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La pollution atmosphérique est responsable chaque année de dizaines de milliers de décès en France.
La pollution atmosphérique est responsable chaque année de dizaines de milliers de décès en France.
©©JOEL SAGET / AFP

Espoir

Une nouvelle découverte bouleverse tout ce que nous savions du lien entre pollution de l’air et cancer

Des chercheurs affirment avoir découvert comment la pollution atmosphérique peut provoquer un cancer. Cette découverte bouleverse notre compréhension de l'apparition des tumeurs

Pierre Souvet

Pierre Souvet

Le Dr Pierre Souvet, cardiologue, est le président de l'Association santé environnement France (ASEF). Il travaille en collaboration avec l'observatoire atmosphérique du Ballon de Paris.

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Emilia Lim

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Atlantico : Vos recherches, menées par l'Institut Francis Crick et l'UCL, ont révélé comment la pollution atmosphérique peut provoquer un cancer du poumon chez les personnes qui n'ont jamais fumé. Pouvez-vous expliquer cette découverte ?

Emilia Lim : Nous avons découvert que la pollution atmosphérique est associée à l'incidence du cancer du poumon EGFRm. Il s'agit d'un type de cancer qui est fréquent chez les patients n'ayant jamais fumé. Nous avons montré que la pollution atmosphérique n'agit pas en provoquant de nombreuses mutations dans l'ADN de la tumeur, mais qu'elle réveille des cellules qui ont peut-être déjà des mutations et les pousse à former un cancer.

En effet, lorsque nous avons séquencé en profondeur des tissus pulmonaires normaux, nous avons trouvé des mutations dans 50 % des échantillons. La pollution pourrait agir sur ces mutations pour provoquer un cancer.

Le centre de recherche biomédicale Francis Crick, situé à Londres, a découvert de nouveaux éléments permettant de comprendre comment les cancers du poumon évoluent. De quoi s’agit-il ?

Pierre Souvet : Tous les jours, nous fabriquons des cellules potentiellement cancéreuses, mais il leur faut une promotion pour qu’elles se développent car nos systèmes de défense arrivent à empêcher cette modification. La pollution de l’air, par l’inflammation que produisent les particules fines, modifie le gène EGFR. Cela va faire la promotion du cancer sur cette cellule. 

Quelles sont les nouveautés pour la recherche médicale ?

Emilia Lim : Nous constatons notamment que l'exposition à la pollution atmosphérique chez l'homme et chez la souris entraîne la surexpression d'un gène appelé IL1B. Nous espérons que ce gène et ses apparentés pourront être ciblés dans la prévention du cancer.

Dans les lieux où la pollution de l’air est importante, il y a davantage de cancers du poumon dont la cause n’est pas le tabac. Est-ce une nouveauté pour la recherche médicale ?

Pierre Souvet : Le mécanisme est nouveau. Jusqu’à maintenant, on pensait que la personne non-fumeuse n’absorbait pas des quantités astronomiques de produits cancérigènes. Par exemple, les particules diesel transportent ces produits cancérigènes. Mais là, on s'aperçoit que c’est l’inflammation due aux particules qui va produire le cancer. 

Le cancer du poumon n'est pas la seule maladie due à la pollution atmosphérique. Quelles sont les autres maladies ?

Emilia Lim : La pollution atmosphérique a été associée à plusieurs maladies respiratoires. Dans notre étude, nous avons montré que la pollution de l'air est liée au cancer du poumon, du cerveau, de l'intestin grêle, de l'anus et au mésothéliome.

Les effets de la pollution atmosphérique sont-ils les mêmes que ceux du tabac ?

Emilia Lim : On observe un grand nombre de mutations dans les tumeurs des fumeurs, mais ce n'est pas le cas chez les non-fumeurs. Nous proposons donc que la pollution atmosphérique (et peut-être d'autres cancérigènes) favorise le cancer par un mécanisme non mutagène : l'inflammation des cellules du poumon.

Comment se produit cette inflammation ?

Pierre Souvet : L’inflammation va se produire en raison de la taille et de la composition de la particule fine, qui peut être composée de pesticides ou de métaux lourds. L’inflammation se produit partout, dans le système vasculaire et dans le système cérébral. Au niveau du cœur, on voit que l'inflammation se produit au niveau des vaisseaux et engendre des maladies cardio-vasculaires. 

À Tokyo, la fin du diesel au début des années 2000 a permis de faire baisser le nombre de décès dus au cancer des poumons d’environ 5%. Quand on diminue la pollution de l’air aux particules, on diminue mécaniquement le nombre de décès dus au cancer. 

Vous avez réussi à empêcher la formation de cancers chez des souris exposées à la pollution atmosphérique en utilisant un médicament qui bloque le signal d'alarme. Est-ce une bonne nouvelle pour l'homme ? Pourquoi ?

Emilia Lim : Nous avons pu montrer que l'inhibition de l'IL1B chez des souris exposées à la pollution atmosphérique était capable d'empêcher le développement de tumeurs.

Il existe un essai clinique (CANTOS) qui a montré que l'inhibition de l'IL1B chez l'homme prévenait le cancer du poumon.

Nous espérons que nos résultats pourront conduire au développement de stratégies de prévention du cancer du poumon impliquant la voie IL1B. Cela pourrait être pertinent pour les personnes exposées à des niveaux élevés de pollution atmosphérique.

Les chercheurs ont pu empêcher la formation de cancers chez des souris exposées à la pollution de l'air en utilisant un médicament qui bloque le signal d'alarme. Est-ce de bon augure ?

Pierre Souvet : C’est de très bon augure, mais la première solution est de réduire l’exposition à la pollution de l’air. On ne peut pas rechercher le gène particulier EGFR et donner ce produit à la moitié de la population. Les valeurs sanitaires de l’OMS sont précises : elles fixent à 5 microgrammes par mètre cube la limite d’exposition annuelle aux particules fines PM2,5. En dessous de cette limite, la mortalité est réduite de plus de 80%. En France, les études affichent une diminution de décès de 50 000. Aux États-Unis, cette limite est de 12 microgrammes par mètre cube depuis une dizaine d’années. Mais en Europe et en France, les valeurs réglementaires sont de 25 microgrammes par mètre cube. Il y a un certain laxisme de la part des autorités. Il faut donc réduire les normes réglementaires. 

L’exposition à la pollution de l’air est un enjeu majeur de santé publique, aussi bien pour les maladies cardiovasculaires et cérébrales que pour l’ensemble des cancers. Dans l’étude, le poumon n’est pas le seul organe touché. Les lèvres, la cavité buccale, le pharynx ou encore le larynx sont également concernés.

Certains disent que votre travail pourrait être une véritable percée, qu'en pensez-vous ? Quels sont vos espoirs en la matière ?

Emilia Lim : Les théories concernant l'association entre la pollution atmosphérique et le cancer du poumon et la façon dont elle peut favoriser la tumorogénèse ont déjà été proposées il y a plus de 70 ans. Je suis reconnaissant que nous ayons pu apporter des preuves à l'appui de ces théories. J'espère que notre travail contribuera à mettre en évidence les effets néfastes de la pollution sur la santé humaine et la nécessité de réfléchir à des mesures pour les atténuer.

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