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Tabac et gros profits : qui tirent les ficelles ?
©Reuters

Bonnes feuilles

Tabac et gros profits : qui tirent les ficelles ?

En prenant conscience des mécanismes biologiques et psychologiques qui vous font fumer malgré vous, vous allez reprogrammer votre cerveau de fumeur en un cerveau d'ex-fumeur, enfin libéré des réflexes et des rites que vous impose la cigarette. L'objectif ? Redevenir libre, indépendant et en bonne santé ! Extrait de "Arrêter définitivement de fumer : 50 conseils pour atteindre son objectif", de Monique Osman, publié chez Solar Éditions (1/2).

Monique  Osman

Monique Osman

Monique Osman est tabacologue et psycologue. Elle est spécialitse des sujets liés au tabac et à la dépendance auprès de l'OFT (Office français de prévention du tabagisme) et du site tabac-info-service.fr.

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Bertrand Dautzenberg, professeur de pneumologie, spécialiste de la lutte contre le tabac depuis plusieurs décennies, explique qu’à l’instar du moustique qui véhicule le paludisme, l’industrie du tabac est le vecteur d’une autre maladie sérieuse : le tabagisme.

De tout temps, les industriels du tabac ont imaginé des artifices pour contourner les règlements sanitaires, lancer des produits ciblés vers de nouveaux consommateurs, notamment les femmes et les adolescents, grâce à un lobbying féroce et un marketing cynique. Pour garantir la pérennité de leurs profits exorbitants, ils se doivent de recruter en permanence de nouveaux clients pour remplacer ceux qui arrêtent de fumer avant qu’il ne soit trop tard ou ceux qui décèdent trop tôt des conséquences de leur tabagisme.

Les machinations de l’industrie du tabac

Dans les années 50, les industriels du tabac affirmaient à grand renfort de campagnes publicitaires que le tabac était « bon pour la santé », au même titre que d’autres plantes naturelles comme la camomille ou les queues de cerises. Ils juraient, le coeur sur la main, que le tabac n’était pas néfaste comme l’annonçaient déjà certains. Ils nous expliquaient même qu’il permettait d’améliorer les performances sportives ! Les plus grandes stars du sport, comme le footballeur Raymond Kopa, participaient à l’époque à la promotion d’une marque de cigarettes emblématique. Ils suggéraient aussi que le tabac était un produit « chic » qui rendait les femmes glamour. À l’écran, nombre d’actrices célèbres en donnaient l’illusion, en portant voluptueusement à leur bouche des porte- cigarettes aux dimensions démesurées. C’était l’époque glorieuse du cinéma hollywoodien où s’illustraient Rita Hayworth, Greta Garbo et Marlène Dietrich. Ces actrices de l’âge d’or du cinéma participaient, sans le savoir, à la désinformation et à l’intoxication de leurs fans. Les stars masculines n’étaient pas en reste. Humphrey Bogart, Steve McQueen ou Yul Brynner n’incarnaient- ils pas le must de l’homme moderne, au charme viril ravageur ? Peu avant son décès, dans un accès tardif de lucidité, Yul Brynner tourna un clip dans lequel il expliquait qu’il se mourrait d’avoir trop fumé, et mettait en garde les fumeurs en les implorant de cesser cette pratique morbide.

Certains acteurs mythiques tels Sylvester Stallone ont bénéficié plus tard de contrats mirifiques, aux termes desquels ils s’engageaient – contre rémunération – à fumer telle ou telle marque de cigarettes dans leurs films. Pourtant, le cowboy Marlboro continue à surfer sur le fantasme de la virilité, montrant l’homme sous l’apparence du séducteur.

Les aveux des firmes cigarettières

Dès 1953, les fabricants de cigarettes connaissaient le rôle joué par la fumée du tabac dans certaines maladies : « L’étude des données cliniques tend à confirmer la relation entre un tabagisme important et prolongé et la fréquence du cancer du poumon » confirmait dans ces années-là R.J. Reynolds, fondateur de la firme tabagière du même nom. Les chercheurs à la solde de Reynolds avaient identifié et isolé dans leurs propres laboratoires plusieurs substances cancérigènes dans la fumée des cigarettes. « Les goudrons sont composés de benzopyrènes, de nitrosamines et d’autres substances produites par la combustion des cigarettes, qui sont responsables conjointement du cancer pulmonaire, il n’y a aucun doute à ce sujet » poursuivaient-ils (British American Tobacco) en 19781.En 1956, les industriels mettaient en évidence la nocivité sur le plan cardio- vasculaire du monoxyde de carbone et la présence de cadmium (métal lourd cancérigène) et de polonium 210 (substance radioactive), deux produits également toxiques libérés par la combustion du tabac. Ils savaient également quel était le rôle joué par la nicotine dans l’addiction au tabagisme.

