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Virage à droite de Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux tours : bon ou mauvais timing ?
©Reuters

C’est compliqué

Virage à droite de Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux tours : bon ou mauvais timing ?

En disant que voter Front national n'est pas immoral, Nicolas Sarkozy a pris le parti de séduire les abstentionnistes de droite et ceux qui hésitent encore à voter FN. Une position qui peut étonner, alors que les candidats LR misent sur le front républicain pour remporter le second tour.

Antoine Jardin

Antoine Jardin

Antoine Jardin est chercheur associé au Centre d'études européennes de Sciences Po. Jeune docteur, il a soutenu sa thèse intitulée "Voter dans les quartiers populaires : dynamiques électorales comparées des agglomérations de Paris, Madrid et Birmingham" le 5 décembre 2014.

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Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.

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Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Atlantico : En tendant la main aux électeurs du FN comme il le fait depuis dimanche, Nicolas Sarkozy met à mal la stratégie des candidats LR aux régionales comme Xavier Bertrand ou Christian Estrosi qui s'efforcent, pour leur part, de séduire les électeurs de gauche. Pour quelle raison Nicolas Sarkozy s'inscrit-il dans cette stratégie alors que Xavier Bertrand lui a demandé de ne pas le faire ?

Christelle Bertrand : Peut-être pense-t-il que les électeurs de gauche, convaincus que la stratégie du Front républicain est la bonne,  iront mécaniquement voter LR et qu'il n'est donc pas nécessaire de les convaincre alors qu'il est plus utile de draguer les électeurs du FN. Un sondage TNS Sofres-OnePoint paru hier semble lui donner raison, 77% des électeurs de gauche affirment qu'ils iront voter Xavier Bertrand ou Christian Estrosi. Seuls 7% des électeurs FN feront de même, il y aurait donc une marge de progression plus grande. A cette limite près que le vote FN est de moins en moins un vote défouloir destiné à évoluer au second tour. Les électeurs qui votent FN au premier tour confirment de plus en plus souvent leur choix au second. De plus, lorsque Xavier Bertrand demande à Nicolas Sarkozy de se taire, c'est qu'il comprend, lui qui est sur le terrain, que les reports des voix de gauche ne se feront pas si facilement, or il ne pourra pas faire sans. De même Christian Estrosi se démène, et ça ne date pas de l'entre-deux tours, pour séduire les électeurs de gauche. Bien entendu, il n'y a pas qu'en PACA et dans le Nord Pas de Calais Picardie, là où les listes PS se maintiennent comme en Bourgogne France Comté, il faudra séduire à droite.

En amorçant un tel virage à droite Nicolas Sarkozy n'est-il pas, en même temps, en train d’asseoir sa stratégie pour 2017 ?

Christelle Bertrand : Nicolas Sarkozy donne en effet l'impression de penser aussi à sa future candidature. Alors qu'il a longtemps dit que si les régionales étaient un succès ce serait le sien, il semble aujourd'hui avoir acté un semi-échec et vouloir passer à l'étape suivante. Il y a plusieurs raisons à ça. Il va tenter de faire en sorte que ce demi-échec ne reste pas ancré dans les esprits et que l'on passe vite à la suite. Mais surtout il ne peut pas soutenir une stratégie de main tendue à la gauche car cela reviendrait à valider la stratégie de son principal adversaire aux primaires : Alain Juppé. D'ailleurs lorsque Nicolas Sarkozy lance son premier appel aux électeurs du FN, il ne le fait pas n'importe où ni en présence de n'importe qui. Il le fait en Aquitaine, lors d'un meeting de soutien à Virginie Calmels qui est l'un des bras droit du maire de Bordeaux. Il se trouve aussi aux cotés de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique Bussereau, deux des figures emblématiques de cette droite modérée dont il entend se démarquer aujourd'hui. Dans ces conditions, cet appel ressemble à un pied de nez qui ne rend pas service à la candidate qui se présente en Aquitaine, terre de droite modérée. De là à penser que Nicolas Sarkozy ne détesterait pas voir perdre cette proche d'Alain Juppé... Son échec, comme celui de Xavier Bertrand ou de Christian Estrosi, validerait, en outre, l'idée que la main tendue au centre et à gauche n'est pas une stratégie gagnante et, par conséquent, qu'Alain Juppé n'est pas la bonne personne pour l'emporter en 2017. Pour les mêmes raisons, Nicolas Sarkozy semble s'être opposé à la fusion des listes LR et PS en Alsace Champagne Ardennes Lorraine contre l'avis du tête de liste Philippe Richert qui aurait ainsi emporté le second tour sans problème. Bref, Nicolas Sarkozy n'avait pas forcement intérêt à ce que ces régionales soient un succès pour tous les Républicains. 

