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A droite, Buisson, Zemmour et Villiers, unis pour "dynamiter l'offre politique" ; où sont les intellos de gauche ? Philippe Val et Denis Robert se disputent la mémoire de "Charlie Hebdo"
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Revue de presse des hebdos

A droite, Buisson, Zemmour et Villiers, unis pour "dynamiter l'offre politique" ; où sont les intellos de gauche ? Philippe Val et Denis Robert se disputent la mémoire de "Charlie Hebdo"

S’il devait se dégager une tendance, elle serait existentialiste : « Qui suis-je ? ». Voilà « la » grande question que pose la presse hebdomadaire cette semaine. Ce « je » est celui de la France qui s’interroge sur son âme et son esprit. Pas un journal ne fait exception. Tous s’interrogent sur ce (et ceux) qui animent notre « pensée ». Exit les « Une » avec hommes politiques de tout bords, cette semaine ce sont les intellectuels qui sont aux manettes.

Sandra Freeman

Sandra Freeman

Sandra Freeman est journaliste et productrice.

 

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Présidentielle de 2017 : Buisson, Zemmour et Villiers, unis pour « dynamiter l'offre politique ».

C’est « L’Express » qui ouvre la danse avec « les démons de la droite », et cette intention en sous-texte, « Comment Buisson, Zemmour et Villiers complotent pour dynamiter Sarkozy et Juppé ». Selon le journal, ce trio a « décidé de faire cause commune (…) en surfant sur le mouvement de fond qui gagné une partie de la société », en l’occurrence, des sujets comme l’Islam, l’immigration, ou la famille.

Car sur le fond, le journal résume l’enjeu intellectuel et politique de la Droite : « Au discours de Nicolas Sarkozy et de Marie Le Pen, la Droite préfère la défense de l'identité par Alain Finkelkraut, le sulfatage de la gauche parisienne par Michel Onfray, le contrat social proposé aux musulmans par le philosophe Pierre Manent. Prévisible dans ses références littéraires, elle se revendique des catholiques Peggy et Bernanos ».

Comment procèdent les B+Z+V dans leur manœuvre « démoniaque » alors ? Le journal rappelle d’abord que pour communiquer leurs idées au grand public, il n’y a rien de mieux que des livres (Philippe de Villiers publie « Le moment est venu de dire ce que j'ai vu » chez Albin-Michel et connaît un succès immédiat en librairie ; Il y a un an, chez le même éditeur, « Le Suicide Français » d'Eric Zemmour a été vendu à 300 000 exemplaires ; quant à Patrick Buisson, il doit « livrer ses quatre vérités sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy et rudoyer le corpus des républicains » à la rentrée 2016).

Mais comme le souligne « L’Express », « les lecteurs c'est bien. Les électeurs c'est encore mieux ». Et, ils « aiment trop la politique et l'Histoire pour se contenter de jouer les observateurs ». Ainsi pour passer à l’action, selon le journal, « le trio rêve de se transformer en Triumvirat » et s’organise dans ce but : « Depuis janvier il se mettent tous les trois autour de la même table parisienne », au première étage de la « Rotonde » à Montparnasse. A l’hebdo de décrire là « trois hommes et un corbillard, celui de droite classique institutionnelle, européenne et libérale ».

Leur défi semble bien ciblé. Ils souhaitent « faire vivre la droite « hors les murs » selon l’expression de Patrick buisson », « une droite identitaire, souverainiste, conservatrice, réactionnaire et assumée comme telle », « une anti-droite Juppé ». Mais pour cela, « Patrick Buisson entend convaincre ses deux camarades d’aller au feu ». Le tout en se dotant de « jeunes héritiers », comme le rédacteur de « valeurs actuelles » Geoffroy Lejeune, qui  a écrit un livre dans lequel il envoie Éric Zemmour à l’Élysée, ou Eugénie Bastié du Figaro.fr. Deux recrues qui « crèvent les convenances et les écrans »… et c’est la bonne méthode à employer, selon Patrick Buisson ici cité : « ce sont les réacs qui font le spectacle et le débat d’idées. La gauche n’a plus rien à dire ».

Face aux « colosses médiatique Neoréacs » : un autre paysage intellectuel ou est ce que la Gauche n’a « rien à dire » ?

Rien à dire, la Gauche ? « L’Obs » pose la même question, à sa façon: « L’intellectuel de gauche bouge-t-il encore ? ». Sauf que –bien entendu – on y comprend que « oui » les intellectuels de Gauche, bougent, pensent et ont des trucs à dire.

