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Retour de la canicule : la baisse de la natalité, cette autre conséquence de la hausse du mercure
©PASCAL PAVANI / AFP

agressivité et problèmes relationnels

Retour de la canicule : la baisse de la natalité, cette autre conséquence de la hausse du mercure

Une baisse de libido, davantage de disputes mais aussi un effet négatif sur la spermatogénèse et la viabilité des spermatozoïdes peuvent être l'un des résultats de la canicule sur le corps et le mental.

Arnaud Régnier-Loilier

Arnaud Régnier-Loilier

Arnaud Régnier-Loilier est chercheur à l'Ined.

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Pascal Anger

Pascal Anger

Pascal Anger est psychologue, psychanalyste, psychothérapeute, sexothérapeute, systémicien et médiateur familial.

Il est également chargé de cours à Paris VII. 

Il est l'auteur de Le couple et l'autre, livre publié aux éditions l'Harmattan.

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Atlantico : Des effets de la canicule sur les familles, le premier qui vient en tête est l'augmentation de la mortalité. Mais la canicule pourrait aussi avoir un effet sur nos émotions, notre agressivité et donc affecter nos liens familiaux ou amoureux. Dans certains cas, les fortes chaleurs peuvent-elles générer une augmentation des divorces ? Dans quels cas ?

Pascal Anger : On aime tous le soleil, on apprécie la chaleur, la lumière et cela peut provoquer des sensations et des envies d’aller vers l’extérieur. Mais lors de période de canicule, notre corps a dû mal à récupérer, une fatigue constante s’installe alors, on sera plus irrité et plus irritable notamment sur la vie en couple, surtout sur des personnes plus pulsionnelles ou qui vont être dans des passages à l’acte. Parfois pour récupérer, on a besoin d’aller dormir ailleurs pour se rafraichir. Le simple fait d’être collé l’un à l’autre dans un lit va provoquer une irritation. 
 
En revanche, la chaleur seule n’est pas un facteur suffisant pour qu’il y ait de la violence. Il peut y avoir de l’agressivité. La violence peut être provoqué si d’autres facteurs rentrent en compte : le fait d’être en promiscuité, une consommation d’alcool qui peut changer le comportement lors de chaleur et ainsi que d’autres raisons extérieures… 
 
Par exemple, on sait quand même que dans les pays méditerranéens, la culture est plus pulsionnelle. On peut être plus à cran car la chaleur aide à cela. On peut être dans sa voiture, il fait chaud, un autre automobiliste nous embête car ça n’avance pas assez vite. On peut sortir de la voiture et aller castagner. Alors que si on était dans un climat dit « normal », on pourrait prendre notre mal en patience. 
 
Cette idée de l’augmentation des divorces est à relier à plusieurs facteurs. Je ne crois pas que la simple canicule entre en jeu dans ces décisions. Est-ce que plus de personnes qui viennent en médiation familiale actuellement ? On est en juillet et août, les couples ne sont pas là en même temps puisque certains partent en vacances et d’autres restent à Paris ou en ville. Je n’ai pas l’impression que mes patients viennent me consulter en raison des chaleurs. 

Mais la canicule peut-elle aussi jouer un rôle dans la fréquence des relations sexuelles en France ? Et par conséquent créer une baisse de la natalité ?

Arnaud Régnier-Loilier : Les épisodes caniculaires affectent en effet différents événements démographiques. On observe d’abord, vous l’avez évoqué, une augmentation soudaine et importante de la mortalité, comme ce fut le cas en août 2003 où une surmortalité d’environ 15 000 décès avait été observée. Les fortes chaleurs ont également un effet dépressionnaire sur les naissances (donc observable environ neuf mois après la vague de chaleur). Si l’on se réfère aux trois canicules de juillet 1976, de juillet 1983 et d’août 2003, dont l’intensité a été exceptionnelle en termes de températures et de surplus de décès, toutes ont été suivies d’un déficit en naissances 9 à 10 mois plus tard, qui a conduit à un « manque » de naissances pouvant atteindre 5 % à 6 % un jour donné, par rapport à un jour « normal ». Et la dépression observée s’étale sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Plusieurs hypothèses explicatives peuvent être avancées. En premier lieu, l’effet négatif de la chaleur sur la spermatogénèse et la viabilité des spermatozoïdes est bien connu. Davantage de rapports sexuels resteraient donc inféconds en ces périodes de fortes chaleurs. Une autre hypothèse, non concurrente mais complémentaire, peut être une moindre fréquence des rapports sexuels lorsqu’il fait très chaud, mais nous n’avons pas de données sur ce point. L’épisode de canicule annoncé pour la semaine prochaine pourrait donc avoir un effet sur la fécondité, à condition qu’il soit important en intensité mais aussi qu’il s’étale sur plusieurs jours consécutifs. Il faudra cependant attendre mai 2020 pour en apprécier les conséquences et l’ampleur.
 
