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Ressusciter les cellules d’un cœur mort : l’avancée médicale qui pourrait bientôt sauver des dizaines de milliers de victimes d’infarctus
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Autoréparation

Ressusciter les cellules d’un cœur mort : l’avancée médicale qui pourrait bientôt sauver des dizaines de milliers de victimes d’infarctus

Des universitaires de Cambridge viennent de développer une technique très prometteuse permettant d'appliquer des patchs de cellules cardiaques sur les zones d'un coeur qui seraient abîmées par un AVC.

Christophe de Jaeger

Christophe de Jaeger

Le docteur Christophe de Jaeger est chargé d’enseignement à la faculté de médecine de Paris, directeur de l’Institut de médecine et physiologie de la longévité (Paris), directeur de la Chaire de la longévité (John Naisbitt University – Belgrade), et président de la Société Française de Médecine et Physiologie de la Longévité.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment de "Bien vieillir sans médicaments" aux éditions du Cherche Midi, "Nous ne sommes plus faits pour vieillir"  chez Grasset, et "Longue vie", aux éditions Telemaque

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Atlantico : Des biologistes de Cambridge ont réussi à développer des "patchs cardiaques" pour lutter contre l'insuffisance cardiaque. En quoi consistent-ils ? En quoi ces patchs peuvent-ils améliorer le traitement des patients ?

Christophe de Jaeger : Les maladies cardiovasculaires sont les premières causes de mortalité dans nos pays occidentaux et en France en particulier. Lorsqu’une artère coronarienne se bouche, elle entraine un infractus qui provoque à son tour la mort des cellules myocardiques. Ce tissu va être remplacé par des cellules nécrosées qui ne se contractent pas. Du coup, une partie plus ou moins importante de la paroi du cœur va être sclérosée et le cœur va perdre ses capacités de contractivité, et il y a dès lors un risque majeur de déboucher vers une insuffisance cardiaque. Il y avait une approche qui existe depuis une quinzaine d’années qui consiste à dire qu'on va remplacer cette fibrose par des cellules souches, cellules qui vont pouvoir se fixer à cet endroit là et qui vont se transformer en cellules cardiaques. Et donc qui vont donc permettre de récupérer cette contractivité. 

La première étape a été d'injecter dans le sang des cellules souches en espérant qu’elles se fixent au bon endroit. Cela ne marche pas vraiment. La deuxième possibilité était d'injecter des cellules souches là où on a vraiment besoin, par exemple au niveau de la paroi cardiaque qui souffre. Mais là encore, cela ne marche pas vraiment, des cellules refusent de s’accrocher en encore trop grand nombre.

Là où le travail des universitaires de Cambridge est original, c’est qu’en fait, il crée des patchs avec ces cellules et l’applique directement à l’endroit nécessaire. Dans ce cas, les cellules ne peuvent plus s’échapper, mais restent concentrées et peuvent se transformer en cellule myocardique et en paroi myocardiques viables. C’est cela qui est radicalement nouveau.

Quelles sont les obstacles qui empêchent encore l'utilisation de cette technique ?

Tout d’abord, ce n’est pas une manipulation aussi simple que ça. Cette une vraie chirurgie lourde qui demande d’ouvrir le thorax pour appliquer le patch directement sur la paroi lésée. 

Deuxièmement, aujourd’hui, on n'est pas certain du résultat. Vous pouvez très bien mettre un patch avec des cellules souches sans que celles-ci se transforment vraiment. 

Il est aussi possible qu’il n’y ait pas d’intégration de ces cellules au niveau du myocarde lésé. C’est un peu comme une greffe qui ne prendrait pas. 

Ensuite, il y a des problèmes de contractivité. Le cœur se contracte de manière harmonieuse, ce qui permet cette action de pompe. Mais si évidemment il y a des problèmes avec la contractivité des cellules neuves, c’est un problème. Plus précisément, le cœur est un système électrique qui permet à l’ensemble des cavités cardiaques de se contracter de façon synchrones et harmonieuses. Dans l’ordre les oreillettes puis les ventricules selon un rythme bien établi. Si tout d’un coup, les cellules se contractent de façon anarchiques, la pompe ne marche plus ou très mal. Des cellules nouvelles peuvent être source de foyer électrique anormal. D’où des arythmies (trouble du rythme).

Quelles sont les avantages des telles techniques par rapport aux techiques existantes ?

La première chose, c'est que les techniques existantes n'existent pas vraiment dans des cas d'insuffisances cardiaques. Si vous avez un cœur qui ne se contracte plus ou mal, il n’y a souvent que la transplantation cardiaque, c’est un traitement lourd qui demande d’éviter le rejet de corps étranger. 

Là  on part de cellules de la propre personne, c’est à dire que vous récupérez dans son sang les cellules souches. Il n'y a donc pas de risque de rejet, de risques immunitaires, et donc de traitement anti-rejet. C’est fondamental.

Cela permet d'éviter tous les risques liés à une transplantation quelle qu’elle soit, et en particulier toutes les drogues immunosuppressives. Ce sont des traitements lourds, à vie et pleins d’effets indésirables.

Au contraire, le traitement par patch peut s’adapter en fonction de la taille de l’infarctus, de sa localisation,  ce qui permet un traitement assez personnalisé. 

Il faut, pour que cela soit efficace, que cela s'intègre dans le fonctionnement normal du cœur. Sinon, cela devient inefficace voire contre-productif.

 Ces perspectives de réparation signifient-elles que tout le corps peut être « patché » théoriquement ?

C'est très intéressant, parce que toutes ces travaux s'intègrent dans les travaux d'allongement de l'expérience de vie humaine. Sans évoquer toutes les perspectives de transhumanisme et autres chose de ce genre, cela nous amène à la notion de réparation d’un certain nombre d’organes. On n'est plus condamné à partir du moment où on a un infarctus, sauf transplantation.

On peut utiliser nos propres cellules pour réparer un organe et lui rendre ses capacités. C'est tout l'intérêt de notre réflexion en tant que médecin physiologistes : cela va nous permettre d’augmenter considérablement l’espérance de vie des individus quand toutes ces techniques seront maitrisées. Parce qu’on aura la capacité de réparer de façon biologique un organe sans y ajouter de la mécanisation ou de la technologie extérieur. On va pouvoir maitriser la propre réparation du corps. Et c’est pour le coup quelque chose d’absolument fabuleux.

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