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La séparation des groupes de rock ou la preuve que l'amour et l'amitié ne durent pas...
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RIP R.E.M

La séparation des groupes de rock ou la preuve que l'amour et l'amitié ne durent pas...

Les fans de R.E.M pleurent, leurs idoles se séparent, après plus de trente ans d'un rock alternatif couronné de tubes, tels "Losing my religion"... Retour sur la destinée parfois tragique des groupes.

Yves Bigot

Yves Bigot

Yves Bigot est directeur des programmes de la radio RTL.

Ce passionné de musique a notamment été journaliste et animateur sur Europe 1, rédacteur-en-chef de Rapido, et directeur des Victoires de la musique.

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Depuis le 10 avril 1970 où Paul McCartney a annoncé son départ des Beatles, et de facto, leur séparation  l’humanité sait que les groupes de rock sont éphémères, que les amitiés viriles partagées dans les arrière-salles des bouges de Hambourg et de Liverpool comme dans les loges du Royal Albert Hall ou du Shea Stadium, les banquettes arrières de limousine, les sièges de jets privés et les orifices des groupies californiennes ou scandinaves, ne tient qu’un temps.

Les mariages, les enfants, les manoirs du Kent ou du Surrey, les villas de Bel Air, les chalets de Laurel Canyon, les ego des uns et des autres, les dollars, toutes les substances toxiques, légales ou non, qu’ils ingurgitent pour tenir le coup de ce mode de vie surhumain, ont raison des fratries choisies les plus soudées, et, avec le temps, comme on perd ses meilleurs amis d’école et de lycée ou ses copains de régiment,  ses collègues de bureau, les serments les plus fervents cèdent bientôt le pas à l’acrimonie, l’amertume ou l’indifférence.

Le contre exemple "Rolling Stones"

Les contre-exemples sont rares. Ne nous leurrons pas : si les Rolling Stones fêteront l’an prochain leur demi-siècle ensemble, c’est uniquement parce que la carrière solo de Mick Jagger n’a jamais décollé. Il ne demandait dans les années 80 qu’à larguer ses complices, à commencer par « son frère jumeau d’une mère différente », Keith Richards, ringard à son sens, pour aller rejoindre la cohorte des superstars solo, Michael Jackson, Prince, Madonna, etc. Si aujourd’hui, les Beach Boys ont 50 ans de carrière, ils ne tiennent qu’à un fil : Dennis et Carl Wilson sont morts, Brian, leur génie, n’est plus dans le groupe, et les reliquats (Mike Love et Al Jardine, plus Bruce Johnston l’éternel remplaçant) n’osent même pas envisager d’enregistrer sans lui.

C’est qu’il y a quelque chose de fondamentalement volatile dans l’alchimie, la magie extra-terrestre qui réunit des individus, adolescents le plus souvent, pour créer un son unique, instable, que le moindre changement altère définitivement. Lorsque Bob Dylan affirme que depuis le départ de Bill Wyman, « les Stones ne sont plus qu’un groupe de funk », il a spectaculairement raison – ne parlons pas du renvoi de Brian Jones, ni même du départ de Mick Taylor. Chaque fois qu’un groupe perd l’un de ses membres fondateurs, il perd un peu de son âme, dit la sagesse de la critique rock, et cela s’applique aussi à R.E.M., qui vient officiellement de déclarer forfait. La vérité est que depuis le départ de son batteur Bill Berry en 1997, le désormais trio d’Athens, Géorgie, était sur le déclin, et ne parvenait plus, au mieux, qu’à renouer épisodiquement avec les mélodies d’azur, les guitares carillonnantes et le mystère moussu de ses glorieuses années 1982-1992. 


iConcerts - R.E.M. - Losing My Religion (live) par iConcerts

Et si leurs millions de fans de par le monde pleurent aujourd’hui leur séparation, comme avant eux ceux de Cream, de Led Zeppelin, des Who, des Kinks, de Jefferson Airplane, des Sex Pistols, des Clash, de Police ou de Téléphone, c’est bien sûr parce qu’il ne les verront plus sur scène, n’ont plus l’espoir toujours maintenu d’un ultime album miraculeux digne de leur légende, mais aussi et surtout parce qu’avec eux, ils savent qu’ils perdent bien plus encore que leur jeunesse et l’espoir qu’elle porte en elle,  mais cette promesse, que groupe après groupe ils incarnaient sur le modèle inventé par les Beatles : l’idée que l’amour pouvait durer, que les meilleurs amis que le monde avait connu se laisseraient tomber un jour.  

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