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Un garçon joue au jeu rétro "Pacman" lors du salon des jeux vidéo Gamescom à Cologne, le 21 août 2019
Un garçon joue au jeu rétro "Pacman" lors du salon des jeux vidéo Gamescom à Cologne, le 21 août 2019
©INA FASSBENDER / AFP

Pas si abrutis par les écrans ?

Selon une étude canadienne (et contre toute attente), les jeux vidéos amélioreraient les compétences de lecture des enfants

D'après une étude menée par des chercheurs de l'Université de Saskatchewan, au Canada, les jeux vidéo pourraient améliorer les capacités de lecture des jeunes enfants

Alain Sotto

Alain Sotto

Alain Sotto est psychopédagogue. II s'est spécialisé dans les stratégies d'apprentissage pour enfants et adultes. Il a co-écrit, avec Varinia Oberto, "Le beau métier de parent" aux éditions Hugo Doc.

 

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Atlantico : Des chercheurs de l'Université de Saskatchewan affirment dans une étude que l’usage de jeux vidéo chez les jeunes enfants peut améliorer les capacités de lecture. Comment expliquer ce constat ? Par quel procédé les jeux vidéo peuvent-ils aider les plus jeunes à devenir de bons lecteurs ?

Alain Sotto : Pour mettre en perspective les travaux de cette étude, il faut savoir que lire c’est cibler. Lors du processus de lecture, on cible un graphisme, un mot. On le traduit dans notre tête et on obtient le sens. Les chercheurs de cette étude sont restés au niveau de la perception. Des cibles apparaissent sur un écran. L’enfant qui est habitué aux jeux vidéo va avoir des ressources attentionnelles extraordinaires. Il a pris l’habitude d’être attentif dans ses parties, mais pourtant il ne l’est pas en classe, à l’école. Dans sa pratique du jeu, il va très vite être en mesure de décoder. Mais cette vision sera globale. Il n’aura pas le sens.

Dans la lecture, on passe d’abord par un processus de perception, comme dans les jeux vidéo. Mais ensuite, on déchiffre. On découpe en syllabes. En prononçant le mot mentalement, nous avons accès à une image visuelle qui transmet le sens. Ce n’est pas parce que l’on a une habileté à repérer une cible très rapidement dans l’espace et le cadre d’un écran que l’on va développer une capacité pour la lecture. Il faut à la fois percevoir, déchiffrer, décoder, traduire pour enfin obtenir le sens. Si l’enfant ne connaît pas le mot, il n'a pas l’image mentale qui seule donne le sens. 

Il y a donc une nuance entre une habileté perceptive (l’attention) et l’apprentissage de la lecture. Mais j’ai eu le cas d’un jeune qui était analphabète. Il n’arrivait pas à lire. Mais il était très doué dans un domaine. Il était hacker et spécialiste des jeux vidéo. Il allait sur des sites américains pour casser les codes des jeux. Il ne connaissait pas l’anglais, mais il se débrouillait en parcourant les pages en diagonale, en tapant des mots clés, en allant chercher des traductions, à trouver le sens. Il avait une habileté extraordinaire à descendre en diagonale dans un texte, à traduire les mots clés pour avoir le sens. Il était extrêmement motivé. C’est grâce à cela que j’ai pu lui réapprendre à lire en français. Il a eu ensuite une brillante carrière dans la cybersécurité !

Lorsque l’on est en face d’un jeu vidéo, nous sommes dans une phase de perception et d’action. Cela développe aussi mémorisation et imagination. Pour ce qui est de la lecture, cela va servir dans le cadre de la lecture rapide. Nous n’avons pas besoin de tous les mots pour comprendre un texte, hormis en littérature pour les romans et la poésie. Il y a près de 55 % de mots en trop dans la langue française pour accéder au sens des énoncés. En développant une véritable habileté perceptive, il est donc possible de lire plus vite. Et c'est important car plus on lit lentement, moins on se fait d'images dans la tête. Cela a contribué à véhiculer l’idée que l’on perdait du temps à prononcer chaque mot. Si vous lisez un mot sans le prononcer, vous n'obtenez pas le sens. Toutes les méthodes de lecture rapide pour adultes ne fonctionnent pas car elles interdisent de prononcer mentalement les mots. On va vite en lisant en visuel mais on ne comprend pas le texte.Cependant, pour lire vite et comprendre, nous n’avons pas besoin d’oraliser tous les mots. Il est possible d’en sauter certains, comme les adverbes par exemple.         

Tous les jeux vidéo permettent-ils d’améliorer les capacités de lecture des jeunes enfants ? Comment expliquer ces différences entre jeux vidéo ?

Le jeu vidéo va développer l’attention, la mémorisation, la réflexion ou bien encore l’imagination pour accéder à certains niveaux. Le jeu vidéo permet de mobiliser toutes les compétences qui sont nécessaires à l’apprentissage. Les parents ou les enseignants peuvent montrer à l’enfant qu’en jouant aux jeux vidéo, il a besoin de toutes ces compétences et que ce sont les mêmes qui sont requises à l’école. Les qualités développées par l’utilisation des jeux vidéo peuvent être transférées dans l’apprentissage : être attentif, mémoriser, se représenter dans le futur, réfléchir, faire travailler son imagination. Malheureusement, cela n’est pas exploité dans l’enseignement.

Le jeu vidéo a un avantage c’est qu’il sollicite une action de la part du joueur. La pratique du jeu vidéo procure aussi du plaisir. Cela va générer de la dopamine et donc du plaisir. Et c'est ce qui peut rendre les jeux addictifs à forte dose.

Si on utilise, pour certaines matières,  les capacités des jeux vidéo pour avoir du plaisir et des connaissances, la curiosité peut naître dans la quête de l’apprentissage et de la compréhension. Mais le système actuel est plutôt basé sur le mimétisme et la reproduction. Ce qui exclut l’imagination et l’innovation, ce dont on a le plus besoin aujourd’hui.        

Alors que les jeux vidéo ont souvent une mauvaise réputation auprès des parents, devraient-ils laisser jouer leurs enfants de manière régulière ? Où se situe la limite entre développement personnel et effets néfastes ?

Le premier effet néfaste concerne les yeux. L’œil, qui est un muscle, ne bouge pas assez dans son orbite. On n’apprend pas à faire une gymnastique visuelle, à accommoder, à voir de près et à voir de loin. Cela entraîne une rigidité oculaire. Le deuxième problème va  dépendre du temps que l'enfant  consacrera à ses jeux. Il est possible de laisser jouer un enfant vingt à trente minutes par jour. En revanche, si ce plaisir est trop addictif et que l’enfant joue deux heures par jour, il peut y avoir des complications sur le plan de la santé.

Les parents doivent aussi s’intéresser au genre de jeu et en quoi il est impliqué dans le développement intellectuel et affectif de l'enfant. Les enfants sont contents et heureux de partager avec eux ce qu'ils aiment. Apprendre, éduquer, c’est aussi apprendre à partager avec ses enfants.

Alain Sotto a publié « Donner l’envie d’apprendre » avec Varinia Oberto (aux éditions Le Livre de Poche).    Voir également le site : cancres.com

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