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Les classes moyennes ont besoin d'air.
Les classes moyennes ont besoin d'air.
©Reuters

Bouffée salutaire

Tous ces moyens (autres que les fausses baisses d'impôts) que Manuel Valls aurait pour redonner de l'air aux classes moyennes

La disparition de la première tranche de l'impôt sur le revenu risque de ne guère profiter aux classes moyennes. D'autres mesures ciblant les vraies dépenses de ces ménages auraient un impact bien plus pertinent.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Le Premier ministre a déclaré que la possible suppression de la première tranche d'imposition a pour but de redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne. Est-ce crédible de penser cela ? Les classes moyennes ne vont-elles pas au contraire payer le prix d'une moindre rentrée fiscale chez les futurs exonérés ?

Philppe Crevel : Bien sûr si la tranche est retirée cela va redonner du pouvoir d'achat à certains contribuables. Mais le seuil qui serait concerné touche en fait la partie inférieure de la classe moyenne. Cela va donc accentuer la fracture entre la classe moyenne et la classe moyenne inférieure en créant une marche très importante entre les deux mondes. En termes de pédagogie ce n'est pas très bon. Il aurait mieux valu baisser de deux ou trois points toutes les tranches en partant du principe qu'il vaut mieux un impôt sur le revenu avec des taux bas et une assiette large, que ce vers quoi on se dirige, c’est-à-dire le monde de ceux qui vont payer beaucoup d'impôts sur le revenu et les personnes exonérées.

Dans le domaine fiscal, quelles pourraient être les mesures simples pour réellement redonner du pouvoir d'achat aux classes moyennes ?

Le plafonnement du quotient familial a été très impopulaire car il a touché directement les familles des classes moyennes. On pourrait cependant simplifier ce système en imaginant un système de déduction par enfant relativement neutre par rapport au niveau d'imposition. Mais plus généralement, la meilleure politique est, dans le cadre de l'impôt sur le revenu, d'imposer l'ensemble des revenus mais que les taux soient plus faibles et peu d'écart entre les tranches (par exemple une succession 5% / 15% / 25% / 30%), ainsi le duo CSG + impôt sur le revenu serait en dessous de 50%. Mais pour cela, il faut une assiette large et donc supprimé un certain nombre de niches fiscales. Actuellement, on voit que l'idée est d'atténuer la dureté des mesures fiscales en sortant les Français qui sont encore dans la première tranche. Mais si on veut aider les classes moyennes, il faut faire l'inverse : des taux faibles et des assiettes larges.

Nous pourrions aussi envisager d'améliorer le dispositif fiscal en termes de logement pour réduire le coût d'acquisition d'une résidence principale. Auparavant, il y'avait la possibilité de réduire de ses impôts les intérêts des emprunts, mais cela a été supprimé.

Les classes moyennes se plaignent souvent de n'avoir accès à aucun dispositif de prestations sociales alors qu'elles ne font par définition pas partie des classes aisées. Quelles pourraient être les prestations auxquelles elles n'ont pas accès et qui pourraient leur redonner justement un pouvoir d'achat sans remettre en cause la logique générale de la redistribution à la française ?

Les dépenses des classes moyennes sur le logement sont importantes et elles bénéficient rarement des APL ou des HLM. Il faudrait donc soit favoriser l'accès aux APL, soit créer un dispositif réduisant le coût d'achat d'un logement. Je rappelle que ce poste de dépenses représente 25% à 30% du budget des classes moyennes…

Justement, les couches aisées ont accès rapidement à la propriété, et les couches populaires au logement social, les classes moyennes prennent de plein fouet la hausse de l'immobilier dans les zones en tension. Quelles mesures simples et réalisables pourraient rapidement inverser la donne en leur faveur ?

Plus on fait, moins cela marche depuis trente ans. En France, il y a d'abord un vrai problème de foncier. Tant qu'on ne passera pas outre la question du nombre d'étages et la hauteur des immeubles dans les grandes villes, il sera difficile d'avoir des résultats. De plus, on a un dispositif règlementaire, pour protéger l'environnement par exemple ou la politique d'énergie, qui génère une source de coûts très importante. Entre le dépôt d'un permis de construire et les multiple recours,  il faut presque dix ans à Paris pour ériger un immeuble. In fine, la pénurie de logement fait monter les prix en locatif non aidé. Les classes moyennes sont donc littéralement coincées.

Considérant les spécificités des dépenses des classes moyennes, quels pourraient être les autres domaines où des gains en termes de pouvoir d'achats seraient aisément accessibles avec des mesures politiques simples ?

Les classes moyennes ont souffert de l'exonération des heures supplémentaires. Ils ont été les premiers pénalisés, donc revenir sur cette décision serait une bonne chose pour eux. On pourrait envisager aussi des crédits d'impôts pour les enfants à défaut de rétablir le quotient familial. L'autre gros poste de dépenses pour les classes moyennes c'est l'enseignement supérieur pour les enfants. Les étudiants peuvent bénéficier d'aides et d'APL, mais il pourrait y avoir une réflexion pour envisager, par exemple, une déduction des intérêts pour les familles qui prennent en charge les prêts de leurs enfants étudiants.

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