Il faut attendre les grands procès intentés aux industriels du tabac dans les années 90 pour découvrir, à la lecture de leurs archives enfin dévoilées, leurs manoeuvres mensongères affirmant que fumer n’était ni dangereux pour la santé des fumeurs ni responsable d’une quelconque addiction ! Dans le but de détruire ces écrits et d’empêcher leur diffusion, la firme de cigarettes Philippe Morris dépensait des sommes astronomiques ! Mais le mal était fait… qui perdure encore.

Affirmations et mensonges des firmes tabagières

• En 1954 : « Il n’y a toujours pas la moindre preuve substantielle d’un lien direct entre consommation de cigarettes et cancer du poumon. » (R.J. Reynolds)

• En 1963 : « La nicotine est addictive, nous faisons donc le métier de vendre de la nicotine, drogue addictive efficace… » (Addison Yeaman, vice-président de la compagnie Brown & Williamson, compagnie américaine de tabac)

• En 1975 : « Pour assurer la croissance à long terme de Camel filtre, la marque doit accroître sa part de marché sur les jeunes de 14/24 ans qui représentent l’avenir du business cigarettier. » (R.J. Reynolds)

• En 1980 : La British American Tobacco « devrait se voir comme une compagnie vendant de la drogue plutôt que du tabac… » (Robin A. Crellin, chargé de recherche dans le groupe British American Tobacco)

• En 1983 : « British American Tobacco développe un tabac génétiquement modifié pour doubler la nicotine de ses plants afin de rendre ses utilisateurs plus dépendants… » (British American Tobacco)

• En 1994 : « Nous ne manipulons pas les niveaux de nicotine dans nos cigarettes… » (Thomas F. Sandefur, président de la branche américaine du groupe British American Tobacco, au cours du procès de l’industrie tabagière aux États-Unis) • « La nicotine n’est pas addictive. » (Les représentants de six grandes marques tabagières devant la Chambre des représentants aux États-Unis, le 14 avril 1994)

• « Fumer n’est pas plus dangereux pour la santé que manger des gâteaux à la crème. » (L’un des principaux dirigeants des compagnies tabagières devant le Congrès des États-Unis) Mais aussi :

• « Le problème pour nous est : comment vendre de la mort, comment vendre un poison qui tue 350 000 personnes chaque année, soit 1 000 personnes par jour ? » (Friz Gahagan, consultant marketing pour cinq compagnies de tabac) • « Nous ne fumons pas cette merde, nous la vendons ! Nous réservons ce privilège aux jeunes, aux pauvres, aux noirs et aux imbéciles. » (Propos d’un dirigeant de R.J. Reynolds rapportés par Dave Goerlitz, acteur professionnel et ancien modèle pour Winston, à l’occasion d’une de ses entrevues avec un cadre de l’industrie du tabac)

Et autres manipulations…

Ce sont ces mêmes industriels qui ont inventé le concept fallacieux de « cigarette light ». Ils ont eu aussi l’idée d’ajouter du menthol dans les « sauces » où trempent les feuilles de tabac avant leur séchage, afin de masquer l’effet irritatif de la fumée sur les muqueuses respiratoires. Tout comme ils ont ajouté du cacao pour favoriser la dilatation des bronches et l’inhalation de la fumée, et donc son pouvoir addictif, et de l’ammoniac avec le même objectif. Pour accroître le nombre de leurs acheteurs et les cibler de manière efficace, Ils ont créé des cigarettes au design spécifiquement attractif pour les femmes, d’autres destinées à attirer les adolescents (cigarettes- bonbons, roses ou marron, parfumées à la vanille ou au chocolat) pour masquer le goût âcre de la nicotine. Aujourd’hui ces mêmes industriels déversent massivement leurs productions sur les pays en voie de développement et les régions du tiers- monde, pour compenser la diminution de leurs recettes sur les marchés européens et nordaméricains. Bien qu’ils aient versé des milliards de dollars de dommages et intérêts à leurs victimes et à plusieurs états ou organisations (reconnaissant ainsi implicitement les ravages des produits qu’ils commercialisent), ils continuent d’exercer leur marketing mortifère, en toute légalité.

Extrait de "Arrêter définitivement de fumer : 50 conseils pour atteindre son objectif", de Monique Osman, publié chez Solar Éditions, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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