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Le président russe Vladimir Poutine s'entretient avec le dirigeant chinois Xi Jinping via une liaison vidéo, le 15 décembre 2021.
Le président russe Vladimir Poutine s'entretient avec le dirigeant chinois Xi Jinping via une liaison vidéo, le 15 décembre 2021.
©MIKHAÏL METZEL / SPUTNIK / AFP

Alliance stratégique

Vladimir Poutine & Xi Jinping se sont donnés rendez-vous et voilà ce qu’il en résulte pour nous

Lors d’un sommet en visioconférence, Vladimir Poutine et Xi Jinping ont affiché leur fermeté face à toute ingérence occidentale.

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael E. Lambert est titulaire d'un doctorat obtenu à Sorbonne Université en collaboration avec l’INSEAD - Campus de Fontainebleau (décembre 2016). Son analyse au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) porte sur la psychologie politique et les acteurs de la politique étrangère de la Chine et des États-Unis en Eurasie. (Twitter : @Mischa_Lambert)

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Atlantico : Ce mercredi, Xi Jinping et Vladimir Poutine ont eu une longue réunion par vidéoconférence, connaissons-nous le contenu de leurs propos ? Quels sont les sujets les plus importants qui ont été abordés ? 

Michael Lambert : Les relations économiques, politiques et militaires entre Moscou et Beijing sont de plus en plus fortes alors que le monde occidental tente d'isoler la Russie et la Chine.

Dans ce contexte tendu, Vladimir Poutine et Xi Jinping ont pu aborder les questions liées aux exportations d'hydrocarbures russes vers la Chine, l'Europe (notamment l'Allemagne) n'ayant pas encore adopté de position définitive sur Nord Stream 2.

Autre question fondamentale, l'Ukraine, où la Russie renforce sa présence militaire à la frontière en réponse à la démarche de l'Occident qui vise à rapprocher Kiev avec l'Alliance. La Chine confirme ainsi son soutien à la Russie si l'OTAN souhaite poursuivre dans cette voie, mais reste sur sa position de ne pas reconnaître la Crimée comme faisant partie de la Russie, et de ne pas reconnaître l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud alors que des discussions sont en cours avec la Biélorussie sur ce point.
Le thème des missiles hypersoniques a également été au cœur de la réunion entre les partenaires dans la mesure où les deux pays sont les seuls à disposer de telles capacités, d'où la volonté de créer de nouvelles règles sur leur contrôle et utilisation dans les années à venir.
Au final, la rencontre a surtout été un moment pour les deux dirigeants orientaux de montrer leur proximité à un moment où l'Occident les rejette simultanément. 

Les présidents russe et chinois ont affiché mercredi leur relation "modèle" et n'ont pas tari d'éloges l'un envers l'autre. Quelle est la stratégie des deux pays ? Pourquoi cette relation est-elle si importante ?

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Puisque Moscou et Beijing ne peuvent plus compter sur l'Occident comme partenaire fiable pour les exportations (comme le montre Nord Stream 2), il est nécessaire qu'ils puissent compter l'un sur l'autre.

Pour la Chine, il s'agit essentiellement d'accéder aux hydrocarbures de la Russie mais aussi à ses ressources minières et agricoles, puisque Beijing a cruellement besoin de ces dernières pour développer son marché intérieur. Pour la Russie, il est important d'avoir un pays qui consomme ses ressources, ce qui lui permet de renforcer sa croissance économique et de poursuivre la modernisation de ses forces armées.

Les deux pays devaient également trouver des points d'accord, sur des sujets classiques comme l'Ukraine, qui ne doit pas tomber dans la sphère occidentale, mais aussi sur des sujets de discorde. À cet égard, la Chine a adopté une position défavorable aux crypto-monnaies, tandis que la Russie envisage d'adopter ces dernières pour les paiements.

Reste que les deux pays sont des alliés économiques, indéniablement, mais restent méfiants l'un envers l'autre sur le plan militaire (concurrence technologique plus que coopération) et n'ont pas les mêmes approches géopolitiques. La Chine souhaite se rapprocher de l'Occident, qui la rejette malgré ses gages de bonne volonté, tandis que la Russie s'oppose plus ouvertement aux États-Unis et surtout à l'OTAN. 

Dans quelle mesure la relation sino-russe a-t-elle un impact sur l'Occident ? Des décisions ont-elles été prises qui concernent directement l'Europe ou la France ?

Le choix de l'Occident de faire pression sur la Russie (en proposant à la Géorgie et à l'Ukraine de se rapprocher de l'OTAN) ou en n'acceptant pas le projet Nord Stream 2 et en poursuivant les embargos sur les produits russes, est une erreur stratégique et surtout économique. Premièrement, un embargo conduit simplement à l'isolement et renforce l'hostilité entre l'Est et l'Ouest, puisque les échanges commerciaux sont réduits. Deuxièmement, il pousse Moscou vers la Chine, qui est désormais son premier marché.

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Pour le monde occidental, et en particulier l'Europe (UE) dans ce cas, cela entraîne une hausse des prix de l'énergie, des opportunités commerciales manquées avec la Russie et la Chine, et une hostilité accrue plutôt qu'un dialogue.

L'isolement de la Chine est d'autant plus problématique que Beijing a toujours adopté une position neutre vis-à-vis de l'Europe, proposant plusieurs partenariats économiques, sans critiquer ses politiques ou son approche militaire. Dans ce contexte, l'opposition de l'UE à la Chine est la plus grande erreur stratégique du 21e siècle, car elle aura pour conséquence de faire du continent européen une région tampon entre les États-Unis et la Chine.

La France devrait jouer sur sa position de médiateur et essayer de retrouver un statut similaire à celui qu'elle avait pendant la Guerre froide. Paris doit s'imposer comme une amie de la Chine, car l'économie française n'a rien à gagner à se distancier de Beijing, et comme un médiateur entre les États-Unis et la Russie. 

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