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Un couple s'embrasse devant un soleil couchant.
Un couple s'embrasse devant un soleil couchant.
©LOIC VENANCE / AFP

Vie amoureuse

Vous ne savez pas ce que le néologisme « simp » signifie sur le marché des relations amoureuses ? Vous feriez pourtant bien de vous en préoccuper

Un néologisme qualifiant des hommes à la gentillesse excessive de « simp » est apparu sur Internet et sur les réseaux sociaux. Quels sont les dangers derrière une telle notion ?  

Alain Héril

Alain Héril

Alain Héril est psychothérapeute et sexothérapeute depuis 25 ans.

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Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Sur les réseaux sociaux et dans les salons de discussions de la toile est apparu un étrange néologisme qualifiant des hommes à la gentillesse excessive de : « simp ». Comment la notion est-elle apparue ? Qu'est-ce qu'un "simp" ? 

Alain Héril : Cette notion pourrait être en lien avec le jeu des Sims. Cela fait référence au côté gentil, à la construction de famille et à la complaisance dans les rapports. Le mot est ici détourné de son sens premier car cela qualifie un masque que prennent certains hommes pour apparaître gentils, sympathiques affables pour harponner des femmes ou des jeunes filles sur les réseaux sociaux.

Derrière ce terme de  « simp », il y a l’idée que certains hommes vont chercher une femme sans avoir d’attrait particulier pour elles. Être « simp », c’est courtiser une femme qui est indigne de son intérêt. Il y évidemment quelque chose de misogyne dans le terme et dans le comportement.

Il y a dans le simp quelque chose de l’ordre de la manipulation. J’avance masqué en étant sympathique, agréable alors que le but de jeu est d’arriver à ferrer quelqu’un… Il y a de nombreux termes comme cela qui apparaissent sur les réseaux comme « incel » afin de se moquer de ceux qui n’ont pas encore connu de relations sexuelles.

Quels sont les dangers de la popularisation dune telle notion ? 

Alain Héril : Le danger vient de l’utilisation de la femme comme un objet. Tout ce qui est de l’ordre du féminin va être un objet que l’on prend, une relation Kleenex, qui a pour but d’attirer des faveurs sexuelles. Il s’agit d’amener les jeunes filles à faire des nudes ou autre.

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Il y a presque une notion d’appât. Ces personnes qui utilisent le terme sur les réseaux sociaux chassent comme des prédateurs. On revient à des schémas machistes, phallo-centréss où des femmes qui dans la vie réelle ne me plairont pas seront utilisées.

Michelle Boiron : Il me semble que de faire un papier sur le SIMP est déjà un danger en soi !

Ce terme qui se répandrait comme une trainée de poudre sur la toile est à magner avec précaution : à qui cela s’adresse-t’il ? Dans quel milieu cette notion circule-t-elle? Quel mouvement sert-il ?

Si on doit le prendre au sérieux, c’est encore une manière d’aggraver ce qui se passe dans notre société entre l’homme et la femme. Les mouvements de diverses obédiences qui remettent en question les différences fondamentales entre homme et femme et qui veulent faire de l’homme une femme comme une autre et de la femme l’équivalent de l’homme sont en train de conduire notre humanité à la destruction du rapport homme femme. Donc du couple. Ce couple pour lequel on se bat depuis 50 ans (1968) est mis à mal.

Alors oui, le gentil et son opposé le bad boy ont toujours existé et on se plait à penser que les femmes préféraient les bads boys ! Le gentil n’avait pas toujours la faveur de ces dames… Son pendant masculin était « l’emmerdeuse » et on l’agitait de manières plus « bon enfant » qu’aujourd’hui sous forme d’une blague. Alors avec ce nouveau terme péjoratif pour qualifier certains hommes n’est-il pas un épiphénomène qu’il vaut mieux ignorer ?

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Il n’en reste pas moins que l’on peut espérer que le couple homme femme  subsiste. Jusqu’à preuve du contraire, depuis la nuit des temps l’un est pénétrant, l’homme, et l’autre est pénétrée, la femme. C’est la raison pour laquelle l’accouplement se fait et au moins continuer de se reproduire pour perpétuer l’espèce…

Le SIMP serait un imposteur qui aurait la fonction d’obtenir les faveurs des femmes laissées pour compte ? Il n’apparait pas être indispensable de le faire survivre et encore moins de lui faire de la pub.  C’est, on peut l’espérer, un phénomène ponctuel qui va disparaître. 

