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Ségolène Royal présente ce mercredi 18 juin des éléments de son projet de loi sur la transition énergétique.
Ségolène Royal présente ce mercredi 18 juin des éléments de son projet de loi sur la transition énergétique.
©Reuters

Emplois verts... de peur

Transition énergétique (et mur de la réalité) : quelqu’un a-t-il pensé à signaler à Ségolène Royal que le mirage des emplois verts s’était totalement dissipé en Allemagne ?

Charbon, lignite, schiste... autant de termes bien éloignés du concept "d'énergies propres" censées créer des milliers d'emplois verts dans les pays développés. L'Allemagne, faisant le constat de l'échec de cette politique, revient aux énergies fossiles quand Ségolène Royal présente en Conseil des ministres des éléments de son projet de loi sur la transition énergétique.

Lucas Léger

Lucas Léger

Lucas Léger est chargé de mission à l'IREF, l'Institut de Recherches Economiques et Fiscales. Il a notamment beaucoup travaillé sur la fiscalité verte, ainsi que les emplois verts.

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Atlantico : Ce mercredi 18 juin Ségolène Royal présente devant le Conseil des ministres des éléments de son projet de loi sur la transition énergétique. Tout comme Delphine Batho, la ministre de l'Ecologie avait annoncé lors de son entrée au gouvernement la création de 100 000 emplois verts sur trois ans. Cet objectif est-il réalisable ? Combien d'emplois verts ont été créés jusqu'à présent ?

Lucas Léger : Tout comme les données sur le chômage ou la croissance, les chiffres avancés par le gouvernement ne sont pas vraiment réalistes. Ils font notamment l’hypothèse que les aides d’État et autres déductions fiscales vont continuer à être distribuées au même rythme, alors que la tendance est plutôt à la retenue. On le voit dans le secteur du photovoltaïque, dès que les subventions s’arrêtent, les emplois disparaissent (-14 500 entre 2010 et 2012). Et même en supposant que ce soit le cas, cela ne suffira pas pour créer 100 000 emplois. Entre 2005 et 2010, à peine 40 000 emplois ont été créés dans les énergies renouvelables, et ce, en dépit des efforts mis en œuvre : Grenelle de l’environnement, subvention des tarifs de rachat, abattements fiscaux. Seule une innovation technologique majeure pourrait avoir un tel impact sur une si courte période. Croisons les doigts pour le gouvernement…

De nombreux pays tels que les Etats-Unis, l'Allemagne ou encore l'Espagne ont décidé de mettre en place une politique de transition énergétique permettant la création d'emplois verts. Le schéma de ces pays-là est-il le même qu'en France ?

L’Allemagne commence sérieusement à se poser des questions sur le bien-fondé de sa politique énergétique. D’abord, parce qu’elle est l’un des plus gros pollueurs européen en termes d’émissions de CO2. Sa production dépend notamment du charbon, qui n’a rien d’écologique. Ensuite, parce que le gouvernement d’Angela Merkel songe de plus en plus à lever l’interdiction qui pèse sur l’exploitation des gaz de schiste Outre-Rhin. Aux États-Unis, si Obama s’est engagé à mettre en place des politiques en faveur de l’environnement, il n’est pour l’instant pas question de remettre en cause le boom industriel des gaz de schiste, très critiqué par les défenseurs de l’environnement. D’autant que les émissions de CO2 n’ont jamais été aussi faibles depuis 1998, que les investissements dans les énergies vertes se sont tous révélés désastreux (on repense à l’affaire Solyndra) et que l’impact sur le coût de l’énergie, et donc sur l’emploi, plaide largement en la faveur de l’exploitation des gaz et huiles non conventionnels.

En ce qui concerne les énergies vertes, payer aussi cher des énergies qui n’ont pas d’impact, ni sur les émissions de CO2, ni sur l’emploi, et dont les coûts s’élèvent à des milliards d’euros relève d’un acharnement qui ne sert pas la cause environnementale. L’énergie verte, notamment le photovoltaïque et l’éolien, n’ont pas encore fait leurs preuves d’un point de vue économique. Pourtant, allier environnement et rentabilité, c’est tout à fait possible. D’une part, favoriser la géothermie reviendrait à soutenir un secteur beaucoup moins glouton en deniers publics. D’autre part, la France a largement investi dans le nucléaire ; se passer de cette énergie (notamment à cause du coût du démantèlement) tout en subventionnant des énergies peu rentables serait de la folie pure.

En France, les subventions de l'Etat dans l'énergie renouvelable s'élèvent à 14,3 milliards d'euros. Quels sont les coûts réels d'un emploi vert ? Quelles différences avec un emploi "classique" ? 

Entre 2005 et 2011, 14,3 milliards d'euros ont été dépensés en faveur des énergies renouvelables en France. Ce chiffre doit être comparé avec la création d’emplois, dont le coût s’élève à 358 000 euros par emploi pour la collectivité, alors que dans le secteur privé, il en coûterait à l’entreprise environ 55 000 euros. On retrouve ce manque d’efficacité économique un peu partout dans le monde. Aux États-Unis par exemple, où des projets pharamineux ont vu le jour, des prêts garantis par l’État américain se sont révélés très peu fructueux en termes d’emplois. Par exemple, le gouvernement fédéral a garanti un prêt de 1,3 milliard de dollars au projet Caithness Shepherds Flat, qui prévoit l’installation d’éoliennes. Ce projet a généré 35 emplois...

Non seulement l’impact est faible et coûteux, mais promouvoir ce type d’énergie nuit aux autres secteurs. Une étude de l’Universidade Rey Juan Carlos, montre que chaque MW renouvelable installé détruit 5.28 emplois en moyenne.

Finalement, en quoi consistent ces emplois verts ? Que peut-on en espérer à l'avenir  ?

Eurostat essaie de donner une définition commune à toutes ces activités, afin de mieux les comparer au niveau européen. Il ressort de cette définition deux enseignements. D’une part, que 45 % des "éco-activités" sont financées directement ou indirectement par l’argent public. Un chiffre néanmoins à minimiser puisque l’ensemble de ces emplois verts représentent moins de 2 % de l’emploi total. D’autre part, la gestion des déchets ou le retraitement des eaux usées sont comptabilisés comme "éco-activités" par Eurostat. Mais avant d’être des activités qui émergent pour leur finalité environnementale, elles ont d’abord une utilité collective, tant d’un point de vue économique que de santé publique ! À l’avenir, nous verrons émerger des emplois qui ont un sens économique, c'est-à-dire liés à des activités rentables. À moins que l’État ne persiste à subventionner des activités qui ne le sont pas, en dépit d’un coût de l’énergie qui ne cesse d’augmenter et pèse sur le pouvoir d’achat des ménages.  

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