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L'université d'été du PS s'ouvre dans une ambiance tendue.
L'université d'été du PS s'ouvre dans une ambiance tendue.
©Reuters

Au boulot

Université d'été du PS : ces inspirations (de gauche...) sur lesquelles la gauche pourrait s'appuyer pour entrer dans le présent

Le principal parti de gauche semble très divisé et l'annonce du nouveau gouvernement a même ravivé la méfiance des frondeurs. Le PS va donc devoir trouver un dénominateur commun qui les rassemble pour continuer à avancer.

Olivier Rouquan

Olivier Rouquan

Olivier Rouquan est docteur en science politique. Il est chargé de cours au Centre National de la Fonction Publique Territoriale, et à l’Institut Supérieur de Management Public et Politique.  Il a publié en 2010 Culture Territoriale chez Gualino Editeur,  Droit constitutionnel et gouvernances politiques, chez Gualino, septembre 2014, Développement durable des territoires, (Gualino) en 2016, Culture territoriale, (Gualino) 2016 et En finir avec le Président, (Editions François Bourin) en 2017.

 

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Atlantico : L'université d'été du PS s'ouvre dans une ambiance tendue avec un parti plus divisé que jamais par les différentes tendances. D'autres partis relativement proches du PS, principalement chez les voisins européens, ont réussi leur aggiornamento pour repartir unis au combat politique. Qu'ont-ils fait que le PS ne parvient pas à faire ? De quoi devrait-il s'inspirer ?

Olivier Rouquan : Il s’est produit en Allemagne une scission majeure qui n’a pas encore été réalisée en France. En Espagne, le PSOE est travaillé par les mêmes enjeux que chez nous, malgré les années Zapatero. On retrouve bien la cohésion difficile de ces deux tendances à l’intérieur des partis socialistes européens. C’est quelque chose au fond d’assez structurel, même si ça ne se pose pas aujourd’hui avec les mêmes termes qu’à l’époque de l’affrontement de Jules Guesde et de Jean Jaurès. Et même si en Allemagne la séparation s’est faite, il demeure des tensions internes.

La "synthèse" chère au PS semble un défi impossible à relever par manque de repères faisant l'unanimité. Malgré tout, quelles pourraient être les sources d'inspiration qui pourraient initier une nouvelle union ?

Le Parti socialiste est un parti d’élus. Et ces élus ont des intérêts à défendre. Ils savent qu’une partie de ce qui justifie leur fonction, c’est de légitimer les décisions qu'ils font. C’est leur "job". Donc, les élus du PS au titre de la responsabilité politique sont le premier vecteur de l’unité de cette formation. Au fond, ils n’ont pas intérêt à une implosion du PS contrairement à ce que l’on entend. Cette division ne ferait qu‘entraîner une perte conséquence de ressources.

Le Parti socialiste ne manque pourtant pas de think tank et autres clubs de réflexion censé lui apporter un bagage idéologique. Pourquoi la jonction est-elle si difficile entre les "penseurs" et la réalité du parti ?

On nous explique depuis assez longtemps que le Parti socialiste et l’UMP sont des partis de gouvernement. Ils sont centrés autour d’une question importante : gagner des élections, rechercher des financements... Leurs programmes ne sont que des cumuls d’actions, voire de micro-actions, qui ont pour objectif de contenter les intérêts de la société civile. Cela veut dire que si dans les années 70 ou 80, le parti intégrait d’avantage d’idéologues, cela a changé et s’est externalisé, d’où l’émergence de ces think tank. Mais nous n’avons plus aujourd’hui à gauche d’intellectuels "organiques" comme à cette époque. Si on prend l’exemple de Terra Nova, on est bien sûr dans un contenu très social-libéral, et le rôle des intellectuels qui composent ce think tank est de défricher de nouvelles pistes. Le Parti socialiste ensuite accepte ou refuse ces idées pour maintenir sa cohésion. C’est ainsi que fonctionnent les liens entre les think tanks et les partis. Enormément de propositions de Terra Nova ou de la Fondation jean Jaurès sont refusés au moment de les intégrer dans les programmes.   

Entre la nouvelle équipe gouvernementale clairement tournée vers la social-démocratie assumée, et le soutien de 200 députés – plus nombreux que la quarantaine de "frondeurs" – la gauche a-t-elle fait le premier pas vers une nouvelle synthèse, ou est-ce que les réticences resteront trop fortes malgré tout ?

C’est surtout une question d’organisation. Il y a une sorte d‘accord trouvé pour laisser certains députés exprimer des désapprobations et proposer des amendements. Dans une certaine mesure, c’est quelque chose d’assez sain. Après, soit cela prendra un tour polémique, soit cela prendra un tour collaboratif. Mais cela concerne surtout le ministre des Relations avec le Parlement.

On voit qu’il y a 200 députés qui affichent leur soutien à la fois au gouvernement, mais aussi à la ligne choisie par celui-ci. Il y a manifestement un rapport de force qui est favorable à l’exécutif, conformément à la tradition de la Ve République. Il est clair que le mouvement des "frondeurs" qui se met en place depuis quelques mois – même si sous Jean-Marc Ayrault l’abstention lors de certains projets de loi existait déjà – est lui conforme à une tradition qui reste active et en lien depuis assez longtemps avec certaines populations, comme le mouvement étudiant par exemple. Dans la mesure où le pouvoir est dans une situation de très forte impopularité, il est évidemment beaucoup plus facile de faire émerger des mécontentements que de participer à la pédagogie qui expliquerait la décision politique. On est de plus à une époque où contrairement aux années Mitterrand – où ce genre de fronde existait déjà – nous sommes face à une population beaucoup plus dépolitisée ce qui rend l’action pédagogique d’autant plus difficile à gauche.

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