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Le fondateur de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan.
Le fondateur de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan.
©Reuters

Rentrée des souverainistes

Université d’été de Debout la France : avec ou sans Chevènement, le plafond de verre qui pèse sur le parti de Dupont-Aignan

En pleine rentrée politique, vendredi 28 et samedi 29 août se tenait à Yerres (Essone) l'université d'été de Debout la France. Invité d'honneur du parti pour l'occasion, Jean-Pierre Chevènement. Si les valeurs souverainistes séduisent nombre de Français, Nicolas Dupont-Aignan peine à se faire une place sur la scène nationale.

David Desgouilles

David Desgouilles

David Desgouilles est chroniqueur pour Causeur.fr, au Figaro Vox et auteur de l'ouvrage Le Bruit de la douche aux éditions Michalon (2015).

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Atlantico : Vendredi et samedi, Debout La France (DLF) organisait son université d'été. Malgré un contexte apparemment favorable, notamment en raison des résultats économiques européens, le mouvement souverainiste ne semble pas en profiter. Comment l'expliquer ? 

David Desgouilles : DLF a fait 1,79 à la présidentielle en 2012. Aux dernières élections européennes, ce parti a doublé son score bien que l’espace politique soit réduit, entre le FN, et un parti qui fait du Buisson sans Buisson, hier avec Copé, aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, il n’est pas facile de faire progresser DLF. La venue de Jean-Pierre Chevènement à cette université, qui augure un rapprochement, peut-elle lui permettre de retrouver un peu de hauteur et donc d’oxygène en se sortant de cet étroit couloir ? C’est possible. Mais il faut rappeler qu’en France, avec les institutions que nous avons, combinées avec le système de financement des partis et le mode de scrutin, créer un parti de toutes pièces et le faire progresser rapidement n’est pas une mince affaire. Même un candidat qui venait de faire 18% à la présidentielle, François Bayrou, s’est retrouvé un mois plus tard sans pratiquement rien. Le MoDem défendant au contraire une vision fédéraliste, on voit que ce ne sont pas les idées de DLF qui sont en cause mais le contexte institutionnel français qui donne systématiquement une prime aux partis installés et pourtant largement discrédités dans les enquêtes d’opinion.

Doit-on y voir un décalage entre le diagnostic d'une situation, partagé par un plus grand nombre, et des réponses souverainistes qui peuvent sembler inadaptées par les électeurs ?   

En 2005, le NON l’a emporté avec plus de 55% des voix. Et des enquêtes d’opinion donnent davantage encore qu’il y a dix ans des résultats plus faibles pour la pertinence de l’échelon européen. Il n’y a pas un problème de demande de souverainisme. Il y a un problème d’offre. Ce dernier s’explique d’une part que le navire amiral est le FN, qui a une histoire qui déplaît à beaucoup d’électeurs pourtant tentés par les solutions souverainistes. Et que les autres partis sont en ordre dispersés et que certains sont frileux sur certains aspects de la critique de l’ouverture des frontières. Je vous donne un exemple. Le Front de gauche refuse la liberté de circulation des capitaux et celle des marchandises mais elle ne souhaite pas remettre en cause celle des hommes, professant un sans-frontiérisme qui heurte les ouvriers et les employés. D’un autre côté, le sarkozysme « buissonnisé » a mis l’accent sur la critique de la libre-circulation des hommes, en s’attaquant à Schengen, mais s’avère un des meilleurs partisans de la libre-circulation des capitaux et des marchandises. Le duo Marine Le Pen- Florian Philippot progresse parce qu’il offre cette cohérence apparente en s’attaquant aux trois libertés de circulation en même temps.

Les électeurs auraient-ils fait une croix sur ce qu'ils perçoivent comme un monde ancien ? Le constat d'une Europe défaillante n'est-il pas plutôt un appel vers une autre Europe, plutôt qu'un retour à la souveraineté nationale ?

C’est ce que semble croire Arnaud Montebourg qui a encore plaidé pour un « euro démocratique » lors de sa fête à Frangy-en-Bresse, en présence de Yanis Varoufakis. Pourtant, je ne pense pas que les électeurs aient fait une croix sur quoi que ce soit. Les électeurs veulent être gouvernés et ils ont l’impression –souvent justifiée- que ceux qui élisent n’ont plus de prise sur les décisions. Certains électeurs peuvent en effet croire qu’une autre Europe est possible, mais l’expérience grecque incarnée par l’action d’Alexis Tsipras a dû refroidir pas mal d’entre eux. « L’autre Europe », « L’Europe sociale », cela fait quand même plus de vingt-cinq ans que les Français et les autres européens l’attendent.

Au Front National, Florian Philippot semble tenter une OPA sur les souverainistes. DLF est-il en mesure de résister à cette offensive ? 

Ce n’est pas forcément DLF qui est la plus grande victime des prises de Florian Philippot. Regardez cette histoire de Sciences Po. Les recrues viennent d’où ? Des Républicains et du Front de Gauche !

On assiste à une course entre le FN marinisé qui tente de tourner la page avec celui de Jean-Marie Le Pen (Mais on voit que cela ne se fait pas sans difficulté) et les autres mouvements dont le nouvel axe Dupont-Aignan-Chevènement peut être l’amorce d’un rassemblement plus large, pour peu que Montebourg et Mélenchon aillent au bout de leur logique, ce qui n’est pas gagné non plus.

Pour l’instant, force est de constater que Marine Le Pen et Florian Philippot mènent la course. Cela ne signifie pas qu’ils la gagneront. Et s’ils la gagnent, ce n’est pas forcément la garantie non plus que les idées souverainistes soient appliquées au niveau national, le FN n’étant toujours pas parvenu à devenir un parti de second tour. Mais l’exclusion de Jean-Marie Le Pen peut aussi être synonyme de la disparition de ce fameux plafond de verre. C’est le pari de Florian Philippot. Il n’a pas forcément tort d’y croire.

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