Est-ce le bon timing pour lancer cette offensive ? Nicolas Sarkozy ne risque-t-il pas de se mettre à dos une partie des cadres LR, dont les candidats aux régionales ?

Christelle Bertrand : C'est en effet un risque. On voit bien que le ton employé par Xavier Bertrand mercredi était extrêmement agacé. Il ne pardonnera pas de sitôt à Nicolas Sarkozy de l'avoir fait perdre ou de lui avoir rendu la victoire difficile. Mais l'ancien chef de l’État n'a pas le choix, il ne peut valider la stratégie de la main tendu à gauche. Et puis, on sait bien que les rancœurs en politique ne durent jamais très longtemps, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ne se sont-ils pas réconciliés récemment ? En ce qui concerne le timing, là encore Nicolas Sarkozy n'a pas réellement le choix. Bien entendu, il eut été de meilleur goût de jouer la solidarité avec les candidats de son propre parti mais ce scrutin est le dernier avant la prochaine présidentielle, le dernier crash test, qui validera ou pas les stratégies des différents candidats à la primaire. Et l'urgence est d'autant plus grande que Christian Jacob a annoncé, hier matin, que la date des primaires, initialement prévue en novembre, pourrait être avancée afin que les divisions internes occasionnées par la campagne aient le temps de se cautériser avant la campagne présidentielle. Alain Juppé est d'accord avec cette option puisque lui-même aurait souhaité que le candidat de la droite et du centre soit désigné avant l'été 2016. Le mois de janvier devrait être occupé par ce débat.

A travers plusieurs discours prononcés pendant l'entre-deux tours, Marine Le Pen a également appelé les abstentionnistes à se mobiliser dimanche prochain... Dans les régions PACA et Nord-Pas-De-Calais-Picardie, quelle est l'ampleur des abstentionnistes de droite ? 

Antoine Jardin : On peut considérer que le potentiel électoral maximum de la droite est le score qu'elle a obtenu lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2012. Bien sur, il semble impossible pour les Républicains de mobiliser tous les électeurs s'étant déplacé pour l'élection présidentielle.

En 2012, on totalise environ 1 million de voix de droite et 780 000 suffrages en faveur de Marine Le Pen. Au soir du premier tour des élections régionales, la situation est très différente. L'extrême droite progresse nettement et obtient plus de 900 000 voix, alors que le taux de participation général a fortement décliné. La droite regroupe moins de 630 000 voix. Le Front National voit, dans ces régions, son score continuer à progresser même lorsque la participation diminue. A l'inverse, les listes de droites ont perdu un total cumulé de près de 400 000 voix. Cette déperdition s'explique à la fois par la montée de l'abstention chez ces électeurs et par le basculement d'une partie de l'ancien électorat UMP vers  le vote FN, conformément à ce qu'indiquent les enquêtes comme les résultats électoraux depuis les élections européennes de 2014. Toutefois, les élections départementales de 2015 ont montré que certains électeurs pouvaient voter FN au premier tour et UMP/LR au second, même dans une configuration de duel entre la droite et l'extrême droite. La fluidité électorale dans cette zone de l'opinion est donc très forte, rendant incertaine l'issue du scrutin de dimanche prochain.

Jean-Daniel Lévy : Quand on observe les précédentes élections régionales de 2010, on constate qu’il y a eu une participation en forte progression dans toutes les régions dans lesquelles le FN était présent, et que cette participation avait toujours profité au FN. Cela ne veut pas forcément dire que tous les acteurs qui s’étaient déplacés au deuxième tour et pas au premier avaient voté Front National mais en tout cas, il y a eu une certaine capacité à récupérer les électeurs qui s’étaient abstenus au premier tour. Ainsi, 109 694 voix des 207 961 votants en plus au second tour ont voté FN en Nord-Pas-de-Calais Picardie, et 73 385 voix sur 150 826 en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

On pourrait penser que certains électeurs, surpris par des scores importants réalisés par le Front national, ont souhaité participer à la dynamique. Les abstentionnistes de droite et de Front national constituent donc une réserve de voix stratégique pour l'issue du second tour, que ce soit pour le FN ou pour Les Républicains. De plus, 20% des électeurs de Nicolas Sarkozy en 2012 ont voté pour le Front National, ce qui ajoute à l'intérêt de s'adresser à cette catégorie d'électeurs.

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