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Flashback : retour sur la première élection présidentielle au suffrage universel direct de la Ve République
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Flashback : retour sur la première élection présidentielle au suffrage universel direct de la Ve République

A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle 2012, retour dans le temps avec l'élection de 1965, la première au suffrage universel direct de la Ve République. Le 19 décembre 1965, le général De Gaulle l'emportait contre le jeune François Mitterrand...

 Ifop

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L'Ifop est un institut de sondages d'opinion et d'études marketing.

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Le niveau de popularité du général De Gaulle

Les intentions de vote exprimées par le public au cours d'une campagne électorale font partie dans les enquêtes de l'Ifop d'une série de questions relatives à l'actualité politique. Il ne s'agit donc pas d'une réponse donnée par les personnes interrogées à une question isolée, mais d’un ensemble de prises de position et d'attitudes générales à l'intérieur desquelles s'insère la décision qui sera prise le jour du scrutin.

Dans une large mesure, il serait possible de déceler les tendances qu'exprimeront les résultats d'une élection à partir de l'analyse de ces seules attitudes d'ensemble.

En particulier, le fléchissement enregistré dans le niveau de popularité du général De Gaulle, pendant les semaines qui ont précédé le premier tour de l'élection, a été un indice très net qu'un changement se produisait dans l'opinion.

Le tableau suivant, illustré par le graphique 1, exprime ce changement. Après la fin de la guerre d'Algérie, la courbe de popularité du général De Gaulle était tombée à son niveau le plus bas à l'automne 1963, après une longue grève des mineurs, qui avait mis en relief le mécontentement de certains groupes sociaux à l'égard de leur situation économique. A ce moment-là, en effet, et en réponse à la question : « Êtes-vous satisfait ou mécontent du général De Gaulle comme président de la République? », le nombre des mécontents était presque aussi élevé que celui des satisfaits.

Puis une remontée, lente mais continue, avait marqué les années 1964 et 1965. Avant l'ouverture de la campagne électorale en septembre et octobre 1965, la courbe continuait à s'élever, sans atteindre toutefois le niveau connu pendant la guerre d'Algérie.

L'annonce de la candidature du général tarde à venir et la première quinzaine de novembre est marquée par une brusque chute, qui se poursuit dans la quinzaine suivante précédant l'élection. Dans le même temps, les positions s'affirment et la proportion des indécis est la plus basse qui ait été enregistrée depuis longtemps. La situation se noue au moment où l'approche des élections cristallise les opinions.

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Le gouvernement

Toujours au même moment subsiste entre le prestige du général De Gaulle et l'action de son gouvernement un décalage ancien et très marqué.

Le jugement de l'opinion sur le gouvernement de Georges Pompidou, ou sur M. Pompidou en tant que Premier ministre, a d'abord été très hésitant. Puis une tendance d'abord défavorable s'est transformée peu à peu en courant plutôt favorable. En 1965, jusqu'au moment de la campagne électorale, et sans que fléchisse la proportion des opposants, ce courant favorable se maintenait, en dépit de la chute enregistrée concernant le prestige du général De Gaulle.

Ce fait semble consacrer la différence que fait le public entre la personne du président de la République et l'action de son gouvernement. Le tableau suivant, illustré par le graphique 2, rassemble les données relatives au gouvernement. La question posée au public lors des enquêtes successives porte sur la satisfaction ou le mécontentement, tantôt à l' égard du gouvernement Pompidou, tantôt à l'égard de M. Pompidou, comme Premier ministre, et les résultats apparaissent strictement comparables.

Le graphique 3 donne seulement les proportions des personnes « satisfaites » depuis 1959, d’une part du général De Gaulle comme président de la République, d'autre part de son gouvernement, d'abord celui de M. Debré, puis celui de M. Pompidou. Il permet d'apprécier d'un seul regard le décalage entre les deux ordres d'opinion, ainsi que les fluctuations relatives enregistrées au cours du temps.

