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Rigueur ou relance ? L’Amérique aussi se pose la question
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Trans Amérique Express

Rigueur ou relance ? L’Amérique aussi se pose la question

Le débat européen entre austérité et croissance touche aussi les États-Unis. Mitt Romney et Barack Obama ont des recettes radicalement différentes pour redresser l’économie américaine qui affiche un déficit budgétaire équivalent à 8% du PIB en 2012.

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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Qui a dit : « Nous allons bientôt être dans la même situation que la Grèce» ? Nicolas Sarkozy en parlant des choix de François Hollande ? Manqué ! C’est Mitt Romney, à propos du budget prévisionnel de Barack Obama pour 2013.

Le débat sur la rigueur budgétaire est devenu l’axe central de la campagne américaine. Un débat alimenté presque quotidiennement par l’écho de la crise en Europe : enjeu de l’élection présidentielle en France, crise de la dette et du chômage en Grèce et en Espagne, différend budgétaire aux Pays Bas, et tout dernièrement retour de la récession au Royaume Uni, où le gouvernement Cameron a taillé dans les dépenses…

Les États-Unis sont concernés au premier chef. Le déficit budgétaire pour 2012 sera supérieur à mille milliards de dollars. 1,3 « trillions » de dollars précisément. Soit plus de 8% du PIB. Le seuil symbolique des mille milliards de déficit sera dépassé pour la quatrième année consécutive. L’année 2009 avait été la pire avec un trou de mille sept cents milliards de dollars. Plus de 10% du PIB.

Ce déficit abyssal a quatre explications. La première tient à la « Grande Récession », nom que les Américains ont donné à la crise financière et économique qui sévit depuis 2008. Elle a plombé les revenus de l’État tout en augmentant ses dépenses. La seconde tient aux deux guerres menées de front, en Irak et en Afghanistan, qui ont coûté plus de mille milliards. La troisième, aux fameuses réductions d’impôts ordonnées par le président George W. Bush en 2001 et 2003 qui ont privé le gouvernement fédéral d’une partie de ses revenus. Votées pour dix ans, elles doivent expirer à la fin de l’année. Dernière raison, et non des moindres, la hausse continue des dépenses publiques. En dépit des injonctions des uns et des promesses des autres. Au cours de la décennie écoulée elles ont progressé de 7% par an en moyenne, trois fois le rythme de l’inflation.

Sur ce point l’Amérique ressemble beaucoup à certains pays européens. Si la France enchaîne les déficits budgétaires depuis trente-cinq ans, les États-Unis ne font guère mieux. Au cours du dernier demi-siècle, ils ont connu quarante-cinq exercices déficitaires et seulement cinq positifs. L’année 1969, puis de 1998 à 2001. Au plus fort de la croissance de la « nouvelle économie », juste avant l’éclatement de la bulle Internet et les attentats du 11 septembre 2001. 

Conséquences de ces déficits sans fin, la dette publique ne cesse de s’alourdir. Elle a dépassé la barre des dix mille milliards en 2011, soit 68% du PIB, et va continuer de grimper. Jusqu’à quinze mille milliards en 2017 et près de dix-neuf mille milliards en 2022. Encore s’agit-il là du scénario optimiste. Les plus pessimistes la situent à 100% du PIB avant 2020…

Devant ces perspectives, les deux candidats à l’élection présidentielle de novembre proposent deux approches radicalement différentes.

Barack Obama dans son budget prévisionnel pour l’année fiscale 2013 (qui commence le 1er octobre 2012) envisage un déficit de neuf cents milliards de dollars. Soit 6% du PIB. Afin de soutenir l’activité économique il a inclus dans son budget plus de mille cinq cents milliards de dollars de dépenses supplémentaires en formation, investissements d’infrastructures et pour soutenir l’innovation. Ces dépenses étant compensées par des hausses d’impôts sur les dividendes, ainsi que sur les très hauts revenus et par la suppression de niches fiscales notamment pour les compagnies pétrolières.

A moyen terme le budget Obama envisage de revenir à un déficit de 2,7% du PIB en 2018. Sachant que pour l’heure, la « règle d’or » (le zéro déficit), tant débattue en Europe, n’est pas de mise. Les économistes lui préfèrent le seuil de 3% du PIB, limite supportable, estiment-ils, pour préserver la croissance. 

Les Républicains ont présenté leur propre budget. Il prévoit de revenir à un déficit inférieur à 1% du PIB dès 2017, en coupant de manière draconienne (moins 20%) dans les dépenses y compris celles associées au programme Medicare, l’assurance santé des séniors, mais en évitant toute hausse d’impôts, et sans diminuer le budget de la Défense. L’objectif étant certes de réduire le déficit mais aussi de marquer les esprits. Les déficits budgétaires existent parce que le gouvernement ne parvient pas à contrôler ses dépenses, c’est donc d’abord dans ces dépenses qu’il faut couper pour éliminer les déficits, disent en substance, les Républicains.

C’est Paul Ryan, Représentant du Wisconsin, et président de la commission du Budget de la Chambre des Représentants, une des étoiles montantes du parti républicain, qui a préparé ce budget. « Il faut à tout prix éviter une crise de la dette, dit-il, car une telle crise imposerait l’austérité, telle qu’on peut le voir en Europe, c’est précisément cela que nous voulons éviter. » Il a reçu l’appui de Mitt Romney. Barack Obama au contraire a qualifié son projet de « darwinisme social à peine déguisé », bref un retour à la « loi de la jungle ».

Comme en 2011 ce budget a été approuvé par la Chambre, où les Républicains sont majoritaires. Il sera rejeté par le Sénat, où ce sont au contraire les démocrates qui ont la majorité. Les deux camps se retrouvent donc dos à dos. Avec chacun leur projet et chacun leur champion.

Les échéances budgétaires coïncident cette année avec les échéances électorales. En fait, ce sont les électeurs qui devront choisir. Au-delà du budget 2013, l’élection de novembre se présente déjà comme un choix pour les dix années à venir.

Le président Obama a, en quelque sorte, « piégé » les Républicains. En plaçant le déficit budgétaire au centre de l’élection présidentielle, il fait de ce scrutin, non plus un référendum sur son premier mandat, mais un choix entre ses priorités, qui ménagent les plus démunis pour préserver la croissance, et la volonté des Républicains de tailler dans les dépenses gouvernementales. Sachant que ces coupes ne sont pas non plus sans risques. Lors d’un meeting dans le Michigan Mitt Romney avait reconnu dans un moment de candeur, « couper dans les dépenses publiques pour réduire les déficits, et ne rien faire d’autre, c’est inévitablement ralentir la croissance économique. »

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