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A l'étranger, les femmes françaises sont souvent vues comme un modèle d'affranchissement.
A l'étranger, les femmes françaises sont souvent vues comme un modèle d'affranchissement.
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French tropisme

Wonderwomen : les Françaises parviennent-elles vraiment à tout avoir comme le croit le reste du monde ?

Indépendantes, minces, élégantes, moins stressées : les Françaises sont souvent considérées comme un modèle pour la gent féminine étrangère. Retour sur les origines culturelles d'un mythe "à la française".

Atlantico : La femme française nourrit depuis longtemps de nombreux fantasmes, en particulier dans le monde anglo-saxon où elle est perçue comme un modèle d'affranchissement et de savoir vivre. De nombreux best-sellers, tels que "les femmes françaises ne grossissent pas" sont là pour en témoigner. Comment expliquer selon vous cette fascination ?

Claire Sassonia : C’est une réputation que l’on doit notamment à toutes les figures féminines françaises de renommée internationale (hier Coco Chanel, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot et aujourd’hui Audrey Tautou, Marion Cotillard, Isabel Marant, Carla Bruni, Inès de la Fressange…). Ce sont notamment des femmes de mode ou de cinéma, dont le métier est étroitement lié à l’image donc forcément, elles sont minces, stylées… et font ainsi rayonner dans le monde l’élégance à la française. Par ailleurs, la France et plus particulièrement Paris est la capitale de la Haute Couture. Dans l’imaginaire, luxe et savoir-vivre sont souvent liés. Enfin, c’est également dû à la culture et à l’art de vivre à la française : l’importance de la gastronomie, l’art de recevoir (les invitations à dîner sont une tradition très française par exemple), ces spécificités françaises contribuent à entretenir une image raffinée de la femme.

Françoise Cazalis : Cette fascination, est probablement "la faute à" Carla et autres Ines qui baladent leur subtile nonchalance sur la canopée des médias. Vu d'outre-atlantique, ou d'outre-manche dans une moindre mesure, Paris est la France, et de fait la parisienne la française, d'où hiatus. Pour les anglo-saxons la femme française se résume souvent à liberté, féminité, maternité. Mais elle n'est pas que ça...

Ce mythe de la femme française vous apparaît-il justifié ? Dans quelles proportions ?

Claire Sassonia : Je ne vais pas dire que ce n’est absolument pas fondé (en tant que Française, ce serait me tirer une balle dans le pied), mais je pense que comme tous les clichés, il y a une part de vérité, et beaucoup d’idéalisation.

C’est vrai, les Françaises sont plus minces que les Anglo-saxonnes, de par leur régime alimentaire globalement plus varié et équilibré. Mais c’est vrai également des Japonaises, des New Yorkaises… Oui, les Françaises sont élégantes, mais avez-vous vu les Italiennes, toujours tirées à 4 épingles ?

Mais plus que ces clichés assez superficiels, ce qui me semble avéré, c’est effectivement l’affranchissement des Françaises et leur capacité à mener de front maternité et carrière. Avec le taux de natalité le plus élevé d’Europe, la France compte également parmi les plus forts taux d’activité féminine (cf. les chiffres Insee).

Françoise Cazalis : Oui, ce mythe existe depuis des siècles puisque déjà les cours étrangères étaient fascinées par la Maintenon, la Pompadour et consoeurs. Puis les Chanel, Voynet ont libéré les corps, et la génération BB a fait le reste ! Toutes  à leur échelle ont participé à la construction de cette fascination

D'aucuns assurent que le secret de ce "bonheur français" résiderait dans une certaine négligence face aux enjeux du quotidien. Peut-on dire que les femmes françaises soient vraiment des épicuriennes dans l'âme ?

Françoise Cazalis : Le bonheur des femmes françaises se construit plutôt dans les choses simples : elles jouent sur le naturel, elles jonglent avec équilibre sur la péréquation famille et carrière sans oublier leur statut de femme et d'amante versus la femme américaine qui troque corporate suit avant la vie de famille et casual jogging pour assumer pleinement son rôle de mère volunteer.

Les femmes françaises dans leur histoire sont plus épicuriennes que leurs consoeurs anglo-saxonnes qui ont traditionnellement une âme des pionnières. L'art de vivre de la femme française se retrouve dans son quotidien, un diner en famille, un souci d'élégance, l'art de la discussion, donc, oui, alors on peut dire qu'elle sont plus épicuriennes. 

Claire Sassonia : Je ne suis pas du tout d’accord. Les femmes françaises ont tout autant de pression que leurs voisines, si ce n’est plus puisqu’elles essayent d’assurer sur tous les fronts. Comme toutes les mères, elles culpabilisent à l’idée de mal faire avec leurs enfants. Je ne parlerais pas de négligence mais plutôt de liberté de pensée, de capacité à s’affranchir des règles et du politiquement correct qui contraint par exemple les Allemandes ou les Américaines à être soit la parfaite mère au foyer, soit la brillante executive woman. Il leur faut faire un choix alors que les Françaises veulent tout !

Ces dernières années, les Françaises ont compris qu’elles avaient le droit de ne pas être parfaites et s’autorisent à penser un peu à elles, à faire comme elles le sentent sans forcément faire ce qu’on attend d’elle. Mais c’est surtout un changement générationnel (la génération Y), qui n’est pas propre aux femmes.

Faut-il y voir, au delà de toutes ces affirmations, une fascination plus large du monde anglo-saxon pour un mode de vie français plus nonchalant, mais aussi moins stressant ?

Françoise Cazalis : Le mode de vie français n'est pas forcément moins stressant mais le stress ne se situe culturellement pas dans les mêmes domaines. Par exemple, une anglo-saxonne s'impliquera énormément dans la vie sociale et scolaire de ses enfants, alors qu'une mère française aura une vision plus distanciée. De même dans le monde professionnel les relations homme/femme sont plus fluides en France. 

Claire Sassonia : Certainement. Plus largement, il y a beaucoup de clichés qui circulent sur les Français. On dit qu’ils sont toujours en vacances, qu’ils passent leur temps à manger, boire des grands vins, qu’ils font souvent l’amour… Vue comme ça, la France ressemble au paradis c’est sûr !

Ce bonheur "à la française" serait-il vraiment capable de contenter les femmes du monde anglo-saxon ?

Françoise Cazalis : Si on en juge par les retours enthousiastes des anglo-saxonnes qui résident en France, elles aiment la simplicité apparente de notre mode de vie, et quand elles vivent à la française elles disent à leurs copines : c'est "so chic" !

Claire Sassonia : Je ne suis pas sûre, car c’est avant tout une question de culture, d’éducation et de schéma de pensée. Je dirais que l’école et la famille contribuent à forger la perception et l’aptitude au bonheur de chaque individu. Aux Etats-Unis, l’école et les parents encouragent les enfants, les félicitent. Oui, c’est souvent exagéré et superficiel, mais cela aide à construire une solide confiance en soi. A l’inverse, en France, on est encore souvent sur un modèle élitiste et compétitif où l’on classe les enfants les uns par rapport aux autres, où l’on juge. Il n’y a qu’un modèle de réussite scolaire. Je ne suis donc pas sûre qu’avec une telle éducation, les Américaines trouvent leur bonheur dans un système de pensée aussi opposé

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