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UMP : malgré la défaite de Sarkozy, le résultat de ce 1er tour valide la stratégie de sa campagne présidentielle
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Paradoxe électoral

UMP : malgré la défaite de Sarkozy, le résultat de ce 1er tour valide la stratégie de sa campagne présidentielle

La France n’a pas basculé à gauche avec l’élection de François Hollande. Le 1er tour des législatives confirme donc que les « idées de droite » restent majoritaires dans le pays, mais les Français pensent aussi que, dans un contexte aussi difficile, l’instabilité institutionnelle serait néfaste.

Christian Delporte

Christian Delporte

Christian Delporte est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin et directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines. Il dirige également la revue Le Temps des médias.

Son dernier livre est intitulé Les grands débats politiques : ces émissions qui on fait l'opinion (Flammarion, 2012).

Il est par ailleurs Président de la Société pour l’histoire des médias et directeur de la revue Le Temps des médias. A son actif plusieurs ouvrages, dont Une histoire de la langue de bois (Flammarion, 2009), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine (avec Jean-François Sirinelli et Jean-Yves Mollier, PUF, 2010), et Les grands débats politiques : ces émissions qui ont fait l'opinion (Flammarion, 2012).

 

Son dernier livre est intitulé "Come back, ou l'art de revenir en politique" (Flammarion, 2014).

Voir la bio »

Atlantico : Les sondages laissaient entendre une large victoire de la "gauche plurielle", du fait de la conjugaison
d'une forte abstention et d'une mobilisation derrière le FN qui devait pénaliser l'UMP. Les résultats donnent pourtant
l'UMP et le PS aux coudes à coudes. Comment expliquer ces résultats ?

Christian Delporte : La victoire de la gauche reste quasi-assurée. L’incertitude concerne essentiellement son ampleur : une majorité absolue socialiste ou la nécessité pour le PS de compter sur ses alliés écologistes, voire de faire appel au Front de gauche…

De manière caractéristique, plus aucun représentant UMP, hier soir, n’évoquait la possibilité d’une cohabitation, se contentant d’appeler à l’élection d’un maximum de candidats. En fait, ce premier tour de 2012 est comme une image inversée de celui de 2007. La droite se situait aux alentours de 45,6% et la gauche parlementaire (communistes compris) aux environs de 35,6%. En 2007, l’écart entre l’UMP et le PS était de l’ordre de 11 à 15 points (selon qu’on y adjoignait ou pas le MRG et le MRC).

Cela dit, je vous l’accorde, on ne peut pas parler d’un effondrement, d’autant que le FN, lui, a beaucoup mieux résisté qu’il y a cinq ans (réduit, alors, à un peu plus de 4%). La France n’a pas basculé à gauche avec l’élection de François Hollande. Sa victoire fut incontestable, mais relativement étroite. Les « idées de droite » restent majoritaires dans le pays, mais les Français pensent aussi que, dans un contexte aussi difficile que celui que nous connaissons aujourd’hui, l’instabilité institutionnelle serait néfaste.

Peut-on parler d'une renaissance de l'UMP, Nicolas Sarkozy parti, ou plus simplement l'affirmation de la stratégie électorale engagée durant l'élection présidentielle ?

Christian Delporte : Le mot de « renaissance » me paraît bien excessif. L’UMP peut viser, au mieux, une défaite honorable qui dessinera, pour elle, la voie d’une reconquête (qui commencera en 2014, avec les municipales et les régionales). A condition, bien sûr, que la guerre des chefs, qui commencera au lendemain du 17 juin, ne la plombe pas durablement.

Ce que traduit le résultat à droite, ce n’est pas le bien-fondé de la stratégie électorale de Nicolas Sarkozy (son excellence aurait dû conduire à sa réélection), mais plutôt l’enracinement (chez les militants comme dans l’électorat) des idées sur lesquelles elle était fondée. Les éventuels successeurs de l’ex-président de la République auront beaucoup de mal à s’en démarquer s’ils veulent convaincre la base de l’UMP. Le « droit d’inventaire » sera d’autant plus délicat à établir que le résultat du second tour ne tournera pas à la catastrophe.

