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D'un peu moins de 184 000 titres de séjour délivrés en 2008, on est passé à près de 210 000 délivrés en 2014 en France.
D'un peu moins de 184 000 titres de séjour délivrés en 2008, on est passé à près de 210 000 délivrés en 2014 en France.
©Reuters

L'heure des comptes

Rapport de l'OCDE : le point sur l'immigration en France et en Europe indépendamment des flux de réfugiés

L'OCDE publiait son rapport annuel sur l'immigration ce mardi 22 septembre 2015. Le constat est clair : on parle de "crise humanitaire sans précédent". Pour autant, les réfugiés syriens ne sont pas les seuls migrants à franchir les rives de l'Europe et de la France ; au contraire. L'immigration comporte différentes formes, dont toutes ne sont pas quantifiables.

Jean-Marc Zaninetti

Jean-Marc Zaninetti

Jean-Marc Zaninetti est professeur de géographie à l'Université d'Orléans. Il est l'auteur de "Géographie des peuplements et des populations" (PUF, 2011).

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Atlantico : Mardi 22 septembre 2015, l'OCDE publiait un rapport (voir ici) concernant l'immigration en Europe. Outre la crise des réfugiés Syriens à laquelle l'Europe fait face aujourd'hui, quelles sont les autres formes d'immigration ?

Jean-Marc Zaninetti : On distinguera principalement les mouvements de réfugiés (et demandeurs d'asile) des autres migrants, qui quittent leur pays pour divers motifs positifs, études, emploi, rapprochement familial, retraite sans y être contraints.

Les pays d'Europe sont-ils tous logés à la même enseigne en matière de migrations. Quels sont les pays qui accueillent le plus de migrants et comment peut-on expliquer ce différentiel avec les pays qui en accueillent moins ?

Non, l'Europe est très hétérogène en matière migratoire, et c'est le résultat d'une longue histoire. Pour faire simple, on peut distinguer les pays centraux (Royaume Uni, France, pays du Benelux, Suisse, Allemagne de l'Ouest, Suède) qui accueillent de nombreux immigrants depuis plus de 1/2 siècle. Ces pays plus industrialisés, plus anciennement prospères et développés ont éprouvé le besoin d'accroître leur population active par le recours à l'immigration à un moment ou à un autre. En conséquence, leur population est accoutumée à la diversité culturelle des communautés de migrants, en particulier dans les très grandes villes où elles forment des minorités visibles (40% des immigrés en France résident en Ile-de-France). Les migrations en provenance des anciens empires coloniaux ont joué un rôle historique important dans des pays comme le Royaume Uni et la France, mais aussi dans une moindre mesure en Belgique et aux Pays Bas. Inversement, les pays périphériques de l'Union ont une longue tradition d'émigration de leur population (Irlande, Portugal, Espagne, Italie, Slovénie, Croatie, Grèce, Pologne, mais aussi Finlande par exemple). Pour de nombreux pays d'Europe, l'immigration est un phénomène récent (Italie, Espagne, Irlande, Portugal par exemple) ou même une nouveauté (Hongrie, Slovaquie, République Tchèque, Pologne, Pays Baltes). Même s'il y a eu quelques migrations internationales dans le cadre du bloc de l'Est, elles sont restées marginales. la différence de ressenti entre les pays européens face à la crise des réfugiés actuelle s'explique par ces différences de trajectoire historique, des différences de contexte culturel et parfois des histoires tourmentées où les petits pays ont été opprimés par les grandes puissances, comme l'Union Soviétique. je ne crois pas qu'il faille être trop prompt à condamner la Hongrie, du moins pas avant d'avoir fait notre propre examen de conscience auparavant.

