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Faire de Paris une capitale agricole auto-suffisante : une idée de l’équipe Hidalgo qui n’est ni possible, ni souhaitable
©Zakaria ABDELKAFI / AFP

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Faire de Paris une capitale agricole auto-suffisante : une idée de l’équipe Hidalgo qui n’est ni possible, ni souhaitable

La maire de Paris Anne Hidalgo veut proposer d'acheter des terres agricoles en Ile-de-France afin de développer une nouvelle politique des cantines intitulée "Du champ à l'assiette". Ce projet, pour les prochaines municipales, prévoit la création d'une coopérative agricole.

Gil Rivière-Wekstein

Gil Rivière-Wekstein

Gil Rivière-Wekstein est rédacteur pour la revue Agriculture et Environnement. Il est l'auteur du livre "Panique dans l’assiette, ils se nourrissent de nos peurs". 

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Atlantico.fr : L'équipe de campagne d'Anne Hidalgo propose dans son programme pour les prochaines élections municipales de 2020 de créer une coopérative agricole en rachetant par exemple directement des fermes, ou bien en prenant des parts dans les exploitations agricoles. Son but est de "tendre vers du 100% bio". 

Cette mesure est-elle faisable ? La région parisienne peut-elle devenir à terme une capitale du bio ?

Gil Rivière-Wekstein : Paris sert annuellement 30 millions de repas, dont 20 millions environ aux seules écoles, et, bien entendu, ce projet n’a pas vocation à fournir tous ces repas. Et ce encore moins à partir d’exploitations converties à l'agriculture bio. Simplement, il s’agit de se conformer à la loi Egalim, qui oblige les collectivités locales à inclure à partir de janvier 2020 au moins 50% de produits locaux ou répondant à un critère de qualité, dont 20% de produits bio. En tant que telle, l'idée est intéressante, mais a-t-on vraiment besoin de créer une coopérative agricole sous l’administration de la Mairie de Paris pour atteindre cet objectif ? Il y a déjà beaucoup d'agriculteurs des environs et de nombreuses structures agricoles susceptibles de participer à l'approvisionnement de Paris. En outre, si l'idée semble prometteuse, encore convient-il  de « correctement la travailler », comme le remarque le président de la chambre d'agriculture d'Île-de-France, Christophe Hillairet.

Où réside en réalité le problème ? La loi Egalim a tout simplement fait l’impasse sur le fait que le code des marchés publics empêche d'imposer un critère de distance dans les contrats. C’est pourquoi le premier adjoint Emmanuel Grégoire souhaite créer un outil juridique qui permette de contourner le code des marchés publics. Il a donc lancé cette idée de coopérative baptisée Du champ à l'assiette, qui, dans un premier temps, exploiterait environ 250 hectares. D'ores et déjà, on voit les limites de l’exercice, car, comme le notent des agriculteurs sur les réseaux sociaux, convertis en blé bio, ces 250 hectares permettraient juste de donner une portion de pain bio à chaque repas (avec un hectare de blé bio, on peut en effet fabriquer 12 000 baguettes). À cela s’ajoute le coût : le blé bio s'achète 530 euros la tonne au moulin, contre 180 euros pour le blé conventionnel. Qui va payer la différence ?

Ces hectares ne peuvent donc pas concerner la production de céréales, ni d’ailleurs celle de la viande ou des produits laitiers, qui réclament de vastes territoires. En clair, ces surfaces seraient principalement exploitées pour y cultiver des fruits et des légumes. Mais en quantité limitée au regard des surfaces. Pour fournir les 30 millions de repas simplement en carottes, en choux-fleurs et en salades, on aurait besoin d’au moins 600 ha. Pour le reste, si la Mairie compte s’approvisionner auprès des exploitations maraîchères existantes, elle va très vite être confrontée à la faible diversité des fruits disponibles en région parisienne, puisqu'il y a principalement des producteurs de pommes, de poires et de cerises. Cela ne donnera pas une grande variété de fruits pour nos enfants ! Tout cela ne semble donc pas très sérieux. Comme le rappelle d’ailleurs Christophe Hillairet, la Mairie de Paris a longtemps disposé de terres agricoles, à Pierrelaye : « Elle y épandait ses gadoues et ses boues d'épuration… Résultat, elles sont polluées aux métaux lourds, et ce sont les seules terres incultivables de la région ! ». Difficile dans ces conditions de faire confiance aux services de la Mairie de Paris !

Est-il souhaitable de produire et de consommer dans une ville comme Paris du 100% bio local ? 

D’une part, ce serait un gouffre financier au regard du coût totalement prohibitif des terres agricoles de la région parisienne, et d’autre part, on fait déjà face à un manque de main-d’œuvre agricole disponible dans la région. Celle-ci y est en concurrence directe avec des métiers non qualifiés bien moins contraignants.

C’est donc un projet à plusieurs égards totalement illusoire : comment peut-on s'imaginer qu'il y aura tout à coup des terres à des prix abordables ? D'où viendrait la main-d'œuvre nécessaire pour faire du bio ? Tout cela est absurde ! En outre, le climat d'Île-de-France n'est pas du tout adapté à l'agriculture biologique. Trop humide, il favorise le développement des maladies, et nécessite des traitements efficaces. Il vaut bien mieux cultiver des fruits et des légumes dans des zones plus ensoleillées et plus propices à ce genre de cultures.

Les autres partis politiques en lice ont également fait part de leurs propositions quant à la consommation et la nourriture. Le Parti Communiste veut par exemple installer une ceinture maraîchère autour de Paris. Que pensez-vous de leurs propositions ? Sont-elles viables ?

Le Parti Communiste serait bien inspiré de se demander pourquoi la région Île-de-France a perdu plus de 70% des exploitations de maraîchers en 20 ans ! Comme je viens de vous l’indiquer, c’est d’abord un problème foncier et ensuite un manque de main-d’œuvre. À moins d'instaurer des kolkhozes avec une main-d'œuvre obligatoire, il y a peu de chances de voir la tendance s'inverser ! Alors, soyons un peu sérieux... Tout cela relève d’annonces électoralistes pour attirer les voix des Parisiens bobo-écolos qui fantasment sur des jardins potagers. Nous avons connu la mode du « bio », maintenant nous subissons le fantasme du « local ». Ce qui, pour une grande région comme Paris, reste totalement utopique. D’autant plus qu’en ce qui concerne les fruits et les légumes, il existe de belles régions de maraîchage aux portes de Paris, comme dans le Centre ou dans le Val de Loire, parfaitement aptes à livrer des produits de qualité aux consommateurs de la région parisienne. Pourquoi s’en priver ? 

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