Pascal Anger : Le fait de transpirer, de ne pas pouvoir récupérer, une chaleur monte en soi. Cela va faire que la sexualité, qui a un moment pouvait être bien lors de chaleur acceptée et acceptable, fait qu’au niveau cardiaque ce n’est pas très bon. De plus, la canicule peut faire baisser la libido puisqu’on est moins excité car le corps n’a pas pu récupérer.
 
On est pas tous égaux par rapport à cela : soit on va être complètement amorphe et nous mettre à plat, soit cela va avoir un facteur d’excitation car les corps sont plus dénudés, les fantasmes plus grands. Il va y avoir une excitation chez certains hommes mais aussi chez certaines femmes. Le désir peut être décuplé. Mais encore une fois, on est pas tous égaux. 
 
Il se peut qu’il y ait une baisse de la natalité car les Français ne vont pas être en harmonie avec leur corps et leur partenaire et auront donc une baisse de libido. 

Selon une étude réalisée par des scientifiques des universités de Stanford et Berkeley en 2013, il y a un lien entre chaleur et augmentation des violences. La canicule peut-elle augmenter le nombre de divorces en France ?

Arnaud Régnier-Loilier : Il est tout à fait possible que la chaleur affecte les humeurs, comme c’est le cas plus généralement des saisons. Toutefois, je ne crois pas du tout à l’effet d’un épisode caniculaire sur les divorces et, plus généralement, sur les séparations. Une vague de chaleur est généralement de courte durée et je peine à imaginer que les sautes d’humeurs éventuellement occasionnées conduisent à une remise en cause du couple. La séparation est généralement le résultat d’un processus qui peut être long, et rarement liée à une engueulade occasionnelle.

Plus globalement, est-ce que les grandes chaleurs peuvent avoir un impact sur les familles ? La hausse de la fréquence de ces pics peut-il engendrer des modifications sociologiques sur cette question ? 

Pascal Anger : Les impacts sur les familles vont être plus importants lorsqu’il y a un enfant en bas âge. Les bébés dorment moins bien aussi. Les parents vont avoir peur de la déshydratation comme avec les personnes âgées. Mais il peut y avoir un effet sur les personnes cardiaques ou les sportifs (où il ne faut plus faire de sport ou très peu). La canicule peut créer de fortes frustrations. 
 
Que ce soit au niveau alimentaire, de l’organisme, du rapport aux autres, les grandes chaleurs vont faire bouger des choses. Tout ne va pas être dans le bon sens. On est obligé de revoir nos journées et nos nuits. On est toujours dans une société qui pour l’instant n’a pas pris en compte ou pas suffisamment. Dans certains pays chauds, on sait qu’on fait la sieste de 16h à 18h par exemple. En France, on est resté sur les mêmes rythmes quoi qu’il arrive. C’est à ce sujet qu’il faudrait faire bouger les choses en installant des sas de récupération peut-être 
 
Arnaud Régnier-Loilier : Il semble en effet que les épisodes caniculaires soient plus fréquents qu’autrefois et plus rapprochés les uns des autres. Généralement, un seul épisode est enregistré au cours d’une année et l’on s’attend la semaine prochaine à vivre le deuxième épisode de l’année, après celui de juin. Cela peut certes démultiplier le risque de surmortalité mais ces dépressions touchent le plus souvent une population à risque (personnes âgées notamment), plus fragile, et la mortalité est par définition un événement non renouvelable. Ainsi, les dépressions sont généralement suivies d’effet de rattrapage (les plus faibles étant morts lors d’une canicule, la mortalité diminue ensuite). Il en va de même pour les naissances. Généralement, les creux de conceptions enregistrées lors des épisodes de canicule décrits ci-dessus ont été suivis d’un effet de rattrapage. Les personnes qui souhaitent un enfant retentent leur chance de concevoir une fois la vague de chaleur passée.

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