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Ségolène Royal a présenté ce mercredi 30 juillet en Conseil des ministres son projet de "Loi de programmation de la transition énergétique pour la croissance verte".
Ségolène Royal a présenté ce mercredi 30 juillet en Conseil des ministres son projet de "Loi de programmation de la transition énergétique pour la croissance verte".
©Reuters

De bien belles promesses

Transition énergétique, mais à quel prix ? Les leçons à tirer des exemples de nos voisins européens

La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie Ségolène Royal a présenté ce mercredi 30 juillet en Conseil des ministres son projet de "Loi de programmation de la transition énergétique pour la croissance verte". Le texte, qui devrait être présenté à l'Assemblée nationale le 1er octobre, porte des objectifs ambitieux. Atlantico a décidé de confronter leur faisabilité à ce qui se fait chez nos voisins.

Lucas Léger

Lucas Léger

Lucas Léger est chargé de mission à l'IREF, l'Institut de Recherches Economiques et Fiscales. Il a notamment beaucoup travaillé sur la fiscalité verte, ainsi que les emplois verts.

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Depuis le premier choc pétrolier qui débute en 1971, la transition énergétique apparaît comme un enjeu inévitable. Par voie réglementaire, de nombreux gouvernements ont affirmé, ces dernières années, ce nouveau cap politique, c'est-à-dire le passage d’une économie dépendante des énergies fossiles à un modèle où la consommation est plus sobre à la fois en énergie et en émission de gaz à effet de serre (GES).

Au-delà des effets d’annonce

En France, la loi de programmation de la transition énergétique pour la croissance verte, adoptée le 30 juillet par Ségolène Royal au Conseil des ministres permet de lancer un débat sur les bonnes pratiques. Les objectifs du gouvernement sont ciblés : diviser par 4 les émissions de GES entre 1990 et 2050, porter la consommation d’énergies renouvelables à 30 %, favoriser les emplois verts,  réduire la dépendance et la facture énergétique de la France. Et la liste est ici incomplète. Depuis le Grenelle de l’environnement, il s’agit de la première proposition de loi d’envergure visant à modifier en profondeur notre politique énergétique.

D’abord, il faut se méfier des effets d’annonce. Une loi ne réglera pas d’un coup d’un seul tous les problèmes auxquels nous faisons face : vieillissement du parc nucléaire,  dépendance aux énergies fossiles qui fait plonger notre déficit commercial, augmentation du prix de l’énergie, etc. Ensuite, ces objectifs sont très ambitieux et l’on voit mal comment 10 milliards d’euros en 3 ans pourront permettre leur mise en place (rénovation des bâtiments, généralisation des installations de points de charge pour les véhicules électriques, plan de lutte contre la pollution de l’air, meilleur retraitement des déchets, favoriser les énergies renouvelables, etc.). Outre les problèmes de financement et le coût économique du projet, les propositions sont loin d’être à la hauteur des ambitions.

À l’étranger, les gouvernements s’attachent également à préparer la transition énergétique, dont la légitimité de l’intervention publique est souvent fondée sur les mêmes arguments qu’en France : le combat contre le changement climatique, la réduction de la facture énergétique et  la nécessité de stimuler le progrès technologique et la croissance verte.

Si les comparaisons internationales sont difficiles, en raison d’un secteur énergétique propre à chaque pays. Un tour d’horizon des politiques publiques mises en place chez nos voisins européens (Allemagne, Espagne et Royaume-Uni) nous permet de mieux saisir les échecs, les succès et les défis de la transition énergétique.

L’Allemagne se prive de nucléaire et renonce au gaz de schiste

Le pays étant résolu à remplacer le nucléaire et les énergies fossiles par des énergies renouvelables, ceci accroît l’envergure de la tâche à accomplir. En 2012, les énergies renouvelables représentent environ 23 % de la production finale et le pays entend élever cette part à 60 %. 400 Md€ sur 20 ans seront nécessaires pour financer ce "tournant énergétique", alors même que le coût de l’énergie électrique est déjà deux fois plus élevé qu’en France, qui continuera vraisemblablement d’augmenter fortement.

L’Allemagne a enclenché sa transition énergétique depuis le début des années 1990 avec la loi sur les énergies renouvelable (EEG), garantissant la priorité d’accès au réseau électrique à tous les producteurs d’énergies renouvelable. Ce plan est en grande partie financé par le contribuable allemand, qui a reversé 20,4 Md€ de taxe en 2013.