L'autre chiffre clé de cette soirée électorale est l'abstentionnisme record, à plus de 40% (environ 42%), soit deux fois plus élevé que pour l'élection présidentielle (19,6%). Pourquoi les Français se désintéressent-ils autant des élections législatives ?

Christian Delporte : Il conviendrait de donner vite aux Français des cours de rattrapage en éducation civique, car, en régime parlementaire, la principale élection est celle des députés.

On l’oublie pour deux raisons. D’abord, parce que l’élection du président de la République masque les enjeux des législatives, avant cette fausse impression qu’on a fait l’essentiel en élisant l’hôte de l’Elysée. Ensuite, parce que l’instauration du quinquennat, qui fixe le scrutin présidentiel avant le scrutin législatif, transforme, dans l’esprit commun, les élections à l’Assemblée en une sorte de formalité. La participation a toujours été moindre aux législatives qu’à la présidentielle. Mais, depuis 2002, le phénomène s’est accentué.

Le calendrier (présidentielle d’abord, législatives, quelques semaines plus tard) est une machine qui présidentialise le régime et nourrit l’abstention aux législatives. Il faut ajouter que le nombre grandissant des candidats (11 en moyenne par circonscription) n’est pas de nature à éclaircir la vision de l’électeur.

La loi exige que les candidats recueillent au moins 12,5 % des suffrages des inscrits pour se maintenir au second tour des élections législatives. La faible participation électorale précitée est-elle directement responsable du nombre réduit de triangulaires (entre 25 et 30 selon IPSOS) ? Cela nuit-il au débat démocratique ?

Christian Delporte : Ne nous cachons pas la réalité. Le système, misant sur l’abstention, a été conçu pour éviter les triangulaires ! Dans la plupart des démocraties, on pratique la proportionnelle avec un seuil national d’entrée (5%, par exemple). Mais cela suppose qu’on mette en cause le scrutin par circonscription, tel que nous le pratiquons.

Là aussi, un petit cours d’éducation civique ne serait pas superflu. Un député, à l’Assemblée, ne représente pas sa circonscription, son terroir, ses administrés et, partant, les intérêts particuliers de ceux qui l’ont élu. Un député représente la nation tout entière et agit, par son vote, dans l’intérêt général. A ce titre, il est tout à la fois, l’élu du Nord, du Sud, de l’Ouest, de l’Est, ou du centre de la France ! C’est le B-A BA de la démocratie.


Quelles perspectives pour le second tour des élections législatives ? Est-il encore censé d'évoquer la question d'une potentielle cohabitation ?

Christian Delporte : Un second tour peut corriger le premier, mais il n’inverse qu’exceptionnellement la tendance. Parfois il l’amplifie, comme en 1981. Parfois, il réduit l’ampleur de la victoire, comme en 1988 ou même en 2007. Certes, en 1973, la gauche, majoritaire au premier tour, avait été battue au second. Mais, à l’époque, les législatives ne suivaient pas la présidentielle.

Bref, malgré les propos de façade (prudents, il faut bien le dire), je ne crois pas qu’un responsable UMP sérieux puisse penser à la défaite de la gauche. Je suppose que les ministres et les leaders de gauche auront consigne d’en dire le moins possible, pour éviter tout dérapage (en 2007, la sortie de Jean-Louis Borloo sur la TVA sociale, a sans doute fait perdre 40 ou 50 sièges à l’UMP). En une semaine, le renversement de tendance est impossible. La seule question est celle de l’ampleur de la victoire : majorité absolue du PS ou majorité relative ? Aujourd’hui, Jean-François Copé ne se prépare certainement pas à devenir le Premier ministre de François Hollande, et Jean-Marc Ayrault peut dormir tranquille.

Propos recueillis par Franck Michel

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