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Thaïlande : 
un roi malade et silencieux
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Mais où se cache-t-il ?

Thaïlande : un roi malade et silencieux

L'opposition proche de l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra a remporté les élections législatives en Thaïlande, ce dimanche, où les affaires de lèse-majesté se multiplient. Pour le chercheur David Camroux, spécialiste des pays du sud-est de l’Asie, la famille royale est de plus en plus contestée par son peuple. Et le roi, âgé de 83 ans, se terre dans son silence.

David  Camroux

David Camroux

David Camroux est chercheur associé au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri). Il travaille, entre autres, sur la vie politique interne et la religiosité en Malaisie, aux Philippines et en Thaïlande.

Il enseigne à Sciences Po depuis 1987, mais aussi aux universités de Keio (Tokyo), Yonsei (Séoul) et Malaya (Kuala Lumpur).

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Atlantico : Pourquoi les affaires de lèse-majesté en Thaïlande sont-elles plus nombreuses que d’habitude ?

David Camroux : Cette pratique, utilisée pour faire taire les opposants à la monarchie, au roi, a toujours existé. Elle s’est en effet accentuée ces derniers temps.

C’est lié, en partie, au développement de l’Internet qui donne aux gens l’occasion d’évoquer le roi Bhumibol.

Mais c’est dû, aussi, au contexte de fin de règne du roi, âgé de 83 ans, mourant et malade. Il ne dit rien depuis deux ans. Aucun discours officiel depuis son hospitalisation. Ils sont en principe importants, à l’occasion, notamment, de son anniversaire. Ils durent longtemps, près de deux heures environ. Toute la presse publie le verbatim. En 2010, son fils, le prince héritier, a parlé pour son père, cela n’a pas duré plus de quinze minutes…

Bhumibol n’a pas toujours été vénéré. Il était mineur quand il est monté sur le trône. Or, il habitait la Suisse. La Thaïlande a donc vécu sans roi et ce, pendant quatre ans, entre 1946 et 1950. L’armée l’a ramené au pays en 1950 et a rehaussé le rôle de ce dernier. Bhumimol est devenu, en quelques sortes, l’arbitre de la nation.

Il a exercé ce rôle plusieurs fois, entre 1973 et 1976, en 1992 quand l’armée n’a pas tenu sa promesse de mettre en place un pouvoir civil et en 2006, lors du coup d’état qui a mis fin au gouvernement de Thaksin Shinawatra, le Silvio Berlusconi de la Thaïlande, un homme d’affaires populiste et très riche qui a voulu enrichir son pays comme il s’est lui-même enrichi.

Lors des émeutes d’avril 2010, les Chemises Rouges, proches de l’ancien Premier ministre, soutenu dans le nord du pays et dans les quartiers pauvres de Bangkok, avaient manifesté à Bangkok, et pour la première fois, il y a eu une critique de la famille du roi. Un tabou s’est alors brisé, même si ce n’est pas le roi lui-même qui a été critiqué. Thaksin Shinawatra n’a d’ailleurs jamais osé remettre en cause le roi dans ses discours. Il l’a fait, toutefois, dans ses actes quand il était au pouvoir.

Les langues se libèrent… On commence à critiquer le roi. Non dans le débat public, mais dans les cafés, par exemple. Et on ne le critique pas directement. On préfère remettre en cause « le système monarchique ». Et, pour la première fois, on débat sur l’avenir de cette monarchie : d’abord à l’intérieur des universités, et, de plus en plus, sur le Net.

Ce qui est contradictoire, c’est que la presse thaïlandaise est reconnue comme étant de grande qualité. On peut tout dire… sauf critiquer le roi.

La famille royale n’est plus populaire ?

Le roi, Bhumiphol reste populaire et respecté. Ceci n'est pas le cas pour son fils, le Prince héritier, peu populaire, y compris au sein de la classe moyenne de Bangkok. L’une des raisons : celui-ci s’était marié une première fois avec une princesse, a divorcé pour se remarier avec une actrice ayant joué dans des films osés avant de se remettre avec sa première femme.

Il est perçu comme instable, non-intelligent, un playboy.

Le seul membre de la famille royale à rester populaire, c’est la fille du roi : elle ne s’est pas mariée, elle s’est occupée de son pays, a réalisé « de bonnes œuvres », de l’humanitaire. Mais elle ne peut pas devenir reine, seule un garçon peut succéder à son père selon la constitution actuelle.

La succession du roi s’annonce donc difficile…

Bhumibol est le neuvième roi de sa dynastie et une prophétie populaire, importante chez les Thaïlandais, veut qu’il n’y aura pas de dixième roi issu de cette lignée. Mais plutôt un déluge.

Donc, ils pensent aller vers l’inconnu…  Des questions sont posées : la nation sera-t-elle orpheline ? Que fera-t-on sans ce roi ?

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