En réalité, les objectifs politiques publiques mis en place par l’Allemagne se rapprochent de ceux du gouvernement actuel. Cependant, ce dernier doit garder à l’esprit que l’Allemagne dépend aujourd’hui de plus en plus du charbon (pour pallier les problèmes d’approvisionnement des énergies renouvelables), de l’énergie nucléaire française (qu’elle importe à grands frais), et dont la transition énergétique repose essentiellement sur le consommateur.

Enfin, après des mois de débats, l’Allemagne renonce à l’exploitation des gaz de schiste pendant encore 7 ans. Une décision qui pèsera encore un peu plus sur le prix de l’énergie, dans une économie encore très orientée vers l’industrie. Cette décision est quelque peu surprenante puisque les défis énergétiques devront être résolu par la seule source encore tolérée : les énergies renouvelables.

L’Espagne : des projets à l’arrêt pour cause de disette budgétaire

C’est au milieu des années 2000 que l’Espagne décide d’améliorer l’efficacité énergétique du pays et d’amorcer sa transition énergétique. Pour y parvenir, le gouvernement va miser sur le développement de l’éolien et du photovoltaïque par voie de subventions, augmenter les dépenses publiques en recherche et développement (R&D), et entamer un début de libéralisation de son marché de l’énergie afin d’améliorer son efficacité.

Cependant, l’Espagne a conservé, en parallèle de ces engagements, des subventions importantes pour les énergies fossiles. Ceci est notamment dû à la volonté du gouvernement de développer un marché du gaz liquéfié afin de réduire les importations. Outre ces objectifs contradictoires, le secteur de l’énergie s’est considérablement endetté (à hauteur de 26 Md€), dont il faut désormais rembourser les échéances.

La crise de 2008 n’a pas arrangé les choses et le gouvernement espagnol doit assainir ses finances publiques avant de pouvoir poursuivre son plan de transition énergétique. Dans un contexte économique difficile, le secteur des énergies renouvelables peine toujours à atteindre son seuil de rentabilité.

La fin du charbon et le renouveau du nucléaire au Royaume-Uni

En termes d’énergies renouvelables, le Royaume-Uni est l’un des pays les plus à la traîne de l’OCDE. Leur part dans la production ne dépasse pas les 4 % selon Eurostat. Une situation qui s’explique en partie par un climat peu favorable à leur développement (notamment pour le photovoltaïque. Néanmoins, le pays ambitionne de réduire de 80 % son émission de GES à l’horizon 2050 (par rapport à 1990) et met en place en 2009 un plan visant à atteindre ces objectifs.

Pour ce faire, le gouvernement britannique entend s’appuyer, là aussi, sur le développement des énergies renouvelables (en particulier l’éolien en mer). En parallèle, il va rénover son parc nucléaire. Plus récemment, le gouvernement a laissé ouverte l’option des gaz de schiste. Le mix énergétique est donc beaucoup plus ouvert qu’en Allemagne ou en Espagne. Pour financer des investissements qui devraient s’élever à 130 Md€ sur 20 ans, un mode de gouvernance hybride reposant sur des mécanismes de marché et l’intervention publique a été choisi. Si cela limite les coûts pour le contribuable, certains ont critiqué la soutenabilité des hypothèses retenues.

Ce qu’il faut retenir de ces exemples, c’est que le secteur des énergies renouvelables ne devrait pas être le levier central de la transition énergétique. La plupart des politiques publiques portant sur ce secteur ont été des échecs. Peut-être est-il temps de nous tourner vers d’autres alternatives.

Dans le domaine du nucléaire, on sait depuis quelque temps déjà que le thorium est une matière première bien plus fiable et bien moins chère que l’uranium. Personne ne s’est encore intéressé à évaluer les coûts de mise en place d’une telle énergie. Il faudrait pourtant pouvoir les comparer à ceux de la rénovation des installations existantes. Dans le secteur des renouvelables, la géothermie nous offre des perspectives intéressantes.

Enfin, il est temps de faire confiance à l’innovation. Les aides publiques ne pourront jamais remplacer un cadre institutionnel libérant les talents et les initiatives et permettant le développement du progrès technique.

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