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Valérie Pécresse après avoir été désignée candidate de LR à la présidentielle, à Paris, le 4 décembre 2021.
Valérie Pécresse après avoir été désignée candidate de LR à la présidentielle, à Paris, le 4 décembre 2021.
©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Tous contre Macron

Valérie Pécresse, entre dynamique surprise et potentielles faiblesses

Tout le monde veut battre Emmanuel Macron.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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· À gauche toute, parce qu’il est le Président des riches et de la casse du service public, sans oublier sa scandaleuse indifférence face aux charmes de l’intersectionnalité inclusive des luttes décoloniales et féministes (pas complètement sûre de l’ordre des mots, mais vous me comprenez) ;

· Chez les écologistes, qui sont aussi à gauche, pour toutes les raisons précédentes et parce qu’il persiste à trouver quelques vertus à la croissance et, nouveau et passablement contradictoire avec la fermeture de la centrale de Fessenheim, à l’énergie nucléaire ;

· À droite, du moins du côté de cette droite qui se préoccupe encore d’une certaine orthodoxie budgétaire et régalienne, parce qu’il est en train de « cramer la caisse » et parce qu’il exerce ses missions de protection des personnes et des biens sur le mode « fort avec les faibles et faible avec les forts. »

· Et à droite toute, enfin, parce qu’il nie l’identité de la France, sa souveraineté, ses frontières, et en est devenu le fossoyeur officiel via une politique migratoire non seulement laxiste mais conçue pour provoquer « l’effondrement civilisationnel » du pays.

Voici rapidement résumés les différents points de vue, des points de vue très opposés malgré une même détestation. Rien de bien étonnant à cela : outre que l’exercice du pouvoir suscite automatiquement l’opposition, le discours et la pratique subséquente du « en même temps ni de droite ni de gauche » dans lequel s’est illustré Emmanuel Macron ne pouvait que mécontenter tout le monde à tour de rôle.

Et non seulement mécontenter tout le monde, mais, de façon beaucoup plus préoccupante, produire des résultats ou plutôt une absence de résultats véritablement désastreuse dans le présent comme pour l’avenir. Pour en avoir déjà beaucoup parlé, je ne reviens pas sur la dégradation accélérée de nos comptes publics, y compris avant la pandémie de Covid-19, ni sur la déliquescence de notre système de santé, ni sur l’affaissement de notre niveau éducatif, ni sur l’attention trop désinvolte accordée à la sécurité, ni sur le grignotage insidieux de nos libertés auquel il faut maintenant ajouter l’introduction complètement inutile du pass sanitaire.

Pour l’ensemble de la gauche et pour M. Macron, ces problèmes n’en sont pas. La première fonde toute sa politique forcément sociale et écologique sur l’abondance des moyens couplée à l’abondance des obligations et des interdictions, et y ajoute un mépris olympien pour tout ce qui concerne le régalien. Quant au Président de la République, il s’active à promouvoir partout son fabuleux bilan en jouant sur la confusion entre qualité et quantité.

Mais si l’on se place dans une perspective libérale, il n’en demeure pas moins que la pente suivie par le pays est dangereusement orientée vers le bas. Or faute de disposer d’un parti libéral significatif, c’est traditionnellement depuis la droite que la France perçoit de loin en loin quelques ondes discrètes de libéralisme, l’élection présidentielle de 2022 ne faisant pas exception à la règle.

Oh, certes, on a vu maints ténors Les Républicains (LR) vanter bruyamment les charmes du dirigisme étatique, mais on a aussi entendu David LisnardDenis PayreValérie Pécresse et quelques autres alerter sur l’asphyxie qui guettait la France du fait de l’emprise idéologique et bureaucratique de l’État dans un rayon toujours plus large de nos activités humaines.

Or voilà que Valérie Pécresse a été choisie hier 4 décembre 2021 par les adhérents LR pour devenir leur candidate présidentielle en avril prochain. Arrivée en deuxième position lors du premier tour avec 25 % des voix contre 25,6 % pour Éric Ciotti (qui n’était pas dénué lui non plus d’une certaine fibre libérale en économie, mais seulement en économie), elle s’est imposée au second tour avec 61 % des voix contre 39 % à son concurrent. Son avance est suffisamment vaste pour assurer sa légitimité mais pas écrasante au point de lui faire oublier l’existence d’autres sensibilités que la sienne dans son parti.

À partir de là, trois questions. Premièrement, Valérie Pécresse pourrait-elle accéder au second tour de la présidentielle et éventuellement battre Emmanuel Macron ? Deuxièmement, fera-t-elle ce qu’elle promet ? Et troisièmement, que devient le libéralisme dans tout ça ?

· Au vu des sondages publiés jusqu’à présent, on pourrait se dire que les chances de la candidature de droite sont fort minces car Valérie Pécresse n’a jamais été donnée à plus de 11 % des suffrages. Preuve, du reste, que les adhérents LR se sont prononcés sur un programme et une personnalité, excluant platement Xavier Bertrand, typique étatiste de droite content de lui, qui dominait jusqu’alors la course à droite.

Mais la désignation officielle de Valérie Pécresse au terme d’un processus de sélection qui avait commencé dans la cacophonie (primaire ouverte ? congrès adhérents ? participation de Xavier Bertrand, de Denis Payre ?) et s’est finalement déroulé sans anicroche va forcément changer la donne aux yeux des électeurs. Elle va commencer à bénéficier d’une attention directe qui va consolider sa présence parmi les candidats.

Si LR joue bien ses nouvelles cartes, si l’unité qu’on a vue se déployer autour de sa candidate lors de l’annonce des résultats se maintient (edit du 6 décembre : pas gagné), si l’objectif visé est bien de proposer une alternance à la politique erratique d’Emmanuel Macron, s’il est bien question de remettre de la rigueur dans les comptes de la nation, de la justice dans le régalien et un peu plus de liberté dans la vie des citoyens – si tout cela, Valérie Pécresse ne manque pas d’atouts pour y parvenir.