Côté « Obs », on écrit en préambule que justement on en a « marre de Finkielkraut, Zemmour et des autres colosses médiatique Neoréacs » et qu’ « un autre paysage intellectuel se recompose fort heureusement depuis quelques années, avec de nouvelles incarnation de la pensée de gauche ».

Sauf que l’intello de Gauche a changé, nous explique le journal : « En 2015, certains sont à peine en train de découvrir que la figure du « grant’ intellectuel » a muté, sous l'effet conjugué de la droitisation continue des élites françaises, de l'effondrement du poids des medias écrits face aux arènes télévisées, mais aussi, de la longue campagne de discrédit à l’encontre de la gauche radicale, à laquelle appartenait très majoritairement les grands noms comme Sartre, Foucault, ou plus tard Bourdieu ». Bref, le constat est réel, on remarque un « effondrement de l'audience pour tout le bloc intellectuel modéré », devenu désormais « difficilement audible pour un public désormais habitué aux aboyeurs de plateau ». Plus discrets, mais tout de même présents, donc.

Quelques figures ressortent d’office comme « Pierre Rosanvallon qui avec une intelligence pratique certaine aura compris que le temps n’était plus au catéchisme socio libéral », ou comme Thomas Piketty et son ouvrage « le capital au XXIe siècle », « devenu le best-seller mondial d'une gauche nullement partante pour renverser la table capitaliste » mais toutefois décidée à traiter « la question des inégalités engendrées par le néolibéralisme ». « L’Obs » note d’autres succès au delà de nos frontières comme celui de Stéphane Hessel et son « Indignez-vous » ou ceux de penseurs de Gauche français, comme Jacques Rancière, ou Alain Badiou.

« Pour un politiquement incorrect de Gauche », « L’Obs » propose une série de sujets pensés par des intellos de Gauche d’aujourd’hui. Quelques exemples : L’anti pauvreté avec Esther Duflo, la fracture coloniale par Pascal Blanchard. Face à la modernité, une piste non réactionnaire grâce à Tristan Garcia, contre le déclinisme, la réflexion de Raphael Liogier, face à la révolution, celle de Julien Coupat. Pour philosopher dans la cité, Cynthia Fleury, pour limiter la richesse, Gaël Giraud, vers la métaphysique du drône par Grégoire Chamayou, pour réinventer la deuxième gauche avec Michael Foessel, ou encore, pour un parlement pour l’Euro grâce à Thomas Piketty.

Thomas Piketty : Pour ou contre ?  une pensée politique pour la Gauche ?

Mais attention : Le sujet « Thomas Piketty » est segmentant, rappelle « Challenges » cette semaine qui lui offre sa couverture, en Noir et Blanc. « Star des inégalités, Nobel de la controverse, Économiste surdoué, il a été propulsé gourou grâce au succès planétaire de son livre « le capital au XXIe siècle » », vendu à plus de 2,2 millions d’exemplaires. Le magazine rappelle la thèse  de Piketty en quelques mots : « le capitalisme creuse les inégalités, enrichit la caste des plus fortunés, qu'il faut donc taxer sans trembler ».  Face à cela, « il y a d’un côté les économistes qui l’encensent comme Krugman Stieglitz Solow » et puis, il y a ceux qui « contestent ses théories », et  c'est le cas d’Aghion, Summers, Rogoff.

Et politiquement, quelle implication pour cet économiste de Gauche ? Il a su séduire « Podemos » en Espagne, ou Jeremy Corbin, « la vraie gauche britannique ». Mais le journal le cite, amer : « en France, la classe politique se gargarise de grands mots et de petits actes ». Certes, il a été en 2007 le conseiller économique de Ségolène Royal, mais aujourd’hui « Piketty se garde d'aller plus avant sur le terrain glissant de la politique ».

Philippe Val : « la gauche connaît une mutation régressive »

« Le Point », qui fait sa « Une », une fois encore, sur la nourriture (ce qu’on peut

manger, la désintox, la déculpabilisation, le plaisir, la science etc) s’intéresse aussi à l’évolution de la pensée politique cette semaine, et ce au travers du regard de Philippe Val, ancien patron de « Charlie Hebdo », qui sort un livre sur « Charlie ». Il n’y « raconte pas seulement l'aventure d'un journal devenu un symbole, il livre un réquisitoire implacable contre les dérives de sa famille politique : la gauche ».

Au « Point » d’aller dans son sens et de résumer son désarroi : « La gauche antitotalitaire, universaliste et fidèle à l’esprit des lumières qui est la sienne est aujourd’hui orpheline ».

