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Emmanuel Macron prononce un discours après une visite dans une usine du fabricant Valeo à Etaples, près du Touquet, le 26 mai 2020.
Emmanuel Macron prononce un discours après une visite dans une usine du fabricant Valeo à Etaples, près du Touquet, le 26 mai 2020.
©LUDOVIC MARIN / PISCINE / AFP

Miracle post Covid

Rentabilité record des entreprises françaises : mais que s’est-il vraiment passé ?

Les entreprises françaises sont rentables. Leur taux de profit est au plus haut, selon l'INSEE. Est-ce un redressement structurel ou un effet post Covid ?

Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Atlantico : Le taux de profit des entreprises est à un très haut niveau. Est-ce un redressement structurel ou un effet post covid ?

Don Diego de la Vega : Il faut effectivement d’abord s’interroger sur la mesure et se méfier de la photographie a un instant T. On peut faire dire tout et n’importe quoi à des données si on les isole. Il faut regarder l’ensemble de la séquence et la tendance. Actuellement, il y a 6 % de croissance, pourtant personne ne peut croire que c’est la croissance potentielle française, il s’agit simplement d’un rebond. Donc toutes les séries macroéconomiques doivent être analysées « cum grano salis ». Donc il y a un taux de profit des entreprises françaises qui en instantané est bon, comme tout le reste. En tendance, il y a un problème de normalité des entreprises françaises. Quand les choses vont se normaliser, que la croissance va redescendre à 1%, il sera au mieux passable, au pire insuffisant. Le taux de profit peut témoigner d’une certaine santé et permettre un relatif autofinancement.

Si le taux de profit actuel se maintenait, serait-ce une bonne nouvelle ?

Un taux de profit trop élevé signifierait un problème de concurrence. Si les taux de profits se maintiennent haut dans une économie proche de la stagnation, c’est probablement que les entreprises ne sont pas assez concurrencées et que l’économie n’est pas efficiente. Tant les libéraux que les marxistes vous diront que de larges marges ne doivent pas être interprétées comme une victoire du capitalisme français. Un taux de profit élevé n’est pas bon dans l’absolu. Dans la configuration actuelle, si cela dure c’est que ce sont des secteurs trop protégés et zombifiés. Dans une économie qui est saine, toute marge est attaquée.

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Toutes les entreprises sont-elles logées à la même enseigne ?

Il faut faire un distinguo entre petites et grosses boites. Ce sont deux mondes qui ne se fréquentent quasiment plus. Les petites boites ont un meilleur taux de profit mais sont fragiles. Parmi elles, certaines ont été aidées par les dispositifs temporaires du gouvernement. Cela explique que le taux de défaut soit historiquement bas depuis 18 mois, malgré une pandémie. Donc il faut faire attention pour l’avenir.

Dans les grandes entreprises du CAC 40, les profits sont bons. Mais si on pensait qu’ils l’étaient vraiment, et ce durablement, il faut se demander pourquoi le CAC est à 6500 points, soit le niveau d’il y a 22 ans. Donc soit le taux de profit n’est pas aussi bon qu’il y parait soit, plus probable, il est réel mais personne ne croit qu’il va se maintenir. Il y a effectivement des boites qui s’en sortent très bien, L’Oréal, LVMH, etc. mais elles ne vendent pas en France. Le luxe mène le CAC 40 car il ne dépend pas de la demande intérieure.

Se réjouir de ce taux de profit, c’est une erreur et c’est indécent car cela laisse entendre que le problème est résolu. Ce n’est pas le cas. Les entreprises françaises s’endettent, elles sont souvent sous pavillon étranger, ce qui fait que nos profits ne restent pas entièrement France.

Que peut-on faire pour restructurer les entreprises et avoir un taux de profit durable ?

On pourrait faire progresser l’épargne de long terme et faire investir en action, cela permettrait que les fonds tournent pour la France et non pour l’étranger. il faut également un désarmement règlementaire sur plusieurs années, notamment un choc de simplification pour les PME. Il y a aussi la question du biais fiscal qui est trop favorable au financement par endettement plutôt que par fonds propres. Si ces profits étaient stables, ce serait un argument supplémentaire en faveur de la participation des salariés dans l’entreprise

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