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Vladimir Poutine ordonne à son armée de l’air de se préparer à la guerre : qu’a-t-il en tête ?
©Reuters

Si vis pacem

Vladimir Poutine ordonne à son armée de l’air de se préparer à la guerre : qu’a-t-il en tête ?

Vladimir Poutine a demandé à l'armée de l'air Russe de se tenir prête pour une guerre. L’agressivité de cette annonce est probablement un effet d'annonce de la part du Président Russe, cependant cela reste une menace à prendre au sérieux.

Roland Lombardi

Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant géopolitique indépendant et associé au groupe d'analyse JFC-Conseil. Il est docteur en Histoire contemporaine, spécialisation Mondes arabes, musulman et sémitique. Il est membre actif de l’association Euromed-IHEDN et spécialiste des relations internationales, particulièrement sur la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Il est intervenant à Aix-Marseille Université et à Sup de Co La Rochelle – Excelia Group. 

Editorialiste à Fildmedia.com, il est par ailleurs un collaborateur et contributeur régulier aux sites d'information Atlantico, Econostrum, Kapitalis (Tunisie), Casbah Tribune (Algérie), Times of Israel. 

Ses dernières publications notables : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Etudes Internationales, HEI - Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l'Orient, vol. 128, no. 4, 2017 et « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Eté 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux.

Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.  

Ses derniers ouvrages sont intitulés Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (janvier 2020) et Poutine d’Arabie, ou comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (février 2020), aux VA Editions.

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Atlantico : Vladimir Poutine a ordonné à l’armée aérienne Russe de se préparer pour un “temps de guerre”, selon-vous quelle est la stratégie derrière cette annonce ? Pourquoi dit-il cela maintenant ?

Roland Lombardi : Cette dernière déclaration de Vladimir Poutine et la mise en "alerte maximale" des forces militaires russes interviennent dans un contexte particulier, à savoir un regain de tension dans le Donbass en Ukraine. Pour le Président russe, c’est clairement un message d’avertissement en direction du Président ukrainien Porochenko mais aussi de l’OTAN et bien sûr des Etats-Unis.

Il faut aussi rappeler, qu’il y a un mois, juste avant que Barack Obama ne quitte la Maison Blanche, la tension dans les relations américano-russes s’était accentuée lorsque l’ancien président américain avait expulsé 35 diplomates russes soupçonnés d’espionnage (sans représailles de la part de Moscou) et surtout, lors d’un des plus vastes déploiements de troupes américaines en Europe depuis la fin de la Guerre Froide. En effet, dans le cadre de l’opération nommée "Atlantic Resolve", des chars américains avaient franchi la frontière germano-polonaise le 12 janvier. Ainsi, une brigade américaine de près de 4 000 hommes, 87 chars et une centaine de véhicules blindés avait été déployée début janvier. Cette unité effectua alors des manœuvres à la frontière russe et des rotations étaient prévues entre les territoires polonais, lituanien, estonien et hongrois. Pour Washington, ces "opérations" s’inscrivaient dans une stricte mesure de "dissuasion et de défense" face "aux activités russes en Ukraine". Mais celles-ci mettaient tout de même sous pression les forces russes, tout en encerclant la Russie sur son flanc ouest. Par ailleurs, d’autres exercices de l’OTAN (prévus de longue date, avant l’arrivée de Trump) ont lieu en ce moment, depuis le 1er février, en mer Noire… Ce n’est donc pas étonnant que la Russie se sente alors "agressée" et montre elle aussi ses muscles… C’est le jeu.

Pensez-vous que ce type d’annonce conforte Vladimir Poutine et la Russie dans une position de force ? Au vu du climat international actuel, Poutine a-t-il besoin de réaffirmer sa force ?

