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Salicornes et autres plantes d’eau salée sont-elles l’avenir de l’agriculture ?
Salicornes et autres plantes d’eau salée sont-elles l’avenir de l’agriculture ?
©REUTERS/Stephane Mahe

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Salicornes et autres plantes d’eau salée sont-elles l’avenir de l’agriculture ?

A l'heure où la question de la raréfaction de l'eau douce est régulièrement évoquée, les plantes halophiles se distinguent des autres plantes puisqu'elles se développent dans les milieux marins et consomment de l'eau salée. Il ne reste plus qu'à s'accoutumer au goût...

Alain Perrier

Alain Perrier

Professeur émérite AgroParisTech, Alain Perrier est également Membre de l’Académie d’Agriculture de France et délégué permanent à l’Environnement de l’INRA
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Catherine Dupré

Catherine Dupré

Catherine Dupré est Maître de Conférences au Conservatoire National des Arts et Métiers. Elle est titulaire d'un Doctorat en Océanographie Biologique de l'Université Pierre et Marie Curie (Paris VI).

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Dominique Grizeau

Dominique Grizeau

Dominique Grizeau est enseignant-chercheur à l'Université de Nantes site Saint-Nazaire avec intégration au GEPEA (le laboratoire de Génie des procédés – environnement – agro-alimentaire).

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Atlantico: Les plantes halophiles vivent dans des milieux marins, sur les bords des littoraux. Rejettées pour leur haute teneur en sel, elles pourraient pourtant devenir une source d'alimentation dans un contexte où l'eau douce risque de se rarifier. Ces plantes sont-elles comestibles ? Comment expliquer leur répulsion ?

Dominique Grizeau et Catherine Dupré : Certaines plantes halophiles, comme la salicorne, sont consommées. Tout dépend du domaine d'application ; le marché de la salicorne montre que ces plantes ne sont pas si "répulsives" que cela. Dans l'idée du consommateur elles peuvent être associées à un aliment salé, donc d'une qualité nutritionnelle discutable, mais ce n'est pas le cas. Ces plantes n'accumulent pas le sel qui est dans leur milieu environnant.

Alain Perrier : Certaines sont effet comestibles et cuisinées en salades ou en soupes.

La quantité d'eau douce diminue, ces plantes consomment de l'eau salée : peuvent-elles être la solution à la pénurie d'eau douce ?

Dominique Grizeau et Catherine Dupré : C'est en effet un concept développé depuis plusieurs dizaines d'années, appelé "The Biosaline Concept " ; ainsi les zones désertiques ont souvent des eaux salines abondantes (eaux souterraines, voire étendues d'eaux salées comme les sabkhas en Tunisie) qui ne demandent qu'à être exploitées.

Alain Perrier : Ces plantes n'absorbent pas le plus d'eau salée possible, d'ailleurs elles ont également besoin d'eau douce. La culture de ces plantes ne sera certainement pas le moyen le plus utilisé pour lutter contre la pénurie d'eau douce. S'il l'est, ce sera à petite échelle. Il existe d'autres moyens alternatifs comme la désalinisation, qui sera probablement plus utilisée.

Peuvent-elles être la solution au problème alimentaire qui se posera en situation de surpopulation ?

Dominique Grizeau et Catherine Dupré : Ces plantes peuvent apporter des ressources. L'espèce Dunaliella salina est une microalgue halophyte, qui est produite industriellement dans divers pays ayant des ressources importantes en eaux hypersalées (Australie, Israël...) pour produire du B-carotène (= provitamine A utilisée dans des cachets). 

Leur exploitation nécessite t-elle un matériel particulier ? A quelle échéance pourra t-on les cultiver ?

Dominique Grizeau et Catherine Dupré : L'exploitation des plantes halophytes correspond à des contraintes déjà bien identifiées, et pour lesquelles nous avons actuellement des solutions potentielles. Exemple : les connaissances à améliorer pour optimiser les pratiques agricoles et donc les productivités (amendement, sélection, graines/semences...) qui ne sont pas disponibles actuellement. Une vision globale de la problématique des plantes halophytes nous permet d'être optimiste, grâce notamment aux efforts développés par le secteur cosmétique.

Alain Perrier : Leur culture est assez simple. Si on a le milieu adéquat il n'y pas de problème majeur qui se pose. N'importe quelle faucheuse par exemple pourra ramasser les tiges et les feuilles.

Comment expliquer la répulsion associée à ces plantes ? Pourquoi sont-elles si peu, voire pas du tout utilisées dans le domaine agricole ?

Dominique Grizeau et Catherine Dupré : Durant ces toutes dernières années les plantes halophytes ont connu un regain d’intérêt en cosmétique et un peu dans la production de comprimés. De fait, en France certains groupes industriels, comme CODIF International à Saint Malo, ont recruté des ingénieurs agronomes pour mettre en place d'une part des productions de certaines plantes halophytes sur des terres proches du littoral (en Bretagne par exemple) et d'autre part des productions en sous serre. Ces industriels sélectionnent et produisent des plants/graines adaptés à leurs besoins.

Alain Perrier : Dès le développement de l'agriculture, les hommes ont commencé à chercher les plantes qui avaient le plus d'appétence et de nutriments. Ces plantes ne donnent pas de goût intéressant, elles contiennent énormément d'eau, ce sont des plantes aqueuses. De plus, le sel qu'elles contiennent peut provoquer des problèmes artériels et cardiaques. On peut malgré tout imaginer un développement : un jour ou l'autre on les utilisera, mais cela restera minime, les hommes ne se contenteront pas de cette nourriture. Je pense que c'est la même chose pour les insectes, ils ne seront pas la base de l'alimentation, mais ils peuvent en être une petite partie. 

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