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Les résultats

a) Les élections

Voici d'abord les résultats des deux tours de l'élection pour la métropole seule. Les résultats des territoires d'outre-mer ont été plus favorables au général De Gaulle. Mais, les électeurs de ces territoires représentant environ 2% du corps électoral, les résultats totaux ne diffèrent que très légèrement de ceux de la métropole. Ils ne figurent pas ici, les sondages préélectoraux ayant porté exclusivement sur la France.

La répartition des électeurs ayant pris part au vote a été la suivante lors des deux tours :

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La répartition des voix en pourcentage a été la suivante, calculée pour les différents candidats, d'abord sur les inscrits, ensuite sur les suffrages exprimés :

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b) Les sondages

Le tableau suivant donne les répartitions des réponses observées par l'Ifop lors des quatre enquêtes qui ont précédé le premier tour.
Les pourcentages sont calculés d'abord sur le total des personnes interrogées, ensuite parmi celles seulement qui indiquèrent le sens de leur vote.

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Pour le deuxième tour, les résultats des enquêtes préélectorales ont été les suivants. Lors de l'enquête des 1er et 2 décembre, antérieure au premier tour, la question posée était : « S'il y a ballotage, et par conséquent un second tour de scrutin, supposons que vous ayez à choisir entre le général De Gaulle et M. Mitterrand, pour lequel y aurait-il les plus grandes chances que vous votiez? »

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Analyse des scrutins

Les sondages permettent d’analyser les scrutins électoraux selon un certain nombre de critères que ne permettent pas de saisir les élections. Sur le plan géographique, certes, les élections renseignent bien mieux, mais en ce qui concerne le sexe, l'âge ou la profession des électeurs que ne distinguent pas les urnes, les sondages apportent de vives lumières. Il en va de même pour leurs préférences idéologiques ou encore pour le sens de leur vote à un second tour selon le vote au premier tour, quand une élection en comporte deux, comme ce fut le cas pour l'élection présidentielle de décembre 1965.

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Ce sont ces indications que présentent les deux séries suivantes de tableaux, illustrées par quelques graphiques, la première relative à l'évolution des intentions de vote avant le premier tour (tableaux 1 à 7), la seconde aux intentions de vote au second tour (tableaux 8 à 12).
Certains confirment des observations constantes depuis plusieurs années, d'autres concernent la présente élection.

Le sexe (tableaux 1 et 8 et graphiques 5 et 6).

D'une manière générale, les femmes ont une psychologie politique plus modérée ou conservatrice, et elles ont toujours été plus sensibles au prestige du général De Gaulle. Elles ont au premier tour voté plus souvent De Gaulle que les hommes et moins souvent Mitterrand. Le vote pour les autres candidats semble avoir été très équilibré parmi les personnes des deux sexes.

Au second tour, l'écart se maintient très net et c'est l'électorat féminin qui assure le succès du général De Gaulle, le seul électorat masculin donnant une très légère majorité à M. Mitterrand.

L'âge (tableaux 2 et 8 et graphiques 7 et 8).

Les variations sont également très fortes selon l'âge, l'attitude des jeunes rejoignant celle des hommes, et l'attitude des personnes âgées allant dans le même sens que celle des femmes, comme il a toujours été observé.

Au premier tour, les jeunes ont voté plus souvent Mitterrand d'une part, et Lecanuet d'autre part. Le vote De Gaulle s 'accroît avec l'âge, et le président sortant obtient dès ce premier tour la majorité absolue, les deux tiers de celles qui se prononcent, parmi les personnes âgées de plus de soixante-quatre ans.

Le même partage des suffrages apparaît au second tour : les jeunes de moins de trente cinq ans se répartissent également entre De Gaulle et Mitterrand, mais les deux tiers des plus âgés votent De Gaulle.

Les deux phénomènes ne sont pas indépendants. En effet, si l'ensemble de la population en âge de voter compte une majorité de femmes, 52 % contre 48 % d'hommes, ceux-ci sont majoritaires jusqu'à quarante-cinq ans au moins, mais deviennent minoritaires ensuite. La population âgée de plus de soixante ans compte 60 % de femmes et celle âgée de soixante-cinq ans et plus en compte 63 %.

