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Il existe d'autres modèles plus performants que celui de l'Education Nationale.
Il existe d'autres modèles plus performants que celui de l'Education Nationale.
©Reuters

Le Nettoyeur

Ces modèles dont on pourrait s'inspirer pour vraiment réformer le collège

L'éducation Montessori, Khan Academy, l'école Sudbury ou encore Altschool sont des modèles éducatifs performants dont pourraient s'inspirer nos politiques, mais en les adaptant à la particularité de chaque élève.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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En démocratie, les débats se déroulent souvent entre deux côtés qui semblent opposés mais sont en réalité d'accord sur une position fondamentale, que l'opposition ne sert qu'à masquer. Et à son tour, cette position est une position que tout le monde sait fausse.

En France, rien n'est plus emblématique de ce phénomène que les débats sur l'Education nationale.

Le débat actuel sur la réforme du collège en est un exemple principal. En surface, s'opposent plusieurs visions de l'Education nationale. En réalité, il y a un accord profond sur une thèse : il est possible de réformer l'éducation nationale. Les partisans de la réforme pensent que cette réforme aura un certain effet. Les opposants proposent des contre-réformes.

Mais ce que chacun sait, c'est qu'il est impossible de réformer l'Education nationale. Ce paquebot se dirige tout seul depuis la fin des années 1960, et jamais aucun ministre de l'Education nationale n'a réussi a vraiment changer son cap.

Il y a, à l'heure actuelle, grosso modo, trois visions de l'éducation représentées dans le débat public : celle que j'appellerais “traditionnaliste”, “progressistes”, et “productiviste.”

Pour les productivistes, c'est très simple : l'école sert à inculquer des compétences qui permettront aux élèves d'acquérir un emploi, et plus généralement d'être productifs économiquement. Ces gens-là préfèrent mettre l'accent sur l'enseignement des sciences, de l'économie (version néo-libérale de préférence) et de la gestion, de l'informatique, des langues étrangères (surtout l'anglais), et sur l'apprentissage, les stages et autres expériences “de la vraie vie”.

Pour les progressistes, l'école sert à inculquer les valeurs progressistes, bien sûr, et aussi à aider l'épanouissement personnel de l'élève, vu comme plus important que l'acquisition “brute” de faits et de données. Ils ont tendance à mettre l'accent sur des méthodes pédagogiques “douces” (quelques soient leurs résultats), et à veiller avec force sur le contenu des programmes pour qu'il véhicule leur idéologie.

Pour les traditionnalistes, l'école sert à deux choses. Premièrement, à inculquer des valeurs vues comme nécessaires à la vie en société, notamment le respect de l'autorité et des règles. Deuxièmement, à transmettre plus des savoirs que des compétentes. Ils mettent l'accent sur les matières “dures” et traditionnelles comme les maths, le français (Racine, pas Boris Vian, s'il-vous-plaît) et le latin, l'acquisition des “fondamentaux”, la sélection par les notes, et des mesures symboliques, comme le fait de se lever lorsque l'instituteur entre dans la salle.

C'est exactement le débat qu'on voit autour de la réforme du collège. Ces désaccords sont réels. Mais quel est l'accord profond sous-jacent ? L'accord profond sous-jacent est qu'il existe un modèle d'éducation idoine et que toutes les écoles doivent s'y conformer. Les trois camps sont d'accord : si seulement ils avaient le pouvoir de décider centralement de comment serait faite l'école, tout irait mieux.

Ces modèles sont également incroyablement étroits. Personne (ou presque) ne doute plus que les méthodes desdits “pédagogistes” aient eu un effet désastreux. Mais l'école “à la Papa” est-elle vraiment la solution ? Ceux qui sont en vue dans les médias ont ceux qui ont bénéficié de ce système autoritaire, qui permet aux enfants qui rentrent dans son moule d'apprendre et de réussir, mais qui laisse aussi sur le bas-côté un très grand nombre d'enfants qui ont un caractère et un “style” d'apprentissage différents.

On peut imaginer d'autres modèles.L'éducation Montessori, qui ne rentre dans aucun moule, a fait ses preuves depuis des décennies avec des enfants de milieux défavorisés, à la fois du point de vue des connaissances et de l'épanouissement personnel, y compris dans des études très rigoureuses. Aux Etats-Unis, les écoles KIPP fournissent des résultats époustouflants avec les enfants issus de milieux défavorisés grâce à un coaching intensif par des éducateurs jeunes et triés sur le volet. Khan Academy, école en ligne, promeut le modèle de la “classe inversée” : au lieu d'apprendre à l'école et faire les exercices à la maison, l'élève apprend à la maison par viédo, et fait les exercices à l'école, où l'instituteur peut avoir le plus d'impact et apporter une aide personnalisé à chacun selon son rythme. Certaines écoles font passer nos “traditionnalistes” pour des fieffés gauchistes en mettant uniquement l'accent sur les classiques et en enseignant le latin et le grec dès le plus jeune âge. L'école Sudbury est gérée uniquement démocratiquement, avec une voix par élève et par instituteur, y compris pour les budgets et le recrutement des enseignants. Altschool est une start-up qui se propose d'utiliser l'informatique et le Big Data pour proposer à chaque élève, en collaboration avec les parents, un parcours personnalisé.

Est-ce qu'un de ces modèles est “le” modèle miracle ? Aucun. Tous.

Peut être est-ce ça le vrai modèle : reconnaître que les enfants sont des êtres humains à part entière, et que ce qui vaut pour l'un ne vaut pas pour l'autre. Reconnaître que nous n'avons pas la science infuse, que nous ne savons pas grand-chose sur ce qui marche et ce qui ne marche pas (dans tous les domaines, mais particulièrement celui-là). Avoir cette humilité nous inciterait peut être surtout à tenter le plus d'approches différentes possibles, de manière décentralisée, afin au moins d'en apprendre un peu.

Vous avez dit humilité ? Chez nos politiques ? On n'est pas sorti de l'auberge.

Mais non, sinon, c'est super important de décider en quelle année commencer l'anglais.

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