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Pour certains, cela peut être interprété comme un chantage latent...
Pour certains, cela peut être interprété comme un chantage latent...
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Sortie de l'UE : qui croit encore au discours de David Cameron ?

Le Premier ministre tient aujourd'hui son discours sur l'Europe. Mais qui croit encore en ses déclarations eurosceptiques, ou en un hypothétique référendum sur une sortie du Royaume-Uni de l'UE, qui aurait lieu d'ici à 2017 en cas de victoire du conservateur aux législatives ?

Terence  Boyle

Terence Boyle

Terence Boyle enseigne la politique britannique à l'Institut de relations internationales de l'université de Strasbourg.

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Atlantico : David Cameron doit prononcer un discours sur l'Europe ce mercredi. Le Premier ministre britannique a annoncé à moult reprises la tenue d'un référendum, probablement en 2015, sur la présence du pays dans l'Union européenne. Paradoxalement, il a plusieurs fois affirmé l'importance de la présence du pays dans l'UE. Qui porte encore du crédit au chantage latent du Premier ministre britannique ? 

Terence Boyle : Un responsable politique britannique de premier rang est condamné à jouer sur les deux tableaux. Pour certains, cela peut être interprété comme un chantage latent, mais il se doit de donner des gages à ceux qui réclament un vote populaire sur ce sujet, et de tenir sa parole sur la tenue d'un référendum.

En même temps, vis-à-vis des décideurs européens, il veut faire passer le message que le Royaume Uni est allé trop loin dans la cessation de certains pouvoirs. Et lui, au nom du peuple britannique, souhaite rapatrier certains pouvoirs que les Britanniques estiment très importants. 

Personne n'aime perdre la face donc, malgré une posture d'une résolution absolue, il sera prêt à ménager la chèvre et le chou le moment voulu. Il veut démontrer aux Britanniques que son gouvernement avait négocié les avancées considérables dans le rapatriement des pouvoirs, et en même temps montrer aux décideurs l'engagement de son gouvernement et le peuple britannique envers l'Europe et son avenir. 

La sortie du Royaume Uni de l'UE est un enjeu capital pour la raison d'être de l'UE. Nul pays ne l'a quitté, sauf pour des raisons d’indépendance, mais si la brèche est ouverte, nous ne savons pas où cela pourrait nous amener.  

Qu'est-ce que Cameron est vraiment en mesure d'imposer à ses partenaires européens ? 

Il ne serait pas en mesure d'imposer beaucoup de choses.  Lors d'une situation précédente en 1975, le gouvernement travailliste souhaitait mettre les choses à plat car il estimait que le gouvernement conservateur d'Edward Heath n'avait pas bien défendu les intérêts britanniques.  Finalement, il n'y a eu que des "modifications cosmétiques".  Si l'Union européenne accède à sa demande de rapatriement de certains pouvoirs, cela ouvrira une véritable 'boîte de Pandore' car chacun des membres pourrait vouloir brandir ce cas pour défendre ses intérêts.

Quelle portée faut-il accorder aux discours eurosceptiques britanniques ? Sont-ils conjoncturels ou structurels ?

Ils sont structurels. Pourquoi? L'eurosceptisme est présent au Royaume-Uni depuis son adhésion à l'UE en 1973, et même avant. Mais les travaillistes étaient au pouvoir à l'époque, entre 1974 et 1979.  Mme Thatcher, elle-même assez sceptique, n'avait pas rencontré les même difficultés que John Major (1990-1997) car son gouvernement était assez gangrené avec cette tendance tout au long de son mandat.  Cependant, il utilisait la méthode 'douce' vis-à-vis ses partenaires en Europe, c'est-à-dire beaucoup de discussions.  D'après mes sources, si David Cameron souhaite faire avancer sa cause un petit peu, il serait bien avisé d'adopter la même stratégie.

Les Britanniques sont-ils eurosceptiques, tout en voulant rester dans l'UE?

L'opinion des journaux compte énormément car, il faut bien le dire, l'Europe n'est pas vraiment présente dans la vie et les discussion de tous les jours. Beaucoup de journaux sont eurosceptiques (ou "euroréalistes") et ils ont une façon de dicter les positions à adopter.

Cameron a conscience qu'en cas de référendum, si la question est "pour" ou "contre", la présence du Royaume-Uni dans l'UE, la réponse serait "dehors".  Il va falloir qu'il soit fin, en démontrant qu'il a négocié avec succès au nom des Britanniques pour rapatrier les "pouvoirs", tout en veillant à ne pas pousser le bouchon trop loin vis-à-vis ses partenaires européens.


On explique souvent la politique eurosceptique du Premier ministre par son tiraillement entre l'aile modérée de son parti d'un côté, et la frange la plus radicale des conservateurs, accompagnée du parti populiste United Kingdom Independance party (UKIP), tous les deux franchement hostiles à l'UE de l'autre. En réalité, la réticence vis-à-vis de l'intégration européenne n'est-elle pas une grande tradition britannique, qui se retrouve chez travaillistes et conservateurs ? Cet euroscepticisme s'est-il aggravé depuis l'arrivée de Cameron au pouvoir ?

Tant que l'Europe reste 'invisible' aux yeux des Britanniques (les problèmes connus dans l'eurozone, la souveraineté contestée par le fait que 70% des lois proviennent des institutions européennes, le sentiment qu'il y a un 'them' et 'us' (eux et nous), les décideurs à Bruxelles qui ne sont pas des élus, une presse en général hostile à Bruxelles, etc.) nous n'arriverons pas à inverser la tendance. 

L'âme de Cameron ne penche pas en faveur de l'Europe mais il sait très bien que si le Royaume-Uni en sortait, la voix de son pays ne porterait plus aussi loin, et avec autant d'autorité. De plus, les Etats-Unis s'en détourneraient progressivement,  car c'est  l'Europe dans son ensemble qui compte dans le monde d'aujourd'hui et de demain.

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois
 

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