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Les bourses au mérite n'iront plus dans la poche des meilleurs bacheliers
Les bourses au mérite n'iront plus dans la poche des meilleurs bacheliers
©https://www.flickr.com/photos/alainbachellier/

Non tu ne progresseras pas !

Suppression des bourses au mérite : le mépris social, maladie congénitale du hollandisme

C'en est fini des 1 800 euros par an versés aux 8 500 bacheliers qui chaque année obtiennent le "Graal" de la mention "Très bien". Une preuve, s'il en fallait une autre, de l’hypocrisie d'une gauche qui vente l'assistance aux milieux modestes et s'emploie en même temps à ruiner toute idée de progression au mérite.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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L’affaire de la suppression des bourses au mérite dans l’enseignement supérieur illustre avec beaucoup d’à propos la terrible maladie dont le hollandisme est porteur : le mépris des élites technocratiques pour les milieux modestes.

Reprenons d’abord le dossier : Valérie Pécresse avait instauré, en 2009, une bonification des bourses d’études pour les élèves qui obtenaient une mention "très bien" au baccalauréat. Ce dispositif, conforme à la tradition du mérite républicain, apportait un appréciable coup de pouce aux jeunes défavorisés ou modestes qui entrent en classes préparatoires et n’ont donc pas la disponibilité pour travailler en plus de leurs études.

La successeuse de Valérie Pécresse vient de supprimer ce dispositif, en laissant son cabinet apporter des arguments effarants pour expliquer la mesure : comme le nombre global de boursiers a augmenté, la bonification de bourse pour les meilleurs bacheliers ne se justifie plus. On retrouve ici le raisonnement opéré en son temps par Jean-Pierre Chevénement sur 80% d’une classe d’âge au baccalauréat : massification oui, démocratisation non !

Car on voit bien les sous-entendus du raisonnement qui pousse une ministre à supprimer les bourses au mérite au nom d’une massification des aides sociales. On est de gauche, donc, on défend la justice sociale et on augmente les aides aux pauvres, histoire de se donner bonne conscience. En revanche, il est hors de question d’aider à la constitution d’une élite ouvrière ou de permettre aux petites gens de sortir de leur condition. On aime les pauvres, à condition qu’ils ne concurrencent pas nos enfants sur le marché du travail et qu’ils demeurent dans la case de départ qui leur est affectée.

Ce réflexe social propre à la gauche bobo, amatrice de bons sentiments mais allergique au trouble créé par l’ascenseur social, est typique du hollandisme, et en rupture profonde avec la tradition jacobine. Jusqu’ici (c’est-à-dire jusqu’en 1981), la gauche s’ordonnait autour de l’idée que les ouvriers devaient s’émanciper par l’accès au savoir, et qu’il convenait de fabriquer en leur sein une élite qui montrerait la voie. C’est d’ailleurs pourquoi la Troisième République avait inventé les classes de primaires supérieures, disparues avec la réforme Haby.

La gauche technocratique ou énarchique qui structure le Parti socialiste depuis les années 80 est en rupture complète avec cette tradition. Elle n’est plus porteuse de l’idée émancipatrice qui guidait la gauche marxiste et elle préfère se raccrocher à un schéma socialement beaucoup plus stable : on redistribue de l’argent public aux détenteurs de revenus modestes, pour rendre leur condition acceptable et favoriser en eux une résignation face à l’ordre établi.

Par exemple, on augmente le nombre de bourses, mais on coupe les ailes à ceux qui voudraient échapper aux universités dépotoires en ayant le mauvais goût d’avoir d’excellents résultats.

L’origine de ce réflexe est évidente pour tous ceux qui fréquentent les petits ou grands bourgeois de la Hollandie. La gauche qu’incarne François Hollande est essentiellement faite de gens bien nés, ou en tout cas nés suffisamment à l’abri du besoin pour n’avoir qu’une connaissance livresque de la pauvreté, et même de la "modestie". Dans la gauche hollandaise, le pauvre, c’est l’altérité, celui dont on parle, auquel on se réfère, mais qu’on évite soigneusement de fréquenter, d’inviter dans les anniversaires des enfants, et même de croiser à l’école.

A certains égards, le mauvais conte qui défraye la chronique Pour en finir avec Eddie Bellegueule constitue un assez bon résumé de cette gauche hautaine qui nous dirige, qui colonise les salons parisiens, fait et défait l’opinion du microcosme. Haineuse vis-à-vis de la pauvreté, de la misère, elle ne se complaît que dans l’éloge abstrait des minorités en tous genres : ethniques, religieuses, sexuelles. Tout, sauf les minorités sociales bien sûr. C’est si vulgaire d’être pauvre…

La gauche hollandaise, où les technocrates fils à papa sont surreprésentés, ne comprend rien à l’égalité des chances, qu’elle méprise d’ailleurs, et regarde d’un œil narquois, et, ce faisant, achève notre laïcité agonisante. On oublie trop souvent que la laïcité ne se contentait pas de faire de la religion une affaire privée. Elle ajoutait que l’école publique était le lieu de l’ascenseur social.

Qu’on ne s’étonne pas de voir fleurir les voiles et autres signes religieux, quand l’école laïque devient le symbole, chaque jour plus transparent, de la sélection sociale.

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