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Sauver Pâques : les catholiques se mobilisent pour communier malgré le confinement
©JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Besoin de sens

Sauver Pâques : les catholiques se mobilisent pour communier malgré le confinement

Les catholiques lancent un appel à leurs évêques et aux pouvoirs publics pour assurer la communion le jour de Pâques.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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La pandémie du Coronavirus s'est imposée à la planète en quelques semaines. Rappelons-nous, il y a deux mois à peine, nos dirigeants et ceux d'autres pays occidentaux avaient tendance à minimiser ce qui venait de Chine. Et puis l'épidémie a touché nos voisins, nous-mêmes et nous voici soumis à un confinement radical. Les conditions en ont été posées une fois pour toutes, semble-t-il. Le premier formulaire proposait des exceptions au confinement: motifs professionnels, urgence familiale, raison de santé, activité physique ou animaux de compagnie. Très curieusement, le gouvernement n'a pas prévu de possibilités pour les croyants des différentes confessions de se rendre dans un lieu de culte. 

Mentionnons immédiatement l'explication évidente: n'est-ce pas d'un rassemblement évangélique qu'est parti l'un des foyers épidémiques d'Alsace, région durement touchée? Ne peut-on pas trouver suffisamment d'exemples à travers le monde de communautés religieuses qui n'ont pas pris des mesures de précautions et ont été durement touchées par la pandémie? Et puis, disons le sans tabou, les autorités françaises voient arriver avec une certaine angoisse le Ramadan, à partir du 23 avril prochain, alors que le confinement ne sera pas levé ou seulement partiellement: sera-t-il possible de contenir la ferveur et la pression sociale de nos compatriotes de confession musulmane? C'est pourquoi certains trouveront incongru que des catholiques demandent à leurs évêques et au gouvernement de tracer le cadre d'une dérogation pour le jour de Pâques. Une explication peut être nécessaire. 
 
Tout d'abord, ce qui est demandé dans la pétition qui suit n'excède pas ce qu'il est raisonnable d'exiger dans le cadre tracé par le gouvernement. Bien entendu il y aura des paroisses de campagne dont les communautés chrétiennes sont de suffisamment petite taille pour que des messes puissent être tenues en respectant les règles de la "distance sociale". Mais la demande universellement acceptable est celle d'un accès à la communion, régulé. Les prêtres célébreront la messe; à l'issue, il serait possible pour les fidèles de venir communier au Corps du Christ, de manière ordonnée et adaptée au cadre de chaque église. de chaque paroisse. Les catholiques ont démontré ces dernières années, par exemple quand ils manifestaient, qu'ils étaient respectueux de l'ordre public. 
 
On ajoutera qu'il serait paradoxal que l'on puisse aller faire des courses alimentaires, promener son chien ou faire de l'exercice physique mais non aller répondre aux besoin de sens, aller se nourrir spirituellement en des temps où l'être humain est confronté, de manière imprévue, à la possibilité d'une infection mortelle et à la perte soudaine d'être chers. La pandémie est source de peur, d'angoisse, de panique même. C'est un temps où il est facile de s'emporter, de chercher des boucs émissaires. C'est un temps aussi où une société risque la désorganisation et les troubles si l'Etat n'est pas capable de coordonner l'effort national. Le confinement en famille peut signifier un nouveau printemps pour les relations mais il peut aussi être le moment de tensions ou le germe de séparations. A l'époque où nos gouvernants étaient encore voltairiens, ils auraient vu l'utilité sociale du culte religieux durant le confinement. Aujourd'hui, ils semblent être habités d'un esprit purement matérialiste dans lequel la religion n'a plus aucune place. C'est, déjà à court terme, profondément dommageable. Tout le monde sent que la sortie de crise sera particulièrement difficile; les appels à "rendre des comptes" à l'issue de la pandémie se multiplient à l'adresse des gouvernants.Notre société aurait besoin de forces modératrices, d'incitations à l'introspection. On ne calme pas les angoisses du confinement et de la menace pandémique uniquement par du jogging ou des sessions Netflix. Le Christ le proclame au Tentateur qui essaie de faire dérailler le début de sa vie publique: "L'homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu". 
 
Ajoutons pour finir qu'il est une dimension du catholicisme qui est irréductible. Avant d'être "religion du Livre", le catholicisme est religion de la "Présence Réelle" du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés à la messe. Là où ses frères évangéliques ne voient que commémoration du dernier repas pris par Jésus avant sa crucifixion, les catholiques (et les orthodoxes) voient un événement à chaque fois renouvelé, la présence du Christ lui-même. Les catholiques ne peuvent donc se passer de la messe sans perdre la substance même de leur religion. Depuis le début du confinement, les catholiques ont accepté de laisser leurs prêtres célébrer seuls. Ils se sont, le dimanche, éventuellement mis à suivre la messe en ligne. Ou bien ils ont prié la Liturgie des Heures ou le Rosaire. Mais rien ne remplace la communion au Corps du Christ, la rencontre avec celui qui est réellement présent lorsque le prêtre répète les paroles de Jésus: "Ceci est mon corps"/"Ceci est mon sang". On ne saurait refuser aux catholiques le droit d'accéder à la communion lors de la fête liturgique la plus importante de l'année, celle de la Résurrection du Christ, sans empiéter sur la liberté religieuse et les droits de la conscience. Ceci nous ramène à la question des équilibres nécessaires à la survie de toute société: on ne peut pas empiéter sur les droits de la conscience individuelle. On ne peut pas frustrer la soif de sens et de transcendance, qui est le propre de l'humain. 
 
Pour toutes ces raisons, des catholiques ont commencé à signer et à faire circuler la pétition que l'on trouvera à l'adresse suivante: 

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