Il est vrai qu’on lui reproche beaucoup d’être trop Macron-compatible pour être complètement honnête. Ce n’est pas faux, et c’est du reste l’angle de riposte adopté par Marine Le Pen dans une réplique modernisée de l’UMPS d’antan. Mais le fait est que Valérie Pécresse se présente contre Emmanuel Macron, qu’elle a fortement musclé son discours régalien, qu’elle a été choisie par la droite et que sa candidature commence à inquiéter les cercles élyséens. Pour le Président sortant, l’avoir éventuellement comme adversaire au second tour risque de s’avérer nettement plus compliqué que le challenge Le Pen de 2017.

Plus consensuelle qu’un Ciotti, réputée sérieuse et non dépourvue de réalisations concrètes à la tête de sa région d’Île-de-France et comme ministre de l’enseignement supérieur puis du budget dans les gouvernements Sarkozy-Fillon, elle peut faire revenir chez LR des sympathisants de la droite et du centre partis chez Macron en 2017, mais qui commencent à s’inquiéter de voir le « printemps » macronien crouler sous les feuilles mortes d’un « quoi qu’il en coûte » compulsif.

Il se peut qu’elle perde en chemin des sympathisants d’Éric Ciotti, mais jamais ce dernier, très proche à certains égards d’Éric Zemmour et/ou de Marine Le Pen, n’aurait pu se hisser jusqu’à incarner une alternative à la fois large et crédible à Emmanuel Macron. Il est même probable que sa sélection aurait débouché sur une fuite non négligeable d’électeurs LR vers LREM et conforté ceux qui avaient déjà fui dans l’idée d’y rester, exactement comme le choix Hamon avait complètement dévitalisé le Parti socialiste au profit de Macron en 2017.

Bref, si l’on espère une alternance de droite à Emmanuel Macron, Valérie Pécresse n’est pas forcément un mauvais choix et Les Républicains pourraient fort bien se refaire une santé politique sur le dos d’Emmanuel Macron. La réponse de la bergère au berger, en quelque sorte.

· Se pose ensuite la question de savoir si elle appliquera son programme.

Échaudés par de nombreuses promesses de réforme non tenues dans le passé, on serait évidemment tenté de répondre non. Autant il est facile de tenir les promesses d’allocation ceci et d’emploi cela (la dette et/ou les impôts couvriront – sauf s’il fallait se conformer à nouveau aux limites de déficit et de dette de l’Union européenne), autant les propositions de réduction des dépenses publiques, parce qu’elles vont impacter à court terme certains revenus, sont très difficiles à mettre en œuvre et demandent un courage politique qui ne se manifeste que très rarement.

Valérie Pécresse prévoit notamment de réduire la fonction publique de 150 000 postes sur cinq ans : 200 000 en moins dans « l’administration administrante », c’est-à-dire dans la bureaucratie pure et 50 000 en plus dans les missions « éduquer, protéger, soigner ». Constatons que le chiffre reste modeste, même s’il horrifie à peu près tout le monde, y compris les inénarrables Barnier, Bertrand et Juvin qui n’ont pas manqué de souligner la dureté sociale de la candidate. Mais 0,15 million en moins, qu’est-ce au regard de nos 5,66 millions de fonctionnaires ? Il n’empêche que Macron s’était engagé sur une baisse de 0,12 qu’il a promptement oubliée en rase campagne.

La candidate LR parle beaucoup de « faire », mais en réalité, elle n’est nullement à l’abri de suivre le même chemin d’immobilisme que ses prédécesseurs, surtout si une crise ou une autre vient opportunément fournir le prétexte de reporter à plus tard. Disons cependant qu’elle a prévu de donner le plus de consistance possible à son programme : elle se propose en effet de préparer ses textes de loi à l’avance afin que les Français en prennent connaissance avant l’élection et qu’ils soient votés et appliqués dans les premiers mois du quinquennat. Bonne idée.

· Reste une troisième question : la candidature Pécresse signifiera-t-elle une ouverture franche en direction d’un cheminement authentiquement libéral ?

Dans le portrait que je lui avais consacré il y a quelques mois, j’évoquais sa tendance dirigiste,  presque unanimement partagée par tous les politiciens qui se sentent obligés de « faire quelque chose », à vouloir orienter la société par des lois et des quotas, notamment dans le domaine de l’égalité homme femme au travail.

Plus généralement, difficile de discerner dans son programme, comme dans celui de ses concurrents internes d’ailleurs, le début d’un renversement structurel de nos systèmes sociaux, sanitaires et éducatifs hyper collectivisés. Réformer, mieux gérer dans le cadre donné : oui – mais l’expérience montre que ce genre de toilettage superficiel est voué à l’échec. Redonner de la liberté, ouvrir à la concurrence, faire plus confiance aux individus : on cherche encore.

De plus, la volonté d’unité des Républicains qui reviendrait éventuellement à placer Philippe Juvin à la santé, Michel Barnier au quai d’Orsay, Éric Ciotti à l’Intérieur et Xavier Bertrand on n’ose imaginer où jouerait directement contre toute forme d’orientation véritablement libérale.

C’est pourquoi il serait bon que Valérie Pécresse, au-delà des efforts qu’elle fait pour montrer aux sympathisants LR qu’elle représente bien la « vraie droite » solide et rassemblée, se rappelle aussi que quand elle a quitté Les Républicains en 2019, elle a fondé un mouvement qu’elle a appelé « Libres ! » Les mots ont un sens. Affaire à suivre.

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