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Manuel Valls et Martine Aubry.
Manuel Valls et Martine Aubry.
©Reuters

Opposition interne

Vote de confiance : dans les coulisses de l’opération calinothérapie/bâton de Manuel Valls

Tout est mis en œuvre pour que les potentiels abstentionnistes soient le moins nombreux possible dans le vote de confiance au nouveau gouvernement de Manuel Valls qui aura lieu ce mardi.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Combien seront-ils, les députés socialistes qui vont faire défaut à Manuel Valls en s'abstenant de voter la confiance au gouvernement ? Avant l'ouverture de la séance, vers 14h30, tous ceux qui épaulent le Premier ministre vont se livrer à un dernier pointage dans les salons qui jouxtent l'hémicycle de l'Assemblée. Seront-ils une vingtaine ? Trente ? Quarante et un, comme pour le vote sur le Pacte de responsabilité ? Plus, comme on a pu le craindre un moment lorsque le gouvernement a annoncé le gel des petites retraites ? Sans le rétropédalage quasi instantané sur ce sujet, il y aurait eu péril pour l'issue du scrutin. Seront-ils moins nombreux grâce à l'affichage de "petits gestes" politiques ou individuels ? Le suspense demeure, car les motivations des uns et des autres diffèrent. Et à l'exception d'un noyau dur formé par dix à quinze Frondeurs irréductiblement en désaccord avec la politique jugée trop favorable aux entreprises, difficile de chiffrer à l'avance les abstentionnistes. Tout est mis en oeuvre en tous cas pour qu'ils soient le moins nombreux possible dans ce vote crucial, et un vote négatif vaudrait l'exclusion du groupe socialiste au récalcitrant.

L'opération persuasion va donc se prolonger jusqu'au dernier moment. Elle concerne tous ces députés PS qui émettent des doutes sur la politique économique, qui vont de temps en temps aux réunions des Frondeurs, sans toutefois être signataire de "l'appel des Cent". Car le noyau dur des Frondeurs, ceux qui ont lancé ce mouvement de semi-opposition opposition interne, n'a pas droit à ces égards. Pourtant certains, comme Jean-Marc Germain, voudraient que "cette abstention soit une main tendue". Disons plutôt qu'ils souhaitent que le gouvernement obtienne une majorité suffisamment étriquée pour qu'il reconsidère certains projets !

Tout comme il est difficile d'évaluer à l'avance le nombre d'abstentionnistes, il n'est pas facile de chiffrer cette "armée de l'ombre" du lobbying qui tente de faire changer d'avis ceux qui projettent de s'abstenir de voter la confiance. Tout d'abord, il y a ceux qui sont officiellement en charge de cette action au niveau gouvernemental, et ceux, députés "légitimistes" ( plus de deux cent députés PS ont signé une tribune de soutien à la politique du gouvernement ) qui viennent prêter renfort pour faire pression sur leur collègue, sur le mode : "Tu ne peux pas nous faire ça !"

Au coeur du système se trouve celui dont c'est le rôle, Jean-Marie Le Guen, le Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, dont le franc-parler est souvent critiqué dans les rangs socialistes. Avant que le ministre parlemente, son cabinet s'est enquis des problèmes du député récalcitrant : une subvention pour la construction ou la rénovation d'une école qui se fait attendre ? On va s'en occuper.

Jean-Marie Le Guen sait mettre le paquet lorsqu'il le faut ; pour l'exemple, on raconte qu'au cours des derniers jours, il a téléphoné à trois reprises à un député au cours de la même journée et la conversation a chaque fois duré près d'une heure. Un cas isolé ? Peut-être, mais révélateur de la complexité de la situation des élus, écartelés entre le devoir de solidarité avec le gouvernement et le mécontentement voire la colère de leurs électeurs et des militants. Jean-Marie Le Guen oeuvre en étroite collaboration avec le conseiller spécial de Manuel Valls, le préfet Yves Colmou qui était, comme son patron, ( très jeune à l'époque ), membre de l'équipe Rocard lorsque celui-ci était Premier ministre. La négociation est un art qu'il connait bien : le Premier ministre de François Mitterrand ne disposait que d'une majorité relative à l'Assemblée et il devait constamment négocier pour faire adopter ses textes. Grâce à l'entregent et au talent de négociateur de son attaché parlementaire, le constitutionnaliste Guy Carcassonne ( disparu prématurément ), le gouvernement de l'époque n'a jamais été mis en minorité. C'est que Carcassonne ( un des maîtres politique Manuel Valls ) n'avait pas son pareil pour ramener quelques voix centristes dans le giron de la majorité.

Mais en cet automne 2014, c'est leur propre camp et non pas l'opposition que Manuel Valls et les siens doivent convaincre afin de re-légitimer la politique gouvernementale au lendemain du remaniement de la fin août. La situation apparaît tellement compliquée que Claude Bartolone, le président de l'Assemblée, qui fait autorité parmi les siens, est venu prêter main forte au gouvernement et a lui aussi passé pas mal de coups de téléphone pour s'assurer du vote des uns et des autres. Et puis à ces démarches sont venues s'ajouter les amicales pressions exercées par la task force informelle des députés réputés proches de Manuel Valls, ou de Jean-Christophe Cambadélis, le Premier secrétaire du PS. Ce dernier tente de tenir une ligne médiane entre ceux qui réclament une inflexion à gauche et la ligne gouvernementale, en expliquant que le "social-libéralisme ne fait pas partie de l'ADN du PS". Car les frondeurs qui réclament une politique orientée "plus à gauche" ne sont pas uniquement sensibles aux gestes matériels en faveur de  leur circonscription. Ils veulent aussi être à l'unisson avec leurs électeurs et les militants en colère dans leur fédération. Et ce sont les militants qui désignent les candidats aux législatives ! Situation complexe dans un contexte qui ne l'est pas moins et qui conduit forcément à se poser la question : combien de temps cela durera-t-il ? Manuel Valls affirme qu'il est là pour durer et dément les propos pessimistes qui lui sont prêtés. Mais pour durer, il faut une base politique solide et des résultats. Pour l'heure, le Premier ministre n'a ni l'une ni l'autre.

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