Selon la définition internationale des Nations Unies est immigrée "toute personne qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né". Suivant cette définition, le dénombrement des immigrés résidant en France en 2013 était environ de 7,4 millions de personnes (11,6% de la population totale) dont environ 5,5 millions provient de pays extérieurs à l'Union Européenne (source ONU, tendances des migrations internationales, révision 2013). Dans cette population immigrée, il y a des gens de tous âges dont l'immigration peut être récente ou ancienne. En proportion de sa population totale, la France se situe dans la moyenne européenne, loin derrière la Suède (15,9%, l'Irlande (15,9%) et l'Autriche (15,7%), l'Espagne (13,8%), le Royaume Uni (12,4%) et l'Allemagne (11,9%), mais devant l'Italie (9,4 %). La principale raison de ces disparités tient à la situation récente du marché du travail, languissante en France depuis de longues années. Alors que notre pays était parmi les plus attractifs avant 1975, il a cédé beaucoup de terrain depuis les années 1980.

Dans le cadre de la France spécifiquement, quelles sont les premières causes d'immigration ? Quelles sont également les populations qui viennent sur notre sol ? Dans quelles proportions ?

Si l'on s'intéresse au flux annuel des entrées sur le territoire, on observe un flux croissant d'entrées sur le territoire depuis quelques années. D'un peu moins de 184,000 titres de séjour délivrés en 2008, on est passé à près de 210,000 délivrés en 2014. Le motif "économique" est peu fréquent (20,000 entrées par an). le Regroupement familial, privilégié par la loi française depuis 1974, est le cas le plus fréquent (93,700 entrées en 2013, 92,000 en 2014). Le motif "études" est très courant (65,000 entrées en 2014). en 2014, la France n'a pas délivré 20,000 titres de séjour pour un motif humanitaire au titre du droit d'asile.

Selon l'INSEE, parmi les immigrés entrés en France en 2012, près d’un sur deux est né dans un pays européen et trois sur dix dans un pays africain. L’immigration d’origine européenne est majoritairement portugaise, britannique, espagnole, italienne ou allemande. Ces cinq pays représentent 57% des entrées d’immigrés nés en Europe et un quart de l’ensemble des entrées en 2012. Les nouveaux immigrés d’origine africaine viennent quant à eux pour moitié des pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie). Enfin, les nouveaux immigrés nés en Chine (3% des entrées en 2012) sont presque aussi nombreux que ceux nés en Allemagne.

L'immigration illégale est difficile à quantifier. Pour autant, existe-il des estimations et si oui lesquelles ? Y'a-t-il moyen, comme aux Etats-Unis, de réaliser des études plus pertinentes sur le sujet ?

Par définition, le nombre d'étrangers résidant sur le territoire en condition irrégulière est inconnu. MM. Georges Othly et François-Noël Buffet ont déposé un rapport sur ce sujet au Sénat le 6 avril 2006. Ce rapport pointe l'importance des Départements et Régions d'Outre-Mer dans le phénomène, en particulier Mayotte et la Guyane qu'ils jugent "submergées par l'immigration clandestine massive". Ils estiment le nombre d'orpailleurs clandestins à 5,000 à 10,000 en Guyane. Les forces de l'ordre ont interpellé 63,680 personnes en situation irrégulière en France métropolitaine en 2005. Les deux sénateurs soulignent à quel point les "chiffres sont sujet à caution", mais avancent au détour du rapport une estimation, "si l'on considère en revanche que 300.000 immigrants irréguliers séjournent sur notre territoire, alors le flux annuel d'entrées se situe entre 30.000 et 40.000 personnes, évaluation tout à fait compatible avec celle de l'INED."

La méthode d'estimation dite "résiduelle" utilisée aux États-Unis et en Grande-Bretagne consiste à rapprocher des données décalées dans le temps relatives à l'importance de la population d'origine étrangère -mesurée par le recensement- et à évaluer l'immigration irrégulière en isolant les variations pouvant être expliquées par les flux de migrations régulières. La France se refuse à appliquer ce type de méthode critiqué par l'INED et l'INSEE pour son manque de scientificité.

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