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Comment les effets locaux du réchauffement climatique menacent l'équilibre de la planète
©Nasa / Afp

Atlantico Green

Comment les effets locaux du réchauffement climatique menacent l'équilibre de la planète

Selon des informations du WashingtonPost, les quantités de zones chaudes à travers la planète augmentent. Des conséquences sur la circulation de l'atmosphère et des océans sont redoutées.

Eric Guilyardi

Eric Guilyardi

Eric Guilyardi est océanographe et climatologue au CNRS, membre de l'Institut Pierre Simon Laplace. Spécialiste du phénomène El Niño et auteur principal du dernier rapport du GIEC (2013).

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Atlantico.fr : Un article du WashingtonPost met en évidence plusieurs zones chaudes dont la quantité augmente sur la planète. Comment explique-t-on que certaines zones soient plus touchées que d'autres dans un contexte de réchauffement climatique global ?

Eric Guilyardi : Il y a deux types de raisons. La température de la Terre a augmenté d'1°C depuis la période préindustrielle, fait lié aux émissions de gaz à effets de serre. Cette chaleur ne se stocke pas de la même façon partout. Les continents ont moins d'inertie que l'océan et chauffent donc plus. Les continents se sont réchauffés d'1,5°C contre 0,6°C pour les océans. Les plus hautes latitutes sont aussi touchées. Les réchauffements dans l'Arctique vont jusqu'à 3°C car lorsque la glace fond elle ne fait plus office de "miroir" comme auparavant. S'il y a moins de glace, il y a plus d'énergie amenée dans l'océan ou la terre et cela chauffe plus, ce qui fait à son tour fondre davantage de glace. C'est un cercle vicieux.

Il y a également un autre cas. Ce sont des réchauffements locaux liés à des changements de circulation, soit de l'atmosphère soit de l'océan. Du fait de modifications liées au réchauffement climatique, un courant chaud va se déplacer et passer à un autre endroit, ce qui entraîne une augmentation de chaleur par rapport à l'ère préindustrielle.

Quel peut être l'impact de ces zones chaudes au niveau généralisé ? L'impact se limite-t-il au niveau local ?

L'impact global va se faire au travers de changements de circulation. Il y a un phénomène qui est à la fois global mais qui a aussi des impacts locaux, c'est l'extension des Tropiques. Le fait que le réchauffement entraîne les tropiques à occuper plus de place. Cela va avoir des effets locaux sur la circulation de l'atmosphère ou des océans, eux-mêmes allant se répercuter au niveau global. Tout le climat terrestre est basé sur ce principe d'interactions globales/locales.

Plusieurs experts avaient fixé à 2°C la ligne rouge au-delà de laquelle le réchauffement climatique aurait des conséquences catastrophiques irréversibles, certaines de ces zones dépassent déjà ces 2°C. Cette limite est-elle arbitraire ?

Cette limite de 2°C a été choisie pour des raisons diplomatiques, dans le cadre de l'accord de Paris. Ce qu'expliquent les scientifiques c'est que chaque demi-degré a des conséquences et nous fait prendre des risques. Il n'y a pas de limite absolue où tout devient catastrophique. Chaque demi-degré global augmente le degré de risques. Le réchauffement climatique va augmenter la vulnérabilité de certaines régions mais cela dépend de ce que l'on regarde.

Il peut y avoir des écosystèmes qui ont une température idéale et si elle change, l'écosystème disparait tout simplement. C'est le cas par exemple dans l'océan où dans certaines régions, des poissons se déplacent de plusieurs kilomètres par an. Mais les coraux ou certains coquillages sont condamnés.

L'accord de Paris sur les 1,5 ou 2°C est une manière de mobiliser les gens. Ca n'est pas un chiffre qui a une base scientifique.

Cette limite arbitraire, qui sera probablement dépassée, ne serait-elle pas contre-productive en poussant les gens à un certain défaitisme une fois qu'elle sera atteinte ?

C'est pourquoi il y a un rapport du GIEC paru l'an dernier qui met moins l'accent sur cette limite mais plutôt sur le fait que chaque degré compte et que chaque action a un impact sur les risques existants. En fonction du public, les arguments sont aussi différents. Un industriel sera sensible à l'augmentation du risque parce qu'il sait s'en emparer pour agir tandis que la population sera davantage sensible aux valeurs morales et à l'impact sur les futures générations. En tant que scientifiques nous apportons les éléments scientifiques pour que chacun s'empare du problème.

De toute façon le climat change et nous allons devoir nous adapter. Mais les différences entre 1,5°C d'augmentation et 4°C sont énormes. C'est pourquoi chaque action compte.

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