Ainsi, en conséquence de lois démographiques bien connues, plus de garçons à la naissance, mais mortalité plus faible des femmes à tous les âges, l'électorat âgé comporte une forte majorité de femmes, souvent seules, célibataires ou veuves. La structure de la population française au 1er janvier 1965, par sexe et par âge, pour les quatre groupes d'âges distingués dans la présente analyse est en effet la suivante :

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La longévité, nettement plus élevée parmi les femmes, connaît encore des variations sensibles selon le milieu socio-professionnel. D'une manière générale, les hommes vivent en moyenne un peu moins vieux dans les milieux moins aisés, et ce phénomène tend aussi à accroître le poids des suffrages modérés aux âges élevés, pour autant que l'abstentionnisme n'est pas plus répandu à ces mêmes âges et dans ces mêmes milieux.

La profession (tableaux 3 et 9).

Le milieu professionnel, défini ici par la profession exercée non par la personne interrogée, mais par celle du chef de famille , creuse également des écarts sensibles. Mis à part le groupe des retraités qui recouvre d'assez près celui des personnes âgées, les électeurs du général De Gaulle au second tour se recrutent davantage parmi les industriels et commerçants, ainsi que les cadres supérieurs et membres des professions libérales, puis parmi les cultivateurs. Les employés et cadres moyens ont été plus partagés entre les deux candidats. Quant aux ouvriers, ils se sont prononcés en majorité pour M. Mitterrand.

Au premier tour, les candidats évincés ont recueilli des voix dans tous les milieux, mais si M. Tixier-Vignancour a été particulièrement favorisé parmi les industriels et commerçants et parmi les cadres supérieurs et membres des professions libérales, M. Lecanuet a trouvé également plus d'électeurs dans ces deux groupes, mais il en a trouvé aussi en proportion plus élevée parmi les employés et cadres moyens et surtout parmi les cultivateurs.

La résidence et la région (tableaux 4, 5 et 10).

Il y a peu à dire de la répartition géographique des suffrages, car les sondages ne peuvent descendre comme les élections jusqu'à une analyse départementale ou encore plus fine. Mais en divisant la France en cinq grandes régions, il apparaissait clairement dans les enquêtes préélectorales que M. Lecanuet trouvait le plus de suffrages dans le Nord-Ouest et M. Tixier-Vignancour dans le Sud-Ouest et le Sud-Est où se sont installés bon nombre de rapatriés d'Afrique du Nord. Le Sud-Ouest et le Sud-Est sont aussi les régions où le vote pour M. Mitterrand est le plus fréquent tandis qu'au Nord-Ouest et Nord-Est, le prestige du général De Gaulle est le plus élevé.

La répartition des votes selon la taille des agglomérations mêle différents éléments et n'est donc pas très expressive. La campagne et les plus petites agglomérations auraient été, dans l'ensemble, plus favorables à la candidature Lecanuet, les plus grandes villes, mais non l'agglomération parisienne dans son ensemble, à celle de M. Mitterrand.

La télévision (tableaux 7 et 11).

Les antennes de la télévision ont été offertes à égalité à tous les candidats pendant la campagne électorale, et l'on a beaucoup parlé à cette occasion de l'influence sur le corps électoral de ce grand moyen d’information. Le fait de disposer ou non à domicile d'un poste récepteur ne paraît guère avoir influencé les intentions de vote manifestées au cours de la campagne. Si, toutefois, MM. Lecanuet et Tixier-Vignancour ont recueilli un peu plus de suffrages parmi les possesseurs que parmi les non possesseurs de télévision, cela tient avant tout à la structure socio-professionnelle de leur électorat, plus aisé que celui de M. Mitterrand qui, lui, au premier tour a eu un peu plus d'électeurs parmi ceux qui ne possèdent pas la
télévision. Si celle-ci n'a cessé de se répandre en France au cours des dernières années, il est probable en effet qu'elle n'a pas encore atteint aussi fréquemment les couches les moins aisées de la population.