Même avec la prise de fonction du nouveau président Trump (qui a l’intention de se rapprocher de la Russie) et les dernières nominations aux postes clés de son administration de personnes considérées comme "amie" de la Russie (Tillerson, Flynn…), il est toujours bon pour Poutine de faire une sorte de piqûre de rappel dans le domaine de la dissuasion, histoire de montrer qu’il ne se laisse pas grisé ou endormir par les beaux discours du nouveau président américain. Il rappelle ainsi qu’il reste toujours vigilant et sur ses gardes. Toutefois, le président russe sait pertinemment qu’il ne peut se permettre le luxe d’un conflit contre l’OTAN en Europe. Et je ne pense pas aussi, que la nouvelle direction à Washington souhaite déclancher une Troisième guerre mondiale pour l’Ukraine…

Pour autant, même si le candidat Trump avait appelé durant sa campagne à plus d’isolationnisme et au désengagement de l’Amérique face par exemple aux "coûts exorbitants" de l’alliance transatlantique ou de la présence américaine au Moyen-Orient, les Etats-Unis n’abandonneront pas totalement leur leadership. L’Europe et le Moyen-Orient sont les bases du pivot tant souhaité par les Américains vers l’Asie. Ce qui nécessite donc leur stabilité, tout comme des relations apaisées entre l’Occident et la Russie.

En 1933, beaucoup disaient que Hitler n’était pas une menace, de la même façon que de nombreux médias et spécialistes estiment que Poutine bluff. Ne retrouvons-nous pas quelque part ici cet esprit de Munich ? Que se passerait-il si nous avions tort ?

Comparaison n’est jamais raison. Surtout en histoire et en relations internationales. Ici, en l’occurrence, cette comparaison est ridicule. Hitler voulait imposer son idéologie au monde (comme les communistes d’ailleurs). Il souhaitait créer une Europe nazie et avait une politique de conquête pour son "espace vital". Actuellement, nous ne sommes plus au temps des grandes conquêtes territoriales et des grandes invasions. L’Union soviétique a d’ailleurs connu le prix à payer lors d’une occupation d’un pays tiers et hostile comme en Afghanistan. Les Etats-Unis également, dans le même pays et en Irak, au début des années 2000. La Russie d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec l’URSS d’hier. Poutine, lui, n’a pas d’idéologie à infliger et n’a pas besoin d’espace vital à conquérir. Il a lui-même déclaré, et ce à plusieurs reprises, qu'entre Moscou et Vladivostok, il y avait 9 000 kilomètres et que la Russie avait d'autres projets que d'envahir les pays baltes ! Bien sûr, il a annexé la Crimée mais ce territoire, quoiqu’on en dise, est russe, sur le plan historique et démographique. Certes, dans le cadre de sa géopolitique de l’orthodoxie, le président russe se présente partout comme le protecteur des orthodoxes et des populations d’origine russe ou russophones. Par ailleurs, la propagande et le soft power russes sont très actifs. Mais les Russes sont dans leur rôle et ne cherchent finalement qu’à trouver des partenaires commerciaux voire de nouveaux clients et enfin, des "alliés" face aux seuls vrais défis qui préoccupent réellement Moscou : l’islam radical et politique (d’où sa politique au Moyen-Orient¹) et la Chine !

De fait, la "menace russe" n’a été créée et entretenue que pour justifier certaines dépenses militaires. Finalement, elle ne sert que les complexes militaro-industriels occidentaux, les très influents lobbies saoudiens et tous ceux qui ont un quelconque avantage à entretenir l’image du grand croque-mitaine russe comme certaines élites pour qui Poutine représente tout ce dont elles exècrent, à savoir la force, le réalisme et les valeurs nationales patriotiques. La nouvelle administration américaine semble l’avoir compris…mais malheureusement pas les chancelleries européennes. Car, que je sache, les responsables des 240 victimes sur notre sol depuis deux ans n’étaient pas des Russes ! Non, soyons sérieux, la Russie n’est pas une menace pour la France et l’Europe. Et s’il y a bien un "esprit de Munich", on le trouverait plutôt chez ceux qui, à cause de leur idéologie frelatée, se refusent encore à admettre que les trois seules et véritables grandes menaces pour l’Europe sont : le salafisme, la crise migratoire (la plus grande crise géopolitique de son histoire moderne) et enfin, notre faiblesse ! 

¹http://www.atlantico.fr/decryptage/comprendre-vraiment-politique-russe-en-mediterranee-et-au-moyen-orient-roland-lombardi-2847543.html#F2UJFJdouzyZ8mWH.01

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