’est tellement ludique qu’on se demande pourquoi Bret Easton Ellis s’est limité aux acteurs et aux chanteurs (il met un pied timide dans le monde de l’entreprise en citant Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook). Pourquoi il ne parle pas de politique. Oui, pourquoi pas ? Après tout, ce qui se passe dans le milieu des arts et du divertissement n’est que l’écho, voire l’anticipation des forces qui transforment la société dans son ensemble.

La peopolisation de la vie politique est un fait avéré. C’est un star-system qui génère chaque année l’apparition de nouvelles célébrités. La disparition d’autres. Showbiz en politique, et main mise du story-telling : les aventures de la reine du Poitou. Quand la 1ère dame s’en mêle (ou s’emmêle), le prince de Paris, etc. Cycle d’histoires que perturbent à peine les affaires, et qui va de pair avec l’augmentation alarmante du taux d’abstention.

Or, si la politique se compromet de plus en plus avec le showbiz, il ne faut pas s’étonner que des termes employés pour analyser le star-system puissent être appliqués à la sphère politique. Ne peut-on pas dire que les présidents Sarkozy et Berlusconi (Clinton a failli l’être) ont ce point commun d’appartenir à la catégorie "post-Empire", et même qu’il ont été élus pour ça ?

Indifférence vis-à-vis du qu’en dira-t-on. Une certaine désinvolture à l’égard du protocole. Et une volonté de transparence (je vous présente Ruby…) telle qu’elle s’est très vite retournée contre eux. Alors, parmi la classe politique internationale, qui est Empire ? Qui est post-Empire ? Prenez-vous au jeu.

Les limites du "post-Empire"

Évidemment, le jeu a ses limites. Si la popularité des artistes post-Empire se maintient ou augmente, celle des hommes politiques qui s’y risquent chute rapidement. En politique, le post-Empire ne plaît pas. Et c’est une très bonne nouvelle. Ca veut dire que non seulement il y a dans le politique quelque chose de profondément incompatible avec le monde du spectacle, mais aussi que, malgré l’essor de l’abstention, les électeurs y sont sensibles et veillent à sanctionner ceux qui l’oublieraient. Poï-éthique plutôt que politique ? Peut-être. Nous en attendons toujours le programme.

L'article original de Bret Easton Ellis

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