Un exode sans précédent : le double impact Covid-Brexit fait quitter le Royaume-Uni aux immigrés | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Un exode sans précédent : le double impact Covid-Brexit fait quitter le Royaume-Uni aux immigrés
©Stefan Rousseau / POOL / AFP

Retour à la maison

Un exode sans précédent : le double impact Covid-Brexit fait quitter le Royaume-Uni aux immigrés

En 2020, 1,3 million de travailleurs étrangers ont fui le Royaume-Uni selon l'Economic Statistics Centre of Excellence de l'Office for National Statistics.

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

Voir la bio »

Atlantico : Selon une étude de l'Economic Statistics Centre of Excellence de l'Office for National Statistics (ONS), l'équivalent britannique de l'Insee, 1,3 million de travailleurs étrangers ont quitté le Royaume-Uni depuis fin 2019. Et près de 700.000 travailleurs immigrés auraient fui Londres. De quels travailleurs parle-t-on ?

Laurent Chalard : En préambule, il faut préciser que c'est un travail qui n'étudie pas le solde migratoire (la différence entre les entrées et les sorties) mais uniquement les flux sortants. C'est à interpréter avec prudence mais cela donne d'intéressantes informations sur les grandes tendances post-Covid de la démographie britannique.

L'étude analyse les populations d'origine immigrée qui auraient quitté le Royaume-Uni depuis le début de la crise du Covid et du Brexit. Cela peut-êre aussi bien des gens très aisés que très pauvres, que ce soit un Français travaillant à la City, un plombier polonais ou un restaurateur pakistanais. Ce sont des profils extrêmement variés aussi bien socialement que ethniquement. Ces immigrés peuvent connaître des situations juridiques très différentes : ils peuvent être arrivés puis longtemps et avoir acquis la nationalité britannique ou bien n'être sur le territoire que depuis un ou deux ans. 

Quel rôle a joué la crise sanitaire dans ces départs ?

Laurent Chalard : La grande caractéristique du Royaume Uni est d'avoir connu deux évènements qui potentiellement ont été des facteurs moteurs du départs d'immigrés présents sur le territoire. Le premier auquel on pense est la crise du Covid qui a entraîné une fermeture des frontières. Mécaniquement, cela a ralenti les entrées (alors que le Royaume-Uni était l'un des pays dont les flux entrants étaient les plus importants), d'autant plus qu'en situation de crise sanitaire il est beaucoup moins intéressant pour un immigré d'aller dans un pays où tout est fermé. 

À Lire Aussi

Brexit, les secrets d’une négociations de la dernière chance pour que tout change sans que rien ne bouge vraiment 

Qui dit crise sanitaire dit aussi crise économique. Or le marché de l'emploi britannique se caractérise par sa flexibilité : on embauche facilement mais on licencie facilement, en particulier quand il y a crise économique et sans aide sociale derrière. Au Royaume-Uni,  beaucoup de petits boulots sont occupés par des populations immigrées qui se sont retrouvées du jour au lendemain sans emploi. Une partie de ces populations, en général celles qui étaient peu ancrées sur le territoire, sont rentrées dans leur pays. 

A la crise sanitaire s'est rajoutée celle du Brexit...

Laurent Chalard : La sortie du Royaume Uni de l'UE a fait que de nombreux immigrants d'origine européenne (en particulier d'Europe de l'est) ont vu leur déplacement limité. Le contact avec le pays d'origine devient plus compliqué qui plus est dans un contexte local peu favorable à l'immigration. Depuis le Brexit, il y a en effet une sorte de xénophobie britannique qui s'est accentuée notamment vis-à-vis des immigrés d'Europe de l'est. Les immigrés européens ont été confrontés à un choix : rester au Royaume-Uni pour devenir un citoyen britannique et faire sa vie dans ce pays ou quitter un pays où peut faire face à de la xénophobie et où les perspectives d'emploi sont limitées pour les non-nationaux. Beaucoup ont choisi de rentrer au pays. C'est aussi le cas de Français qui travaillaient à la City et qui ont vu un affaiblissement de celle-ci du fait du Brexit et donc des pertes d'emploi en particulièrement pour les non-britanniques. Ce retour des immigrés dans leur pays du fait du Covid et du Brexit concerne essentiellement les immigrés européens.

Cette émigration était-elle voulue par les partisans du Brexit ?

Laurent Chalard : En effet, c'est pour bonne partie le rejet de l'immigration qui a fait voter les Britanniques pour le Brexit, dans un contexte de crise migratoire de 2015. Le Brexit représentait alors une reprise en main des frontières pour contrôler les flux migratoires.

De nombreux immigrés travaillaient dans les hôpitaux. Leur départ pourrait-il nuire à la lutte contre le Covid-19 ?

Laurent Chalard : Dans un pays très vieilli tel que le Royaume-Uni, on a une forte demande en besoins hospitaliers. Il existe un manque de main d'œuvre parce que la main d'œuvre nationale ne souhaite pas occuper ces emplois qui sont jugés durs et peu rémunérés. Pour compenser, la Royaume-Uni fait appel depuis des décennies à de la main d'œuvre étrangère, aussi bien pour les médecins que pour des emplois moins qualifiés comme les infirmières. Dans les hôpitaux des grandes villes, on trouve très largement des travailleurs d'origine immigrée. S'ils s'en vont, cela peut poser des problèmes pour le fonctionnement des hôpitaux britanniques. On en revient à la question de la revalorisation des emplois hospitaliers. Le Royaume-Uni est l'un des pays qui a fait les coupes budgétaires les plus importantes dans son système hospitalier et il l'a payé en nombre de décès dus au Covid.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !