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Trop de finance asphyxierait l’économie d’un pays ? Les éléments de preuves manquent singulièrement
©©Reuters

Remise en question

Trop de finance asphyxierait l’économie d’un pays ? Les éléments de preuves manquent singulièrement

C’est ce qui ressort d’une étude menée par Rodolphe Desbordes, professeur d'économie à la SKEMA Business School, Markus Eberhardt, professeur agrégé à l'université de Nottingham, et Rachel Cho, doctorante en économie à l'université de Nottingham.

Rodolphe Desbordes

Rodolphe Desbordes

Rodolphe Desbordes est professeur d'économie à la SKEMA Business School en France. Il était auparavant Reader (professeur associé) en économie à l'Université de Strathclyde, Glasgow, Royaume-Uni. Il est titulaire d'une licence en sciences politiques (Sciences Po Paris) et d'un doctorat en économie internationale (Université de Paris I Panthéon-Sorbonne). Ses intérêts de recherche couvrent les domaines de l'investissement direct étranger, de la croissance économique, des épidémies et de l'économétrie appliquée.

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Atlantico : Selon votre étude pour le CEPR, un « excès de finance » n’aurait que très peu d’effets néfastes pour l’économie d’un pays développé. Quelles sont les preuves que vous mettez en évidence pour arriver à cette conclusion ?

Rodolphe Desbordes : Cette étude est un document de travail CEPR, écrite de manière indépendante.

La finance a acquis une mauvaise réputation au cours de la dernière décennie. Il est utile néanmoins de rappeler ses multiples fonctions dont nous bénéficions chaque jour : lissage de consommation, assurance contre les risques, financement de l’investissement, ou, tout simplement, gestion des transactions. La recherche actuelle ne remet pas en cause que le développement financier peut contribuer au développement économique. En revanche, elle s’est interrogée s’il existe un seuil au-delà duquel « trop de finance » peut devenir néfaste en créant une mauvaise allocation des ressources productives et en générant une plus grande vulnérabilité aux crises économiques. Nous nous différentions des autres travaux empiriques qui ont étudié cette question en reconnaissant explicitement que la relation peut être très hétérogène entre les pays, que ces derniers diffèrent très fortement les uns des autres, et que les effets de long-terme ne correspondent pas forcément aux impacts de court terme.

Comment expliquer que l’idée qui affirme le contraire soit encore très présente dans la littérature ? Est-ce simplement dû à une inquiétude issue de la crise qui n'a pas été résolue ?

Il est évident que les crises financières qui ont récemment frappé l’économie mondiale et la zone euro ont marqué les esprits, d’autant plus qu’elles ont semblé alimenter par des personnes aux revenus extravagants s’engageant dans des transactions financières déconnecter de l’économie réelle. Ces chocs de court terme peuvent occulter les bénéfices qu’un secteur financier développé peut fournir sur le long terme et que nous prenons très souvent pour acquis.

Quel est, concrètement, l’impact d’un « excès de finance » sur la croissance et les risques de crise ? Y-a-t-il une face « sombre » ? 

Nos résultats ne sont pas forcément en opposition avec le reste de la littérature. Les pays, développés ou en développement, qui ont historiquement un large secteur financier ont tendance à être plus riches que des pays similaires mais au secteur financier moins développé. Cependant, dans de nombreux cas, nous ne pouvons rejeter une absence statistique de différence de performance économique. Ainsi, « trop de finance » n’est pas forcément non plus une panacée.

Notre examen des déterminants des crises bancaires dans les pays en développement révèle une certaine « face sombre » d’un large secteur financier. En effet, « trop de finance » semble amplifier les risques de crise engendrés par un excès de flux de capitaux ou la volatilité des prix des matières premières. 

Au regard de vos résultats, l’expression « too much finance » a-t-elle un sens ? Si oui, comment déterminer si un pays possède un niveau potentiellement « excessif » de développement financier ?

La force de nos résultats est de rejeter toute généralité. Tout comme pour la soutenabilité de la dette souveraine, la soutenabilité d’un large secteur financier varie énormément entre les pays. Deux questions peuvent alors être posées pour faire le diagnostic d’un niveau « excessif ». Tout d’abord, est-ce que les ressources financières sont susceptibles de favoriser le développement économique durable d’un pays ? Ensuite, est-ce que le secteur financier est encadré par d’autres institutions robustes permettant d’absorber efficacement les chocs financiers ? Nos résultats suggèrent que les réponses à ces questions n’ont pas toujours été positives selon le pays considéré.

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