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La patronne de Yahoo Marissa Mayer a vu son salaire augmenter de 69% cette année.
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©EPA/LAURENT GILLIERON

La fin du patriarcat ?

Robotisation et intelligence artificelle : pourquoi les femmes devraient être les grandes gagnantes de la révolution technologique qui vient

La mutation technologique va transformer le monde du travail, on le sait tous. Ce dont on se rend moins compte, c'est qu'elle va toucher différemment les femmes et les hommes. Comment les femmes pourront-elles tirer leur épingle du jeu ? Explications…

Jonathan Baudoin

Jonathan Baudoin

Jonathan Baudoin est journaliste.

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Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Comment les femmes peuvent-elle aborder la mutation technologique ? C'est une question pertinente, car la transformation du monde du travail qu'annoncent la robotisation et l'intelligence artificielle ne touchera pas pareillement les hommes et les femmes.

En effet, le World Economic Forum, organisation qui gère le Forum de Davos mais publie également de nombreuses études rigoureuses, signale dans son dernier rapport sur l'avenir de l'emploi que l'impact de la mutation technologique sera différent selon les sexes. Le Forum de cette année, qui s'ouvre en ce moment, a justement pour thème la mutation technologique.

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Les femmes exposées

Dans un angle seulement statistique, sur les 5,1 millions d'emplois nets détruits selon la fondation suisse, les hommes sont majoritairement concernés – 2,65 millions, soit 52%, contre 2,45 millions pour les femmes, soit 48% du total. Cependant, les femmes tirent-elles un avantage de ce changement technologique ? Pas vraiment car pour WEF, le secteur qui connaît le plus de destruction d'emplois est celui du personnel administratif, dans lequel la proportion de femmes employées y est majoritaire (54%). Et ce, d'autant plus que c'est le secteur où les femmes ont le plus de facilités à pouvoir être recrutées, selon les données du rapport.

A contrario, dans des secteurs "gagnants" de la mutation, tels l'ingénérie, l'architecture ou l'informatique, les femmes sont traditionnellement sous-représentées. Selon le rapport, le nombre de femmes employées dans ces secteurs pourrait également baisser d'ici 2020.

Des secteurs féminins en croissance

Ceci dit, tout n'est pas noir. En effet, certains secteurs où les femmes sont sur-représentées sont en croissance.

A commencer par le secteur de la santé. Le vieillissement de la population qui se constate non seulement dans les pays riches, mais dans tout le globe (sauf l'Afrique sub-Saharienne) occasionne naturellement une plus grande demande de services de santé. L'année dernière aux Etats-Unis l'emploi dans la santé a connu sa plus forte croissance depuis 1991, et la France a un avantage comparatif sur la santé grâce à son système de santé, souvent classé numéro 1 au monde par l'Organisation mondiale de la santé.

Plus généralement, alors que l'économie s'éloigne de l'industrie et se concentre plus sur les services, les secteurs plus féminisés ou féminisables comme la distribution, le commerce, la vente, le marketing, ont le vent en poupe.

Des emplois transformés…vers des compétences plus féminines

La question de la mutation technologique n'est pas seulement celle de savoir quels emplois seront détruits ou créés, mais aussi de savoir comment la mutation technologique va transformer les emplois existants. C'est ce qu'étudie un rapport publié par le cabinet de conseil McKinsey.

Ce rapport, déjà décortiqué par Atlantico, est important et éclairant parce qu'il ne regarde pas les emplois qui seront détruits, mais les tâches qui seront automatisées. La conclusion du rapport est que moins de 5% des emplois existants seront complètement automatisés, mais que par contre 45% des tâches que nous effectuons le seront. Et donc si nous garderons peut être nos emplois, ceci seront transformés.

Le rapport met l'accent sur deux aspects principaux du travail qui permettront de tirer son épingle du jeu : la créativité et l'empathie.

Par exemple, dans l'emploi de conseiller financier, l'aspect quantitatif sera beaucoup plus automatisé. Mais les conseillers financiers auront de nouvelles tâches, comme mieux comprendre leurs clients, mieux les accompagner et répondre à leurs besoins.

Or, de nombreuses études ont montré que les femmes ont une capacité plus importante à l'empathie que les hommes, comme le rappelle une méta-étude du National Institute of Health américain ; une étude de l'INSERM donne le même résultat.

Pour ce qui est de la créativité, les résultats sont plus mélangés. Il faut prendre en compte l'impact du sexisme : selon plusieurs études, même les femmes pensent que les hommes sont plus créatifs qu'elles. Un aspect de la créativité au travail est que l'environnement fait souvent que les femmes ont plus de mal à s'exprimer, et à "lancer" des idées qui peuvent être risquées, ce qui est une partie essentielle du processus créatif.

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Pourtant les études neurologiques montrent un fort potentiel. En effet, contrairement aux clichés sur le "cerveau gauche" et le "cerveau droit" et les traits (souvent genrés) qui y sont associés, les dernières études neurologiques montrent plutôt que la différence sexuelle est que les hommes ont plus de connexions neuronales à l'intérieur d'une moitié du cerveau, alors que les femmes ont plus de connexions neuronales entre les moitiés du cerveau. Nous ne savons pas encore très bien ce que cela veut dire, à part cela : les femmes et les hommes évaluent différemment les problèmes et les situations, et leur manière de voir les choses et de résoudre les problèmes est différente.

Cela pourrait indiquer que, si les aspects sexistes du monde du travail qui dissuadent les femmes de prendre des risques sont réduits, ce qui semble plus probable avec l'arrivée progressive de femmes au top management, il pourrait y avoir une complémentarité homme-femme importante et productive dans la résolution des problèmes, et donc la créativité.

La fin des hommes…?

"La Fin des hommes", c'est la thèse de la journaliste Hanna Rosin, publiée dans un article fracassant du magazine intellectuel américain The Atlantic, depuis devenu un livre disponible en français. Justement, la transition d'une économie industrielle vers une économie de services favorise les emplois et les compétences féminines. Comme l'a signalé l'économiste Alexandre Delaigue, le fétichisme industriel de nombreuses de nos élites, à une époque où les consommateurs demandent principalement des services, a un côté machiste.

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Plus généralement, on constate que les filles sont tout simplement…meilleures à l'école. Elles ont de meilleures notes, et représentent dans de nombreuses filières, et de manière croissante, la majorité des diplômés. Selon Rosin, au fur et à mesure que l'égalitarisme progresse, dans le travail et dans la répartition des tâches à la maison, ce meilleur succès dans les études mènera à un meilleur succès des femmes dans toutes les sphères de la vie, et à la fin du patriarcat.

Si certains secteurs féminisés seront plus touchés par la mutation technologique, dans l'ensemble, l'avenir des femmes et du travail est peut être…rose. 

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