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Hollande, Sarkozy, Bayrou : le bal des Narcisses
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Revue de presse des hebdos

Hollande, Sarkozy, Bayrou : le bal des Narcisses

Comment les présidentiables s’y prennent pour nous séduire, voire nous manipuler ? Promesses et belles paroles chez Hollande, droitisation chez Sarkozy, et discours vérité pour Bayrou.

Astrid Eliard

Astrid Eliard

Astrid Eliard est journaliste et écrivain. Elle est auteur de Nuits de noces, et de Déjà l’automne (Mercure de France).

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Mon premier séduit, mon deuxième conquiert, mon troisième se délecte de son butin, et mon tout… n’est pas un candidat à la présidence de la république, non, vraiment, vous n’y êtes pas. On veut parler de ce nouveau « mal du siècle » auquel Le Nouvel Obs consacre un grand dossier : les pervers narcissiques. Le magazine publie notamment les bonnes feuilles d’un livre de la psychanalyste Marie-France Hirigoyen : Abus de faiblesse et autres manipulations.

Alors, à quoi ressemble-t-il, ce grand prédateur ? « Le manipulateur séduit la personne avec un discours enjôleur, des promesses incroyables, il la flatte, lui donne l’illusion qu’elle est unique ou bien lui fait croire à un amour absolu. (…) La séduction [est] destinée à fasciner et donc à paralyser l’autre. » Plus loin, on apprend qu’il feint à merveille la compassion et la gentillesse. Egalement qu’il se montre « socialement conforme » et se veut « super-normal : la normalité [étant] son meilleur déguisement ». Hum, hum… l’animal politique ne serait pas un peu pervers narcissique sur les bords ?? Une chose est sûre, la campagne présidentielle le révèle plus séducteur et manipulateur que jamais.  

 

L’atout charme

Il a un joujou extra pour flatter son égo et celui des électeurs : Twitter. « Pourquoi les politiques se défoncent à Twitter », interroge Les Inrocks, qui a épluché les tweets d’Eric Besson, Valérie Rosso-Debord, Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault. Parce que 140 signes, c’est le format idéal pour la petite phrase qui tue. « "Vous n’avez pas le monopole du cœur", lancé un soir de mai 1974 par Valéry Giscard d’Estaing à François Mitterrand aurait assurément été un toptweet aujourd’hui », rappelle l’article. Parce que naviguer dans ce grand forum virtuel, c’est un peu comme faire les marchés… en moins fatiguant. On y rencontre le peuple, les vrais gens, sans se forcer à sourire ou à manger des tripes à la mode de Caen à huit heures du matin.

Enfin, parce que rien de tel que Twitter pour passer pour un beau gosse. Eric Besson (60 tweets par jour) dévoile sa recette pour briller et amuser la galerie des « followers » : « Il faut avoir un humour british : sérieux, décalé, autodérision, distance ». Conseils que ne suivent ni Hollande ni Sarkozy, dont les comptes passent pour les plus ennuyeux de la toile, selon l’hebdo. Il faut dire que ces Narcisses-là fleurissent ailleurs.

 

Miroir, mon beau miroir

L’Express consacre sa Une à l’un d’eux, et révèle « ce qu’on ne vous dit pas sur [le candidat PS] ». Alors, qu’y-a-t-il dans le miroir du Narcisse Hollande ? Il y a un certain costume bleu marine, une « ligne sombre » et sobre dans laquelle il a fondu ses kilos en moins. Il y a des belles promesses, comme celle, très floue, de la retraite à 60 ans. Il y a sa vie privée, dont il consent – pour séduire – à raconter quelques bribes : ses parents, sa compagne, Valérie Trierweiler, dont l’hebdo dresse le portrait. Elle s’habitue peu à peu à la lumière, même si l’éventualité de devenir la femme du président la tétanise. Elle est moins secrète qu’auparavant, et n’hésite plus à entrer dans l’arène médiatique. L’Express ne l’a approchée que de loin – contrairement à Gala et ELLE, cités dans l’article, qui ont réussi à décrocher une interview. « Si son compagnon est élu, elle hésite entre une posture à la Bernadette Chirac ou à la Danielle Mitterrand, entre le « dévouement et l’engagement », écrit Marcelo Wesfreid. Pour l’heure, Trierweiler divise. Ses coups d’éclat sur Twitter, qui ne font pas très « première dame », selon un dirigeant du PS, ou son influence sur le candidat, pourtant subtile, mais qui lui vaut une image de « Cécilia de gauche ».  

Dans le miroir du candidat Hollande, il y a enfin tout un flot de courtisans, dont l’hebdo décrypte la danse. « Le Corrézien laisse prospérer ce bal des vanités, sans être dupe ». Chacun sa technique pour quémander un job en cas de victoire du PS à la présidentielle. Jack Lang se répand en textos, Dominique Besnéhard (ex-conseiller de Ségolène Royal), l’invite à son anniversaire, Olivier Poivre d’Arvor, qui se verrait bien ministre de la Culture, en fait des tonnes pour se faire remarquer, jusqu’à oublier son devoir de réserve, en tant que directeur d’une radio de service public.