Ces remarques ne prouvent pas que la campagne télévisée n'a pas eu d'effet sur le public, mais c'est par d'autres méthodes qu'il convient de l'apprécier.

Les préférences idéologiques (tableaux 6 et 11 et graphiques 9, 10 et 11).

Dans l'ensemble, les intentions de vote exprimées pour le premier tour traduisent l’orientation des diverses familles politiques. Les électeurs dont les préférences vont aux communistes, aux socialistes et aux radicaux ont soutenu « le candidat unique de la gauche ». A plus de sept sur dix, ils avaient l'intention de voter au premier tour pour M. Mitterrand. Les autres se partageaient également entre le général De Gaulle, d'une part, et MM. Lecanuet et Tixier-Vignancour, d'autre part. Au second tour, ils ont rallié M. Mitterrand à 85 %.

A l'inverse, les électeurs de l’U. N. R. - U. D. T . et les républicains indépendants ont voté à 90 % et 95 % pour le général De Gaulle, quelques-uns se dispersant au premier tour entre les autres candidats.

C'est parmi les électeurs du M. R. P. et du Centre national des indépendants que le partage des voix a été le plus grand. Au premier tour, la moitié semble avoir voté Lecanuet, un quart De Gaulle, le dernier quart Tixier-Vignancour surtout et Marcilhacy. Mais au second tour, sept sur dix ont rallié la candidature De Gaulle.

Cette dernière observation est conforme à ce que les sondages révèlent de l'attitude au second tour des électeurs qui avaient voté au premier pour les candidats évincés et de qui dépendait l'issue de l'élection (tableau 12 ).

Six sur dix des voix qui s'étaient portées sur M. Lecanuet se sont reportées sur le général De Gaulle et deux sur dix environ de celles qui avaient été à M. Tixier-Vignancour, en dépit des déclarations de ce dernier en faveur du vote Mitterrand. Quant aux voix de M. Marcilhacy et de M. Barbu, elles sont allées un peu plus souvent ou général De Gaulle qu'à M. Mitterrand.

Enfin, la lecture attentive des tableaux et des graphiques suivants permet de formuler une observation importante. L'évolution très rapide qui s'est manifestée pendant la campagne électorale avant le premier tour, à savoir la chute de prestige du général De Gaulle et la montée concomitante de la candidature Lecanuet n'a pas été le fait d'une partie du corps électoral. Elle a été sensible, encore qu'à des degrés divers, dans tous les
groupes de la population, définis par l'âge, le sexe, le milieu professionnel, la résidence, les préférences idéologiques. Il s'est donc agi d'un phénomène global, sur lequel des analyses ultérieures apporteront des précisions.

Un mouvement de ciseau s'est produit entre les deux candidatures du général De Gaulle et de M. Lecanuet, tandis que la proportion des suffrages se portant sur M. Mitterrand restait pratiquement étale. Rien de tel ne s'est produit pour le second tour. La décision des électeurs semble avoir été prise très vite, après les résultats du premier tour, sans que la brève campagne des deux candidats modifie de manière sensible les positions prises.

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Méthodologie :

La campagne électorale avait été déclarée ouverte trois semaines avant le scrutin du premier tour, soit le 15 novembre, et une semaine avant le deuxième tour, soit le 12 décembre.

Poursuivant ses études périodiques sur l'actualité générale, l'Institut Français d'Opinion Publique a observé les intentions de vote au cours de ses enquêtes par sondage conduites d'abord avant le premier tour :
1) du 22 octobre au 5 novembre,
2) du 6 au 16 novembre,
3) du 17 au 27 novembre,
4) les 1er et 2 décembre,
puis entre le premier et le deuxième tour :
5) du 8 au 11 décembre,
6) les 14, 15 et 16 décembre.

La situation a donc été observée à ces différents moments, et les résultats ont été chaque fois diffusés par la presse et la radio. Il ne s'agissait en aucun cas d'établir des pronostics, mais de décrire cette situation aux différents moments de l’observation.

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