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Une photo prise à Cordemais, montre la centrale au charbon de la multinationale française EDF, lors d'une manifestation contre l'abandon du projet Ecocombust qui consiste à remplacer le charbon par des pastilles de biomasse densifiées.
Une photo prise à Cordemais, montre la centrale au charbon de la multinationale française EDF, lors d'une manifestation contre l'abandon du projet Ecocombust qui consiste à remplacer le charbon par des pastilles de biomasse densifiées.
©Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Atlantico Green

Energie : le recours à la biomasse peut-il vraiment être neutre en émissions carbone ?

Le recours à la biomasse est plébiscité actuellement. Cette énergie que l’on dit propre l’est-elle réellement ?

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Atlantico : Le recours à la biomasse est plébiscité actuellement car elle semble avoir un aspect écologiquement responsable. Cette énergie que l’on dit propre l’est-elle réellement ? Le recours aux granulés de bois est-il aussi neutre en carbone qu’on le dit ?

Loïk Le Floch-Prigent : Il y a trois notions généralement confondues dans la propagande dite verte.

La première c’est être « écologiquement responsable », c’est-à-dire respecter l’environnement. En général pour se sentir correct vis à vie de l’écologie on essaie d’éviter les gaspillages, de polluer le moins possible, et on imagine ainsi réduire les émissions de CO2, « pour protéger la planète ».

La deuxième, c’est parler d’énergie « propre », où chacun entend énergie renouvelable.

Enfin on parle de « neutralité carbone » qui est une notion arithmétique qui essaie de comptabiliser le CO2 émis avec une compensation avec du CO2 absorbé :l’activité est alors jugée « neutre », les émissions étant égales aux captations pour ne pas surcharger l’atmosphère.

Du point de vue scientifique, toutes débouchent sur des incertitudes : lutter contre la pollution à un endroit donné, ne veut pas dire que l’on n’a pas trop pollué ailleurs, pollution et climat (gaz à effet de serre) ne vont donc pas du même pas et peuvent être contradictoires, une énergie ne peut jamais être qualifiée de « propre », il y a toujours une pollution quelque part, extraction des matières, construction, logistique, recyclage…, il y en a de plus propres que d’autres, et il se trouve que pour les émissions de CO2, c’est le nucléaire le plus propre ! Enfin la neutralité carbone ne veut pas dire absence d’émissions.

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Reprenons donc la biomasse avec ces trois notions, faire des pellets avec des chutes d’arbres des forestiers peut respecter l’environnement, les faire avec des arbres entiers  surement pas. La fabrique de pellets est forcément polluante, pollution de l’air et bruit d’une installation fonctionnant 24 heures et 7 jours par semaine. Quant à la neutralité carbone, c’est une question de convention, que compte-t-on ? Le combustible brûlé dégage de la chaleur et du CO2. Il faudrait commencer à avoir un peu de sérieux scientifique avant de s’engager dans des impasses comme celle des éoliennes en mer en Baie de Saint-Brieuc qui cumulent tous les inconvénients. Dans certains cas, il peut être intéressant de s’orienter sur la biomasse, dans d’autres non !

Sur quelles bases l’industrie de certains pays ont-ils défini que la biomasse était neutre en carbone ? Le recours à la compensation des arbres cultivés est-il suffisant pour annoncer cette neutralité ?

Les bases scientifiques de la « neutralité » sont arbitraires, donc pas scientifiques ! C’est une illusion, et cela finit par coûter cher. Un arbre vivant absorbe le CO2, un arbre mort en dégage. Si l’on prend les branches coupées pour élagage et que l’on en fait des pellets, on peut considérer que l’on permet aux arbres vivants de mieux se développer, et que l’on recycle en énergie des déchets. Le calcul suppose que les arbres vivants vont absorber le CO2 issu des branches coupées devenues pellets. C’est un calcul sommaire qui ne prend pas en compte les constantes de temps. On peut ou non s’en satisfaire, ceux qui sont loin des forêts trouvent cela génial, ceux qui vivent près des usines à pellets veulent déménager. Il n’y a rien de scientifique dans tout cela, comme beaucoup de certitudes assénées quotidiennement par les « défenseurs de la planète », il faut augmenter les heures de physique et de biologie dans nos écoles pour redevenir une nation scientifique !

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L’énergie générée par la biomasse est-elle finalement plus efficace que le charbon, le gaz ou le pétrole ?

L’efficacité est une quatrième notion, celle du rendement qui est essentielle dès que l’on parle énergie. Elle est largement oubliée puisque les énergies intermittentes, éolienne et solaire, sont présentées toujours en fonctionnement alors qu’elles produisent à 25% seulement de leur capacité pour des raisons évidentes. En rendement si l’on prend la piste vertueuse de l’élagage seul et de la proximité de l’usine à pellets suivis de l’utilisation dans l’hinterland , on peut trouver des rendements satisfaisants, mais quand on voit que des pellets sont exportés souvent loin et qu’ils proviennent d’arbres complets dits à coût bas, là on marche sur la tête ! Mais si tout cela est subventionné comme « vert » ou « propre » ce n’est pas pire que les éoliennes en mer envisagées actuellement en France !  

Quels impacts une utilisation massive de la biomasse pourrait-elle avoir sur la qualité de l’air ?

Tout le monde sait que beaucoup de particules fines des villes proviennent des cheminées de nos contemporains qui  adorent les feux de bois très conviviaux. Quand on a voulu les contrôler, on s’est aperçu que ce n’était pas très populaire et on a préféré continuer à taper sur le diesel tout seul. Maintenant pour « sauver nos villes «  c’est le moteur thermique qui est condamné peu à peu avec des raccourcis scientifiques incroyables confondant pollution des villes et émissions de CO2 planétaire. Néanmoins s’il faut multiplier la consommation de biomasse pour satisfaire la population il y aura augmentation des pollutions et augmentation du CO2 . Les pellets se justifient uniquement par une utilisation rationnelle des déchets de bois à partir de forêts abondantes et bien entretenues, si l’on commence à abattre les arbres, supprimer des forêts en se donnant bonne conscience  en plantant des petits arbres pour les générations futures, le compte n’y est pas, on pollue plus et on absorbe moins de CO2 dans les forêts. Il serait temps d’être raisonnables et de considérer qu’il n’y a pas UNE solution mais un éventail de préconisations qui nécessitent une adaptation constante aux conditions géographiques, démographiques, climatiques, économiques, et sociales des réalités actuelles de notre planète finalement très étendue et très diverse… qui ne résume pas à Paris !

Il existe des endroits dans le monde où la population brûle du bois et respire un très bon air !  

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