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« L’art du XXIème siècle sera interactif ou ne sera pas » (MoMa)

L'informatique est devenu un support artistique à part entière. L'interconnexion permise par la technologie inspire les créateurs d'images pixelisées, qui ouvrent un nouveau champ d'exploration de l'art.

Nathalie Joannes

Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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Vous avez jusqu’au 7 novembre pour vivre – pas seulement visiter – la première manifestation artistique représentative du XXIème siècle. C’est au Musée d’Art Moderne de New York. Le mot de passe est « interaction ».

Sorti de votre taxi jaune, allez prendre un bain de couleur orange au troisième étage du MoMa. A l’entrée, n’oubliez pas de scanner un code barre avec votre téléphone portable : ça vous aidera à modifier  le portrait en pixels d’une jeune femme qui a d’abord été photographiée. Ce sera votre première interaction avec l’art d’aujourd’hui. A moins que vous optiez pour le rôle de berger à la recherche d’un troupeau de robots à travers les galeries du musée. Ou pour une conversation avec Charles le Bavard, la mascotte de l’évènement. Après tout, l’exposition s’intitule « Talk to me » (« Parle-moi »).

Ludique mais éthique

Les curateurs du MoMa ont convoqué  deux cents réalisations qui vont des arabesques dessinées par les mouvements oculaires aux masques expressifs qui traduisent les changements de physionomie en émoticons sur écrans.

Le bestiaire transgénique du Français Nicolas Myers est une application qui permet de créer à l’écran des animaux fantasmagoriques en manipulant sur un capteur placé au milieu d’une table des pions qui représentent des éléments du code génétique de quelques bestioles familières. Les apprentis sorciers ne peuvent pas faire n’importe quoi. S’ils insistent pour doter une araignée des plumes de l’aigle, un bug leur signifie que cette hybridation est impossible. Les espèces sont trop éloignées. Une queue de lézard sur une chauve-souris, c’est jouable. Ludique mais éthique. Et surtout pédagogique car l’application est fondée sur l’histoire de l’évolution. Le phonebook,iPhone incrusté dans un livre, ce n’est pas mal non plus comme jeu pour bambins : ils tapotent l’écran et le livre électronique leur envoie un résultat visuel comme, par exemple, la chute des dents de lait.

Certains projets pourraient figurer au concours Lépine des inventeurs de génie. La baguette de sourcier qui détecte les spots wi-fi en les sélectionnant par la puissance du signal, il fallait y penser. Bon, c’est vrai que des milliers d’internautes déambulant sur la 6ème ou la 5ème avenue  avec leurs baguettes de sourciers, ça ferait bizarre. Mais ce détecteur d’ondes wi-fi, c’est quand même une innovation technologique, non ? Avec « Fantômes dans le champ » la technologie épouse l’art en montrant les ondes théoriquement invisibles de la NFC(Communication en Champs Rapprochés) qui transformera sans doute notre vie quotidienne à partir de l’an prochain.

Les appels d’une plante d’appartement

On aura compris que l’évènement « Talk to me » est construit en arborescences créatives sur la notion de design interactif.

Petit rappel rapide, juste pour évaluer l’importance de cette notion. Au début, le design se contentait d’être utile : une chaise anguleuse pour s’asseoir. Puis il a voulu être beau : une chaise en gracieux éléments courbes, histoire d’harmoniser la fonction et l’apparence. C’était au siècle passé. Aujourd’hui et désormais, des objets de tous les jours peuvent avoir l’ambition d’être à la fois utiles, beaux et communicants. Pas seulement comme une télécommande de télévision qui transforme la passivité en gestes compulsifs, mais comme  interlocuteurs. Avec, parfois, des semblants d’émotions.

Qui pourrait, en effet, rester insensible aux appels botaniques des plantes d’appartement… Un capteur d’humidité est fiché dans la terre. Traduites en impulsions numériques binaires, les variations de l’humidité alimentent un codeur qui formule des messages positifs ou négatifs. Ces messages sont décodés en deux modes d’expression. L’un est oral avec une voix humaine préenregistrée, l’autre est textuel sous forme de SMS. La plante peut lancer des appels de détresse ou remercier sa propriétaire. Emouvant et utile.

Ceux qui ne verront que de simples gadgets dans ces quelques exemples risquent de ne rien comprendre à l’époque qui est en train de naître.

L’art, le vrai, est toujours en avance sur les mentalités. Celui de notre époque utilise les potentialités – technologiques mais pas seulement – du présent pour esquisser l’avenir. Quand l’art de 2011 explore le design interactif, il « dit » que notre futur sera peuplé d’objets communicants, pour le meilleur et pour le pire. C’est en cela que la manifestation newyorkaise est peut-être le premier jalon de l’art du XXIème siècle. D’abord parce que cette manifestation se passe dans le pays le plus innovant du monde. (Une quinzaine de créateurs français, sur 326, ont été invités par le  MoMa de New York.)  Ensuite, parce que ce n’est pas une « exposition » comme au Salon des Indépendants du XIXème siècle à Paris ou au Centre Beaubourg, dernière manifestation de la créativité européenne au XXème siècle: c’est une expérience à vivre.

Au fait, vous pourrez jusqu’au 7 novembre tweeter sur les œuvres rassemblées au MoMa. Et quand vous vous serez dans les galeries oranges du troisième étage, vous recevrez des tweets ou des SMS sur les expériences vécues par d’autres. Ou sur l’arrivée de croissants frais à la cafeteria du MoMa.

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