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Unilever fait les frais de l’actualité depuis des mois et des mois en France.
Unilever fait les frais de l’actualité depuis des mois et des mois en France.
©Reuters

Bataille

Unilever face au projet de reprise de la marque Éléphant : stop au délire de l’instabilité juridique

L’usine de Gémenos qui produisait les tisanes Éléphant est à l’arrêt depuis deux ans, sur fond de conflit entre Unilever et le projet de Scop proposé par les anciens salariés de Fralib.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Personne ne plaindra la société Unilever qui fait les frais de l’actualité depuis des mois et des mois. Unilever en effet a tout pour susciter la vindicte politique, syndicale et médiatique : beau groupe international, des grandes « marques » (méfium !), des bénéfices (aïe !), une notoriété (ouille !) et une fermeture d’usine… sauf qu’au passage ce groupe crée de très nombreux autres emplois en France ailleurs qu’à Gémenos dans les Bouches-du-Rhône. La CGT locale, y compris extérieure à l’entreprise qui fascine dans le mauvais sens du terme les pays étrangers (peut-être même le cas a-t-il inspiré Taylor !), fait de la résistance avec une dose de mauvaise foi certaine. Rappelons qu’il s’agit des sachets de thé Éléphant dont la production n’est plus rentable ni souhaitée par les consommateurs. La surcapacité en Europe est évidente et le site de Gémenos moins rentable que partout ailleurs.

Après un défilé de mode ininterrompu des puissances politiques françaises de tous bords, le big boss mondial a été amené à taper du poing sur la table pour dire que s’il était indésirable, il irait créer ses autres emplois ailleurs. Cela a momentanément calmé le jeu. Un plan social (PSE) a été accepté, puis annulé à deux reprises en appel ! Vive l’insécurité juridique.

La semaine dernière a définitivement considéré comme nul tout ce qui avait été jugé, négocié et entrepris ; sans aucun effort pour envisager ce qui va se passer maintenant. Incompréhensible et hors du sens commun au vu de la situation concrète, une décision juridique sans précédent. Voilà qui va le précédent ! Gravissime pour la confiance des chefs d’entreprise et des investisseurs dans notre pays.

Au-delà du cas particulier, il est désespérant de voir qu’aucun progrès économique, aucune évolution syndicale, aucun vrai courage politique ne se profile à l’horizon. Nous sommes tous complices de la décroissance qui commence à s’installer. Et que penser des tribunaux qui produisent des décisions économiquement inexplicables ?

Quel peut être la suite du feuilleton ? On fait rendre leurs indemnités aux salariés ? On réembauche ceux qui travaillent ailleurs ? On rend les terrains à Unilever ? On revient sur toutes les négociations individuelles et les formations ? Ce serait risible si ce n’était à pleurer et si ce type de comportement ne nuisait fondamentalement à l’emploi.

Une majorité d’employés, en effet, ont quitté Fralib après une transaction de gré à gré (environ 3 ans de salaires) ; 76% d’entre eux ont trouvé une solution personnelle et ont tourné la page, ils sont soit en CDI, soit en CDD ou encore en formation ; mieux certains ont créé leur propre entreprise, quelques-uns sont partis en préretraite. L’usine appartient maintenant à la CUM (Communauté Urbaine de Marseille) à laquelle tout le matériel a été donné pour un euro (valeur dans leurs livres de compte pour plus de sept millions d’euros !).

Qui peut comprendre ? Au nom de quoi ?

Par ailleurs, on ne peut que constater qu’aucun repreneur crédible malgré tout le battage médiatique ne s’est manifesté en deux ans. Cela démontre une fois de plus qu’il ne suffit pas de produire mais qu’il faut avoir des débouchés sur un marché ; un raisonnement apparemment ignoré de tous ceux qui s’agitent depuis 18 mois.

Le projet de Scop n’est pas viable et ne repose que sur la cession de la marque Éléphant et sur l’octroi imposé à Unilever de volumes de sous-traitance. Et puis quoi encore ! Comment assurer des volumes de sous-traitance alors que l’entreprise ferme justement parce qu’elle est en surproduction ?

Les leaders de la CGT et, comme ils le disent, 70 de leurs collègues croient tellement à ce projet de Scop qu’ils investissent les millions d’euros que représenteraient leurs indemnités et qu’ils demandent qu’on leur donne une partie du budget de revitalisation. Ils s’en gardent bien, car ce projet est une utopie et frise l’escroquerie intellectuelle encouragée par une certaine complaisance du système français.

C’est tout à fait regrettable pour l’image des Scop qui représentent une formidable alternative aux structures entrepreneuriales classiques, mais qui dans ce cas est totalement mise à mal et dévoyée comme ce fut le cas d’ailleurs pour SeaFrance et Goodyear.

Nous sommes aujourd’hui encore dans une bataille idéologique et un combat politique perdus d’avance. Les entrepreneurs et les investisseurs le savent et s‘en désespèrent tous les jours un peu plus.

 

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