Quest-ce que l’émergence dun tel terme nous apprend de nos relations amoureuses ? Comment ce marché a-t-il évolué ?

Alain Héril : La notion de consentement est loin d’être inscrite partout. Le rapport à l’autre comme étant essentiellement un objet est encore quelque chose de présent. Tout ce qui est de l’ordre du désir, de la volonté de rencontre avec l’autre sur un terrain de sexualisation passe encore par le fait que la femme est un objet.

Michelle Boiron : La question ainsi formulée en termes de « marché » est le signe d’une deshumanisation pour le moins inquiétante. La relation amoureuse est un état émotionnel qui requiert un investissement amoureux et qui fonde le couple dans la durée. Force est de reconnaître que le virtuel permet la rencontre de deux personnes et que notre monde actuel l’a complètement intégré et accepté. Il n’en reste pas moins que les émotions et les sentiments n’en sont pas toujours exempts quand la relation se produit dans le réel de la rencontre. La stigmatisation de catégories est invalidante et l’on doit s’y opposer pour laisser à l’homme et à la femme la possibilité d’inventer une rencontre, un couple sans être catégorisé.

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En revanche, il apparaît qu’il y avait un boulevard pour l’homme « Simp » que je préfèrerai qualifier de « gentil » pour contre balancer la stigmatisation d’un homme qui serait un obsédé sexuel en puissance, un violeur ou autres adjectifs violents qui est la qualification d’une petite minorité qui dessert l’homme.

Il s’est crée dans notre société un malaise entre les deux sexes qui a conduit à une réelle méfiance de l’autre jusqu’à ne plus se rencontrer sans craindre le pire. On peut craindre pour l’avenir du couple car certains déjà aujourd’hui subissent l’option de vivre ensemble en colocataires… Pour d’autres, ils réduisent leur relation amoureuse et surtout leur sexualité à une absence de relation sexuelle remplacée par des relations sexuelles virtuelles ou des objets divers sans âmes ! 

Le rapport de force sur le marché hommes-femmes et son rééquilibrage ces dernières années pose-t-il un problème pour lidentité des hommes ? 

Alain Héril : Il y a actuellement chez les hommes à tout âge une difficulté de lien avec ce qui est le masculin et la virilité. Les images de la virilité sont des images à l’intérieur desquelles beaucoup d’hommes pataugent quelque peu. Faut-il se féminiser pour séduire les femmes ? Faut-il revenir à un fonctionnement plus viril ? Tout cela traduit un désarroi chez les jeunes générations.

Michelle Boiron : L’identité est mise à mal pas seulement pour les hommes mais pour tout le monde. On parle aujourd’hui volontiers d’identité sexuelle d’une personne pour affirmer qu’elle peut ou non corresponde au sexe qui lui a été assigné à la naissance et serait fondamentalement différente de son orientation sexuelle.

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Les questions qui se posent : qu’est-ce qu’être une fille ou un garçon, un homme ou une femme, alors qu’une nouvelle désignation « Neutre » commence à s’intégrer dans certains formulaires…

Il apparaît donc que l’on ne peut pas impunément vouloir qualifier des individus sans les stigmatiser et engager leur être. A cela s’ajoute l’introduction depuis quelques années d’un nouveau « genre neutre »… L’identité corporelle est aussi chahutée et devient  interchangeable grâce à des interventions chirurgicales et remaniements hormonaux.

 Le rapport de force homme femme dont vous parlez est bien mis à mal il a plutôt tendance à s’inverser si l’on reste dans une définition classique.  Aujourd’hui, c’est comme une vengeance pour ces centaines d’années de dominations des hommes sur les femmes. Alors procéder à une inversion des comportements est-il la bonne position pour se retrouver? Je ne le pense pas. Quant à la stigmatisation des uns et des autres, c’est un danger réel. Méfions-nous des termes dans une société qui en distribue à tort et à travers sous l’effet de groupes minoritaires. Votre question : « Le rapport de force sur le marché homme femme » en est un exemple qui est effrayant. Sommes-nous devenus des objets ou des animaux sur un marché ? De quel marché parle-t-on ?

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