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Silver economy : le gouvernement a-t-il raison de parier sur les seniors ?
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La vieillesse c'est l'avenir

Silver economy : le gouvernement a-t-il raison de parier sur les seniors ?

Inéluctable et angoissant, le vieillissement démographique peut être vu comme une énorme opportunité de croissance pour l'industrie française, que le gouvernement entend saisir en lançant une filière dédiée, la "silver economy".

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : La dernière enquête de l'Insee sur les revenus et le patrimoine des Français montrent que les plus de 65 ans se sont moins appauvris sur la période 1996-2009 que le reste de la population (10,3% de taux de pauvreté contre 12,8% pour les actifs).  Comment l'expliquer ? (notamment meilleur accès aux minima sociaux, aux aides publiques ?)

Philippe Crevel : L'enquête de l'INSEE souligne que les retraités ont rattrapé les actifs en matière de niveau de vie entre 1970 et 1996. Cette évolution a été rendue possible par l'amélioration des pensions et par l'augmentation du patrimoine des ménages de plus de 60 ans. Les retraités grâce à des carrières plus complètes et en progression obtiennent de meilleures pensions que les générations précédentes. Les actuels retraités ont pu acquérir leur résidence principale durant la période d'inflation des années 70 et 80 ce qui leur a permis d'alléger la remboursement de leurs emprunts. Les actuels retraités ont également profité de la valorisation de l'immobilier et de l'épargne financière depuis vingt ans. Les revenus du patrimoine améliorent leur niveau de vie. Ainsi, aujourd'hui, 70 % des retraités sont propriétaires de leur résidence principale contre 58 % pour l'ensemble des ménages. Le patrimoine moyen des plus de 60 ans est d'environ 300 000 euros contre 260 000 euros pour l'ensemble de la population.

Depuis 1996, une inflexion est certes constatée en matière de revenus pour les retraités. Leur progression s'effectue non pas plus vite que ceux des mêmes actifs mais au même rythme. Cette rupture par rapport aux années précédentes s'explique par la désindexation des pensions par rapport aux salaires en 1993, le calcul des retraites de base sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures années et par la diminution du rendement des complémentaires. Si le montant moyen des pensions des femmes continue à augmenter, en revanche, il stagne pour les hommes. Ce processus risque de s'accentuer avec la décision de désindexer partiellement les pensions complémentaires de l'inflation et avec les augmentations des impôts des retraités. Il n'en demeure pas moins que la situation des retraités s'est améliorée depuis quarante ans, la preuve étant la diminution du nombre de bénéficiaires du minimum vieillesse, 2,2 millions en 1970 et 600 000 en 2010.  


Quelles conclusions en tirer ? La structure économique française va-t-elle devoir s'adapter à cette nouvelle donne ?

Le vieillissement de la population modifiera en profondeur les structures économiques et sociales du pays. Déjà, aujourd'hui, ce sont les régions qui comptent le plus grand nombre de retraités qui résistent le mieux à la crise grâce à la régularité de leurs revenus. Un retraité ne risque pas de tomber au chômage et génère de l'activité par leurs besoins de services. La Corse, la Corrèze ou les zones littorales obtiennent de bons résultats économiques en profitant des pensions de leurs habitants. Le retraité n'est plus par définition un producteur sauf s'il cumule un emploi. En revanche, il est un consommateur de services et de biens finis, souvent importés... Par ailleurs, les retraités investissent peu et placent leur épargne dans des produits sans risque. De ce fait, les entreprises pourraient avoir des difficultés pour se financer.

Si les pensions baissent du fait du problème des finances publiques, les retraités seront contraints de puiser dans leur patrimoine amenant à une baisse des actifs financiers et immobiliers.Evidemment, le vieillissement modifiera les besoins en services. La demande en aides à domicile, en services de santé et de confort augmentera. Le tourisme devra s'adapter à la nouvelle donne en prenant en compte des besoins des retraités. Les activités culturelles devraient être dopées par l'évolution de la composition de la population. Il y a un véritable risque de retour de l'inflation du fait de la forte demande de services. .

Les  plus de 60 ans, selon différentes projections, devraient passer de 15 à 24 millions d'ici 2060 en France. La mise en place d'une"silver economy" souhaitée par le gouvernement est-elle dans cette perspective une bonne chose ? Que peut-on raisonnablement en attendre ?

Il ne faut pas oublier que la question clef est et restera celle du financement des pensions. Les dépenses  de retraite devraient passer de 14 à 17 % d'ici 2030 auxquelles il faudra ajouter les dépenses liées à la dépendance et à la santé. Les revenus des retraités sont issus directement ou indirectement du travail des actifs soit sous forme de cotisations, soit à travers les revenus de l'épargne générés également par l'activité économique. Le nombre de retraités pourrait, en 2050, représenter près du tiers de la population contre le quart aujourd'hui. Les besoins en services à la personne progresseront au moment même où le nombre d'actifs diminuera. Le nombre des aidants familiaux opérant  à titre gracieux pourrait également se réduire du fait de l'éclatement des familles et du vieillissement généralisé. Face à ce défi démographique,  les services à la personne n'échapperont pas à l'obligation de réaliser des gains de productivité. Le recours aux robots, aux exosquelettes....sera indispensable.


Le Japon montre la voie en la matière car ce pays est confronté depuis plusieurs années au vieillissement rapide de sa population. Le Gouvernement ne devrait pas subventionner la silver economy mais favoriser la recherche, les nouvelles technologies afin de faciliter la vie des personnes âgées. Les pouvoirs publics devraient faire émerger de nouveaux secteurs d'activité créateurs de croissance qui permettront de dégager des ressources pour financer les retraites. Il ne faut pas inverser les règles économiques en pensant que la redistribution de revenus  est, en soi, créatrice de richesses mais bien générer une nouvelle offre compétitive.

Propos recueillis par Maxime Ricard

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