Philippe Val, dans son entretien, est encore plus clair : « la gauche antisioniste, anticapitaliste, cette gauche qui voit dans l'Islam, la religion des opprimés, est devenu majoritaire dans le milieu médiatique ou intellectuelle français. Pascal Boniface et Edgar Morin ont gagné. La gauche libérale, la mienne est désormais minoritaire ».

Philippe Val versus Denis Robert : deux Histoires de « Charlie »

Si « Le Point » offre ses pages à Val qui a dirigé « Charlie hebdo » 17 ans durant, « Les Inrockuptibles » préfèrent donner la parole à Denis Robert qui, sans son livre « Mohicans » raconte une « autre histoire de « Charlie hebdo » ». Il insiste sur le fait que : « Nous devons notre liberté de la presse à Choron et Cavanna ». Son livre est d’ailleurs une réponse à Val et Malka. Il y raconte que « Cabu avait une grande admiration pour Val », que « Cavanna ne voulait plus entendre parler de Cabu », et que « Wolinski préférait dessiner des nanas et boire des cigares ». Bref, il distribue les rôles autrement et remet en cause la version de Val et la gestion de Val à l’époque.

Dans son itw au « Point », Philippe Val répond aux griefs de Denis Robert : « Charlie Hebdo » a été sans doute le journal le plus contrôlé de France, ses comptes

étaient transparents. Vous pensez bien que, si j’avais spolié qui que ce soit, cela se serait vu ».

Et que publie « Charlie » cette semaine ? Royal en filtre à particules.

Pendant que chacun se déchire la mémoire du journal et sa « pensée de Gauche », « Charlie Hebdo », continue de paraître. Chaque numéro avec un nouveau visage en Une. Dans nos kiosques, on trouve cette semaine la caricature de Ségolène Royal par Juin. Son visage totalement vert, paré de graaaaaaandes dents est accompagné de ce titre « Royal : dernier filtre à particules avant la Cop 21 ».

Michel Onfray : du « sulfatage de la gauche parisienne » au « conte de Noël » illustré par Mylène Farmer, la chanteuse ou 30 millions de disques

 Tandis que chacun s’interroge sur les mouvements, voire sur les dérives de la pensée de Gauche, tandis que « L’Express » qualifie l’action intellectuelle de Michel Onfray de « sulfatage de la gauche parisienne »… dans « Le Point », on retrouve ce même Michel en photo (décrit ici comme le « philosophe le plus apprécié des Français ») avec la chanteuse Mylène Farmer.

Ce qui les uni ? Ils viennent de publier ensemble un conte merveilleux et philosophique « l'Étoile polaire ». Il l’a écrit. Elle l’a illustré de ses dessins. 

« La rencontre sans doute la plus improbable de l'année » souligne le journal : « La France qui chante croise la route de la France qui pense ». Elle « a un faible pour les non-conformiste et les poètes ». Lui, aime sa musique et apprécie ce qu’elle incarne à ses yeux, « une artiste libre, autonome, indépendante, souveraine (…) Une vie sans paillettes, artifices (…), loin de toute exposition non par calcul mais pas « idiosyncrasie » pour utiliser un mot de Nietszche ». Et oui, on reste philosophe.

Pour la presse de Gauche, « le Geek, c’est cool » ! c’est aussi un véhicule pour les métaphores sociétales les plus puissantes ?

Et dans la culture Geek, comment pense-t-on ? C’est ici « Télérama » qui décrypte « l’empire du Geek ». On y témoigne que « chez les journalistes de la presse culturelle de gauche, les Geeks commencent à être cool » et que « l’Univers des geeks a fini par s’étendre bien au-delà de l’entre soi d’amateurs obsessionnels de monde imaginaire. Notre culture est devenue geek ».

Et même, toute la pop culture aurait changé. C’est « arithmétique ». Le magazine rappelle qu’il s’est écoulé « 8 millions de consoles de jeux en France en 2014 », ou que « 4 films de super héros ont dépassé le million d’entrées au box-office hexagonal ».

Mais tout cela aurait un sens profond raconte « Télérama » en citant Simon Pegg, le co scénariste du prochain Star Trek : « Invoquant Jean Baudrillard et l'infantilisation la société, il estime que l'industrie du divertissement entretient notre flamme pour nos passions d'enfants afin de nous tenir à l'écart des vrais problèmes : les inégalités, la corruption, la justice économique ». Bref on aurait tendance à fuir grâce au divertissement. Or, à la base, il y a « le fantastique » qui offre un tout autre potentiel : « il est le véhicule pour les métaphores sociétales les plus puissantes ». Encore faut-il savoir où on va !

 

 

 

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