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Des affiches en faveur d'Eric Zemmour, à Willer-sur-Thur (Haut-Rhin).
Des affiches en faveur d'Eric Zemmour, à Willer-sur-Thur (Haut-Rhin).
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Analyse

Zemmour et le peuple de droite

Une partie de l'électorat qui a rejoint Eric Zemmour provient des zones rurales, que la technocratie s’est attachée avec un rare acharnement à détruire.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Il est clair qu ’Eric Zemmour et Marine Le Pen ne pourront se trouver ensemble au second tour de la présidentielle.

Si l’on en croit quelques sondages officieux, Zemmour a commencé de remonter son déficit de départ par rapport au socle prétendu incompressible du Rassemblement national. Or les sondages, l’agressivité des partisans de Marine Le Pen (y compris le père de celle-ci) et celle des partisans de Macron (presque tous ses collègues de la médiasphère) est le signe qu’ils voient un vrai danger dans une candidature que certains prenaient au départ à la légère.

D’après les analyses qui en ont été faites, il semble que les électeurs du RN qui sont passés à Zemmour (et qui s’ajoutent à d’autres issus d’horizons divers) sont plutôt la partie supérieure de l’électorat national. Si Marine Le Pen conserve (pour combien de temps ?) un noyau dur, il est probable que c’est plutôt la base de cet électorat. Non pas les gilets jaunes, qu’on assimile un peu vite à des illettrés et qui étaient pour la plupart politisés et informés, mais, disons, ceux qui votent pour le RN tout en préférant les amusements de Nagui (qui annonçait en 2013 que si Marine Le Pen devenait présidente, il quitterait la France…) aux débats trop sérieux de CNews.

Certes la conquête de cet électorat passif n’est pas seulement une question de cote d’amour, elle est aussi affaire de notoriété : la sortie de son livre et l’hostilité accrue de ses collègues devrait permettre au candidat Zemmour d’augmenter sensiblement la sienne.

Le peuple n’est pas pétainiste

Pour le reste ? Il importe de connaître cet électorat de droite de base. Ce que personne ne dit : il a en partie muté il y a une quinzaine d’années. A ses débuts dans les scores à deux chiffres (années quatre-vingt), le parti de Jean-Marie Le Pen connaissait ses meilleurs résultats en zone populaire urbaine, là où une population de souche encore nombreuse, souvent venue du PCF, vivait au contact direct de l’immigration. Au contraire, il était à l’étiage dans la France rurale, la France des villages, la « diagonale aride » qui va du Nord-Est au Sud-Ouest en passant par le Massif central : reste de « tradition républicaine », meilleure médiation sociale, absence de population immigrée, prestige persistant de Chirac dans les milieux agricoles ? Difficile à dire. Depuis, les choses ont bien changé : d’abord parce que cette France là qui votait modéré et souvent à gauche (Creuse, Ariège), la technocratie s’est attachée avec un rare acharnement à la détruire : regroupement des communes dans des « intercommunalités » de plus en plus bureaucratiques, dissolution des cantons, fusions des régions, parité généralisée (obligatoire, nous disait un maire rural pour se présenter au conseil général mais pas pour se marier !), rationalisation des services publics, fermeture de postes, d’écoles, de perceptions, de lignes de chemin de fer, urbanisme de plus en plus compliqué, etc. Sans compter la crise endémique de l’agriculture, dont personne n’ose avouer la principale raison : la surévaluation des coûts agricoles du fait de l’euro combinée avec un libre-échange sans merci. Ces terres qui étaient il y a trente ans les plus réticentes aux sirènes lepénistes (père et fille) lui sont devenues les plus favorables. Pour avoir observé sur le terrain l’évolution, je pense que c’est moins sur le plan des intérêts qu’en raison de la perte organisée des repères qu’elle s’est faite. Dans le même temps, le RN a vu s’étioler pour des raisons qui sont là aussi à approfondir (propagande mondialiste, accroissement du vote immigré ?) sa présence en région parisienne et dans les grandes villes à commencer par les centres « boboïsés », riches et écologistes.

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Zemmour se fait désirer, mais est-il vraiment désiré et désirable ?

Nous n’en tirons aucune conséquence. Zemmour a pu sans s’engager, relancer le thème fort de la peine de mort. Peut-être lui faudrait-il trouver un autre signal fort en direction de ce que Christophe Guilluy a appelé justement la France périphérique. Et tout le contraire des grossiers appels du pied pétainistes à la Sarkozy (seule la gauche bobo croit que les ruraux le sont). Il faut savoir surtout que demeure tout un champ largement inexploité par les droites : celui des mille et une absurdités technocratiques, dont la destruction délibérée , inutile et coûteuse, du tissu communal est un exemple, et dont la dénonciation n’a rien de politiquement incorrect sinon pour quelques hauts-fonctionnaires qui s’y dédient. Les Républicains trop en osmose avec ladite technocratie n’ont jamais vraiment osé. Cela ne concerne pas que les campagnes mais l’ensemble du territoire où tant de Français moyens réfléchis, comme les maires, n’hésitent pas dire « mais ils sont devenir fous ! ». La raison et le bon sens sont encore, plus qu’on ne croit, des créneaux à prendre.

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