 

Les deux Sarkozy

Et que dire du Narcisse Sarkozy ? Dans le Nouvel Obs, pas moins d’un psy et d’une journaliste se sont penchés sur son cas. Pour Serge Hefez, il n’y a pas de doute, c’est « un camé du pouvoir », qui se shoote « aux sensations fortes de la politique. » Pour Carole Barjon, la sentence a de quoi inquiéter : il est schizo, « Nicolas-le-gagnant » le disputant avec « Nicolas-le-battu ». Le premier est une machine de guerre, appliquant une stratégie millimétrée : « 1. Droitisation du discours pour consolider son socle et piquer des voix à Marine Le Pen (…) 2. Tentative de séduction des catégories populaires que l’Europe, la mondialisation et le libre-échange des biens ou la libre circulation des personnes inquiètent, d’où sa volonté de remettre en cause les accords de Schengen, de lier fiscalité et nationalité. » Ajoutez à cela un zeste de confession intime – le candidat a récemment évoqué ses déboires conjugaux lors de son élection en 2007 - et vous avez du pur « Nicolas-la-niaque ». Le second, lui, a « l’air absent », « semble avoir perdu  - un peu – de ses réflexes de grand fauve, son flair politique. » Il multiplie les cafouillages, comme le récent déplacement à Bayonne qui a tourné au fiasco, ou la mauvaise gestion de la polémique halal.

 

L’art délicat de la séduction

Pour ses proches, Claude Guéant et Patrick Buisson en tête, « Nicolas-le-battu » a un autre talon d’Achille : sa porte-parole, Nathalie Kosciusko-Morizet. Que n’a-t-il choisi à sa place la populaire Nadine Morano !!! VSD arbitre « la guerre des miss ». « Pour faire une campagne à droite (…), flatter les classes populaires, caresser dans le sens du poil le non peuple qui survit entre smic et RSA, le choix de Nathalie Kosciusko-Morizet est pour le moins atypique. Dans le rôle du porte-parole pour la France d’en bas, Nadine Morano, avec sa gouaille, ses chemisiers blancs, son franc-parler, aurait été un meilleur relais des prises de position du président sur les fraudes, l’immigration ou la viande halal. Meilleur bouclier humain dans les rues de Bayonne pour faire face à la foule enragée. » De « Nicolas-le-gagnant » et « Nicolas-le-battu », qui aura le dernier mot ?

 

La campagne de Cassandre

Bayrou est un Narcisse d’un tout autre genre. Pour séduire, pas de promesses, pas d’yeux doux, mais la dure, la détestable, vérité. C’est ce que raconte Sylvie Pierre-Brossolette dans Le Point, où l’on peut voir le Béarnais en Une. « Depuis le général De Gaulle en 1958, auquel se réfère le leader centriste, aucun candidat à l’élection présidentielle n’est parvenu à se faire élire avec un programme de vérité. Les vendeurs d’illusions ont été mieux servis. » Sûr, son programme fait tirer la langue : « il faut réaliser 100 milliards d’économies. Il se propose d’atteindre  l’objectif moitié en hausses d’impôts, moitié en réductions de dépenses ». Un menu plutôt austère… Mais Bayrou, surnommé « Le prophète » dans l’article, croit à sa victoire, entre un Sarkozy presque enterré et un Hollande « décevant » dans « sa posture de statue de cire de Mitterrand ».Eh bien, vous le croirez ou pas, mais Le Point publie un sondage où « le prophète » suscite 60 % d’opinions favorables. Sauf que dans cette guerre des égos qu’est la présidentielle, il ne suffit pas d’être « sympa », il faut des suffrages.

A lire également, cette semaine

La « geste » de Mélenchon, dans le Nouvel Observateur : le candidat du Front de Gauche flirte avec les 10%, « le seuil de crédibilité ». « Et si la surprise de cette drôle de campagne, c’était lui ? » interroge l’article.

Dans Le Point, François de Closets nous donne des sueurs froides en soulevant une question taboue : « Et si les Français étaient des Grecs ? » Pour l’écrivain-journaliste, « la France connaîtra un réveil post-électoral qui risque d’être redoutable. » Il fustige l’irréalisme des programmes des candidats et préconise, pour renflouer les caisses, une cure d’austérité : « réduire les dotations aux collectivités locales, geler le point d’indice de la fonction publique, poursuivre la réduction des effectifs, désindexer les pensions, augmenter les cotisations, baisser les remboursements, remettre en question les prises en charge à 100% etc. » Trois pages plus loin, la directrice de la fondation iFRAP, Agnès Verdier-Molinié, propose aux candidats une série de mesures « politiquement incorrectes » : pas d’augmentation d’impôts, mais une baisse drastique des dépenses de l’Etat.

A l’occasion des cinquante ans des accords d’Evian, les hebdos s’intéressent aussi aux blessures de la Guerre d’Algérie. On peut lire une interview de l’historien Benjamin Stora dans Télérama, qui explique pourquoi le conflit a été refoulé dans les mémoires. Même réflexion dans Le Point, qui consacre à ce sujet un dossier fouillé. « Il aura fallu trente-sept ans pour que la France, en 1999, via l’Assemblée nationale, admette qu’il y a bien eu « une guerre d’Algérie » et non des « opérations de maintien de l’ordre ». Le magazine est aussi allé à la rencontre des « derniers pieds-noirs d’Alger », ceux qui sont restés. Télérama en a interrogés quelques uns, qui vivent encore dans l’ancien quartier français.

Dans le Inrocks et Télérama, l’écrivain Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, révèle que la Mafia prospère en France, dans l’indifférence la plus totale. On vous conseille enfin le portrait truculent d’Harvey Weinstein, dans le Nouvel Obs. Ce faiseur de rois de 130 kg, qui a conduit The Artist aux Oscars a failli manger tout cru le journaliste venu l’interviewer. « Vous m’avez posé des questions de merde… Vous écrirez un article de merde… » On dit que le « Bad  nabab » a plus d’influence sur Hollywood que la scientologie elle-même, vous ne voulez pas non plus qu’il soit courtois ? 

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