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Ressources naturelles épuisables : l’argument fallacieux des décroissants ?
©DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Epuisement argumentaire

Ressources naturelles épuisables : l’argument fallacieux des décroissants ?

L'argumentaire malthusien est mis à mal par les possibilités a priori illimitées d'innovation, favorisées par le mécanisme de l'offre et de la demande.

Ferghane Azihari

Ferghane Azihari

Ferghane Azihari est journaliste et analyste indépendant spécialisé dans les politiques publiques. Il est membre du réseau European students for Liberty et Young Voices, et collabore régulièrement avec divers médias et think tanks libéraux français et américains.

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Atlantico : Pourquoi l'argument décroissant selon lequel les ressources naturelles sont épuisables vous semble fallacieux ?

Ferghane Azihari : Cet argument procède des mêmes erreurs malthusiennes qui sont proférées depuis plus de deux siècles. Malthus, à la fin du 18ème siècle, publie son célèbre ouvrage sur la démographie -"Essai sur le principe de population"- dans lequel il exprime une crainte, c'est-à-dire que les subsistances croissent plus lentement que la démographie. Là ou l'histoire lui a donné tort, c'est que les gains de productivité ont permis précisemment à l'humanité de produire des richesses toujours plus abondantes, plus abondantes que la croissance de la population. Et depuis deux siècles on a les mêmes dynamiques qui sont observées partout où les économies de marché se développent donc la productivité a toujours fait mentir les prédictions malthusiennes.

D'autant plus que ce que les malthusiens ne comprennent pas, c'est que le rôle du capitalisme par son système de prix -grâce au mécanisme de l'offre et de la demande- est justement l'instrument qui permet de réguler à la fois la production et la consommation et c'est donc par ce sytème que l'humanité arrive à gérer convenablement et à optimiser l'usage des ressources depuis deux siècles.  Et ça, les malthusiens ne le comprennent jamais malheureusement.

L'idée selon laquelle l'innovation technologique serait illimitée, est-elle autre chose qu'un pari ? Quels arguments vous permettent d'affirmer absolument la reconduite d'innovations technologiques permettant d'utiliser d'autres ressources ? 

Il est difficile de prédire l'innovation puisqu'effectivement, par définition, le futur est incertain et donc l'innovation ne peut pas être prédite en amont. Ceci dit, encore une fois, la pénurie de ressources se traduit pas une augmentation des prix qui incite précisemment l'humanité à innover. C'est comme ça que l'on a déjoué la rareté des ressources, notamment celle des métaux précieux. Prenons le développement de l'industrie des télécommunications par exemple : il y avait quelques décennies on craignait que le cuivre disparaisse en raison du développement des industries des télécommunication, or là encore, la raréfaction de ce matériaux a incité les êtres-humains à trouver des substituts comme la fibre optique ou le sable. Ainsi, ici encore l'humanité a déjoué une situation de pénurie.

Donc aussi longtemps que ces mécanismes de marché demeurent et fonctionnent sans entrave il n'y aucune raison de penser que l'humanité puisse se diriger vers une pénurie de ressources. En effet, là où l'on observe des pénuries c'est précisemment dans les régimes où l'on a supprimé ces mécanismes comme au Vénézuéla par exemple où effectivement la population manque de tout parce que l'on a supprimé le capitalisme et donc tous les signaux qui permettent de coordonner efficacement la production et la consommation de ressources;

L'argument de la rareté plus généralement est un peu stupide puisque le point de départ de l'analyse économique c'est la rareté des ressources. C'est parce que l'on vit dans un environnement de rareté , avec des ressources finies, que l'on a besoin d'institutions comme la propriété privé, l'échange, les prix, l'offre et la demande pour réguler précisemment ces ressources rares. Si l'on vivait dans un monde abondant où toutes les ressources nous tombaient du ciel, le commerce et le capitalisme n'auraient plus aucune utilité. Donc les malthusiens, encore une fois, ne comprennent pas l'intérêt de la croissance économique, l'intérêt de l'économie de marché pour réguler la production et la consommation de ressources.

Est-ce qu'il existe des ressources naturelles épuisables qu'il vous semble difficile de remplacer ? Je pense par exemple à l'eau... Que faire pour celles-ci ?

Alors premièrement, j'ai du mal avec le concept de ressources naturelles. Selon moi les ressources naturelles n'existent pas, puisqu'elles ne deviennent ressources que grâce à la créativité humaine. Prenez le pétrole, où l'uranium, par exemple, pendant longtemps ils n'étaient que des curiosité géologiques et c'est parce que des êtres humains ont décelé dans ces matériaux une potentielle utilisation productive que ces éléments sont devenus des resscources.  Donc une ressource implique toujours l'idée de la créativité humaine.

Maintenant pour ce qui est du cas précis de l'eau, aujourd'hui elle est abondante, ce qui pose problème c'est l'eau potable. Mais, par exemple, un pays comme Israël développe des techniques de désalinisation qui, certes coûtent cher, mais dans un pays avec une énergie abondante, une pays industrialisé et que l'on peut se permettre d'utiliser de l'énergie pour ce genre de procédés et bien l'eau n'est plus un problême. Et, globalement encore une fois, le but du commerce et sa finalité c'est précisemment de permettre à des populations d'accéder à des ressources qu'elles n'ont pas sur leur sol en échange de biens et de services qu'elles fournissent soit à l'intérieur d'un pays soit en exportant des marchandises en fonction de leurs avantages compétitifs. Là encore je ne pense pas que le spectre d'une pénurie soit quelque chose de crédible pour peu encore que les pays se dotent des bonnes instiuttions, des bons systèmes politiques et économiques.

Pour les pays en marge, le problème est toujours institutionnel ou politique, il n'est pas naturel. C'est-à-dire que le propre des sociétés humaines depuis deux siècles, c'est de s'adapter aux contraintes naturelles et d'innover pour permettre à ces sociétés de s'adapter parfois à des conditions très extrêmes. Prenez par exemple Dubaï : il y a quelques décennies c'était un désert et aujourd'hui une société prospère a vu le jour.

Ce qui explique la richesse ou la pauvreté d'un pays ce n'est pas son environnement ni ses ressources mais avant tout les institutions qui permettent à la créativité des hommes de s'exprimer. Aujourd'hui le danger pour certains pays africains, par exemple, est politique, cutlurel et institutionnel : s'ils ne se dotent pas des bonnes institutions politiques ils risquent effectivement de rester en marge et de ne pas se développer au même rythme que les autres et donc de manquer de ressources mais il n'y a pas de fatalisme puisque le problème n'est pas naturel mais politique.

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