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Le drone va être le cadeau star de cette année.
Le drone va être le cadeau star de cette année.
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Minute Tech

Recevrez-vous comme cadeau de Noël un drone utilisable à domicile ?

Mis en vente pour environ 14 $ (environ 13 euros), le drone Cheerson CX-10 Mini devrait rafler les premières places de nombreux cadeaux de Noël. Un prix imbattable qui introduit encore un peu plus de technologie au quotidien.

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

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Atlantico : A l'avenir, faut-il s'attendre à une démocratisation dans le domaine de la robotique, à un nouvel univers ? Les drones sont-ils les seuls concernés ?

Jean-Gabriel Ganascia : Il existe depuis plusieurs mois des drones à prix modiques qui prendront très bientôt place dans la hotte du père Noël à côté des jouets plus traditionnels, comme les voitures, les hélicoptères ou les bateaux télécommandés, les trains électriques et les circuits automobiles. Il n’y a rien là qui doive surprendre et le drone Cheerson CX-10 ne fait que s’ajouter à une liste déjà bien longue, avec un prix encore plus modique pour ce dernier. On peut aussi imaginer, au risque d’être politiquement incorrect, qu’à l’avenir, les jouets réservés traditionnellement aux filles ne seront pas de reste, avec des poupées parlantes et surtout animées, et qu’il en ira de même des Goldoraks en plastique qui lèveront seuls leur pistolet laser puis tireront, marcheront et se dirigeront sans qu’on ait besoin de le leur dire explicitement… Le monde du jouet tirera certainement parti tant des progrès récents de la robotique que de la diminution des coûts de fabrication. On ne doit pas s’en étonner, car depuis bien longtemps les innovations technologiques contribuèrent à l’univers du jeu. On peut même s’en réjouir, car cela familiarise, dès le plus jeune âge, les enfants à l’avancement des technologies ; cela leur en donne le goût et l’habitude et, ce faisant, on peut espérer que cela facilitera leur entrée dans le monde de demain qui sera le leur.

L'Homme est désormais en mesure de construire des bras robotisés capables de l'aider dans l'accomplissement de différentes tâches. Quels sont aujourd'hui les progrès que nous avons pu réaliser en matière de robotique pure, mais également d'intelligence artificielle ?

Un robot est une entité animée ; il se déploie de façon autonome, au sens technique, ce qui signifie que la chaîne qui va de la prise d’information à l’action ne fait pas intervenir l’homme. En pratique, cela veut dire qu’un robot se compose de capteurs, par exemple de caméras, de cellules photo-électrique, de microphones ou de palpeurs, qui prennent de l’information. Traitée par des algorithmes, cette information construit une représentation du monde environnant qui est mise à profit pour décider d’une action. Enfin, la dernière étape consiste soit à agir directement dans l’univers matériel, grâce à des organes mécaniques, soit, dans le cas de robots virtuels, à déclencher des procédures informatiques. Les progrès de la robotique tiennent donc à la fois du perfectionnement des capteurs, de l’efficacité accrue des procédures de traitement de l’information ou de prise de décision et, enfin, de l’amélioration de leurs capacités d’action. Les capteurs relèvent de la physique. Les algorithmes de traitement de l’information et de prise de décision relèvent, en grande partie, de l’intelligence artificielle, ou de disciplines connexes, comme la théorie de la décision. L’action dans le monde tient au progrès de la mécanique des mécanismes. Ces dernières années, l’intelligence artificielle a enregistré beaucoup de progrès à la fois dans le traitement de l’information et dans la prise de décision. Une grande partie de ces progrès provient de l’utilisation de techniques d’apprentissage machine qui extraient automatiquement des connaissances à partir de quantités colossales de données. Le principe repose sur l’induction, au sens logique, c’est-à-dire sur le raisonnement qui va du particulier au général. Si vous avez observé que dans toute une gamme de situations analogues, vous deviez agir de telle façon, au risque sinon de conduire à une catastrophe, vous êtes en mesure de concevoir automatiquement une règle selon laquelle telle situation commande telle action. C’est sur ce principe que reposent beaucoup de robots actuels dont, par exemple, les voitures autonomes que Google développe.

Dans certaine situation, le robot s'avère-t-il plus pertinent – ou performant – que l'humain ?

Dans beaucoup de situations les robots s’avèrent plus performants que les hommes. Ainsi en va-t-il de l’espace où ils travaillent inlassablement dans des conditions physiques insupportables pour nous. Souvenons nous, par exemple, du robot Philae qui attendit plusieurs mois sur la surface glacé de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko tout en récupérant des informations précieuses sur la composition de son sol et de son atmosphère. Il en va identiquement dans toutes les situations où l’on se trouve dans des milieux qualifiés d’"hostiles", comme le cœur des réacteurs des centrales nucléaires, les zones contaminées, le fond des océans, le théâtre d’opérations militaires, en particulier les champs de mines qu’ils peuvent contribuer à sécuriser, etc. Les robots jouent aussi un rôle très important dans les industries manufacturières, pour exécuter automatiquement des tâches répétitives, et, ce faisant, accroître la compétitivité des entreprises. Enfin, il peut y avoir des situations où les robots doivent prendre la main sur l’homme, pour assurer leur sécurité, car ils disposent d’une information plus fiable et font un diagnostic meilleur. Le pilotage d’avion illustre très bien ce type de situations : l’étude rétrospective des accidents montre que, désormais, la plupart d’entre eux sont dus à des erreurs humaines. Il est donc préférable de faire confiance au robot dans beaucoup de situations. La question porte donc sur le conflit d’autorités : quand l’homme doit-il prendre la main ? Quand faut-il laisser le robot décider à notre place ?

De nombreux corps de métiers pourraient-être menacés par les avancées en matière de robotique, comme c'est le cas des taxis, si les voitures auto-conductrices voyaient le jour. Ces avancées présentent-elles des risques, sur l'emploi, économiquement, mais également sur d'autres plans ? Quels peuvent-être ces risques ?

La robotique conduit à automatiser un certain nombre de tâches et, par là, à supprimer des pans entiers d’activités consacrés à l’exécution de ces tâches. Nous le voyons tous les jours dans l’industrie et on peut sans doute le déplorer. Mais, ce phénomène n’est pas nouveau ; il se produisit dans le passé avec bon nombre d’avancées technologiques comme la riveteuse pneumatique qui mit au chômage toute une corporation d’ouvriers. Ce qui est plus grave aujourd’hui, c’est que l’informatique ne se contente pas de supprimer des tâches, elle transforme des métiers, sans pour autant les automatiser. Uber est un excellent exemple : la fonction du taxi, à savoir transporter les individus d’un point à un autre, est conservée, mais les fonctions annexes comme la prise en charge du client et la fixation des prix se fait de façon différente, par l’intermédiaire d’une centrale qui réduit considérablement les marges des chauffeurs, tout en constituant une concurrence déloyale pour les autres taxis, parce qu’ils ne paient pas les taxes auxquelles ces derniers sont astreints. Plus généralement, toutes les activités économiques actuelles risquent d’être affectées : la librairie, l’enseignement, la banque, les assurances, les transports, etc. A titre d’illustration, avec le calcul automatique du risque, les assurances seront capables de fixer un prix variable en fonction de votre profil et d’un score qu’elles seules connaîtront.

Bref, ce qui change aujourd’hui avec la robotisation, ce n’est pas tant l’exécution matérielle des tâches que la gestion et la centralisation de l’information qui bouleversera la logique économique, les prix et le pouvoir dans tout le système industriel de demain.

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