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montres connectés technologie intelligence artificielle
©JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

La Minute Tech

Une smartwatch capable d’arrêter les cauchemars ? Ça n’est plus de la science-fiction

La FDA, l’administration sanitaire américaine, vient d’autoriser une thérapie à partir de montres connectées pour traiter les cauchemars liés à des troubles de stress post-traumatique.

Hugo Sedouramane

Hugo Sedouramane

Hugo Sedouramane est spécialiste de l'économie numérique et des nouvelles technologies. Il est chroniqueur pour l'émission Hors Normes et enseignant à l'université de Strasbourg.

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Atlantico : L'administration sanitaire américaine vient d’autoriser une thérapie à partir de montres connectées pour traiter les cauchemars, notamment pour les patients souffrant de stress post-traumatique. Comment fonctionne cette technologie ?

Hugo Sedouramane : Cette technologie n’est rien d’autre qu’une couche d’intelligence artificielle qui vient utiliser les fonctions classiques des Apple Watch en exploitant la finesse de ses capteurs. Le gyroscope et l’accéléromètre peuvent mesurer l’agitation d’un patient durant son sommeil et ces données sont croisées avec le capteur de fréquence cardiaque qui permet de tracer un électrocardiogramme (ECG). L’enregistrement de ces données pendant la première période de l’utilisation de l’application permet de déterminer la structure du sommeil d’un patient et vient dans un second temps lui envoyer des vibrations lorsque son activité est considérée comme inhabituelle. Le but de ces vibrations est d’interrompre le cauchemar du patient sans le réveiller et ce à condition que la montre connectée soit chargée, évidemment.

Est-ce vraiment une solution de long-terme pour traiter le problème ? Une thérapie "classique" ne devrait-elle pas encadrer cette pratique ?

Cette application a un usage palliatif intéressant dans la mesure où la première cible de la société NightWare est les vétérans américains qui souffrent de troubles de stress post-traumatique. C’est une population à risque quant à leur forte consommation de somnifères, psychotropes, opioïdes ou encore de stupéfiants et d’alcool qui viennent les aider à dormir. Si l’application leur permet de vivre des nuits plus apaisées, on peut imaginer qu’en plus d’améliorer le sommeil, elle vient réduire ce type de consommation. Il est cependant encore trop tôt pour parler de long terme dans la mesure ou la modification des cycles de sommeil peut avoir des effets indésirables.

Il ne faut pas oublier que l’accès aux soins aux États-Unis n’est pas le même qu’en France. Conséquence d’un « égo masculin » parfois trop prononcé, la population masculine est une population moins sensible aux traitements psychiatriques et qui ne va pas forcément aller consulter un psychologue capable de traiter ces troubles grâce à l’hypnothérapie ou à l’EMDR (eye movement desensitization and reprocessing) qui sont pourtant des techniques éprouvées quant à la désensibilisation des troubles de stress post-traumatique. Il est évident qu’il faille traiter la cause d’un trouble de stress post-traumatique, mais ce n’est pas à la portée de tout patient.

Quels autres maux les montres connectées pourraient-elles aider à combattre ?  

On peut faire des choses spectaculaires : un récent article dans la revue Nature indique par exemple que les montres connectées pourraient permettre de détecter les signes présymptomatiques de la Covid-19, ce qui pourrait permettre des quarantaines plus précoces des patients. L’opportunité quant à la prévention et au monitoring des maladies chroniques est également réelle et étudiée avec attention par les médecins depuis 5 à 6 ans : les études sont d’ailleurs prometteuses au regard des applications relatives à la maladie de Parkinson et aux personnes souffrant de crises d'épilepsie. Par exemple, un microphone permet d’observer d’éventuelles altérations du langage et de la syntaxe d’un individu et donc des signes de la maladie de Parkinson. Il est également possible de les utiliser pour détecter et mesurer les crises tonico cloniques des patients épileptiques ce qui est éminemment important car ces patients n’ont pas conscience de toutes leurs crises.

Y-a-t-il un risque concernant la collecte des données à grande échelle ? 

Si l’on regarde la pyramide des âges dans les pays occidentaux, il est évident qu’équiper les séniors de montres connectées offre d'innombrables possibilités quant à du “monitoring” à distance dans le cadre de stratégies e-santé. Un médecin qui a accès à l’ECG de tous ses patients âgés de plus de 70 ans pourrait recevoir des alertes quand des activités anormales sont détectées. En matière de prévention santé, cela ferait économiser des milliards à nos systèmes de soin, en accompagnant l’accélération des hospitalisations à domicile. On sait également que l’activité physique réduit le risque de maladies chroniques et les montres connectées peuvent ainsi jouer un rôle non seulement pour inciter à l’activité physique, mais aussi pour la contrôler. Et de manière générale, collecter des données de santé de manière anonymisée mais géolocalisée peut offrir de précieuses informations aux organismes de santé publique. Le véritable enjeu est donc d’éduquer les élus, de gagner la confiance du public et de normaliser les standards de données.

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