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Le radicalisme militant en Israël se renforce au sein des milieux du nationalisme religieux et messianique israéliens.
Le radicalisme militant en Israël se renforce au sein des milieux du nationalisme religieux et messianique israéliens.
©Reuters

Hooligans

Qui sont les nouveaux extrémistes religieux en Israël ?

Après le décès d'un bébé et de son père dans une maison de Cisjordanie incendiée par des extrémistes israéliens le 31 juillet, manifestations et heurts ont agité la région. Il y a un an, un Palestinien trouvait la mort brûlé à Jérusalem par des Israéliens. La question des juifs ultra-nationalistes et violents en Israël et au sein des implantations continue de mobiliser.

Gil  Mihaely

Gil Mihaely

Gil Mihaely est historien et journaliste. Il est actuellement éditeur et directeur de Causeur.

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Atlantico : Les extrémistes juifs militants sont-ils plus nombreux ces dernières années et que revendiquent-ils ?

Gil Mihaely :Sans pouvoir mesurer l’évolution du phénomène dans le temps, il est clair que le radicalisme militant en Israël se renforce au sein des milieux du nationalisme religieux et messianique israéliens. Il faut toutefois rappeler que le noyau dur du mouvement de la colonisation, lancé en 1974-1975, a très vite "accouché" d’un premier mouvement terroriste qui a opéré entre 1980 et 1984. Le problème fondamental était, déjà à l’époque, les rapports avec l’Etat d’Israël et la légitimité de ses institutions. Pour les terroristes juifs qui, quelques années auparavant, sont arrivés avec leurs camarades à forcer la main du 1er gouvernement de Rabin (1974-1977) et créer des implantations en Cisjordanie contre la politique israélienne, prendre les armes ne fut qu’un pas de plus dans la même logique - l’Etat juif est un outil et non pas une fin en soi car l’objectif n’est pas politique mais messianique.

Le plus inquiétant est le fait que cet état d’esprit semble de plus en plus répandu, notamment dans certaines colonies en Cisjordanie, surtout depuis le choc du démantèlement des 23 villages dans la bande de Gaza il y a exactement dix ans. Ce sont ces jeunes, en rupture totale avec le raisonnement politique et munis d’une grille de lecture simpliste et surtout "directe" de la bible et des exégèses – ils courcircuitent les autorités rabbiniques officielles – qui passent à l’acte.    

Des légitimistes proches du rabbin Aviner -qui respectent les décisions gouvernementales- aux disciples du rabbin Meir David Kahane, en passant par les sympathisants du parti ultra nationaliste Otzma Yehudit, les courants sont variés. Ceux que l'on a appelé "les jeunes des collines" (voir ici) font beaucoup parler d'eux depuis une dizaine d'années. Quels sont les différents profils ?

Pour aller vite, on peut qualifier cette micro-culture d'un mélange d'idées relatives à la décroissance, au retour à la terre et au rejet de la société de consommation, avec une volonté de retour aux "sources" religieuses littéralement radicalistes (radix-radical = racine) et fondamentalistes (retour aux fondamentaux). Autrement dit, ce sont en quelque sorte des zadistes ultra-nationalistes pratiquant rigoureusement le judaïsme orthodoxe.

Quand on regarde de plus près on trouve d’autres profils – des marginaux ou des fils de familles qui se sont radicalisés – et tous gravitent quasiment toujours autour de petites colonies sauvages ou plus radicales, et fréquentent les jeunes leaders informels connus uniquement des initiés qui y habitent (et, espérons-le, des services de renseignement). 

Des colonies illégales sont devenues légales au bout d'un certain temps comme celle de Esh Kodesh. Quelle est véritablement la capacité de nuisance de ces mouvements ultra nationalistes ?

Cette capacité est énorme quand ils jouent avec des allumettes à côté de la plus grande poudrière : les mosquées de Jérusalem. Depuis toujours, leur jackpot consisterait à faire sauter al-Aqsa (Mosquée de Jérusalem qui consitue le troisième lieu saint pour les Musulmans, après La Mecque et Médine ndlr). Mais même la réalisation d'un projet beaucoup moins ambitieux pourrait avoir des effets de tsunami planétaire. Des attentats "classiques" peuvent aussi déclencher une vague de violence. Les sociétés arabes et musulmanes sont très sensibles et s'enflamment avec une grande facilité comme nous avons pu le constater avec l’affaire des caricatures et celle des versets sataniques.  

Ces dernières semaines, un certain laxisme a été de nouveau reproché au gouvernement israélien. Ce dernier ferait preuve d'une certaine indulgence à l'égard de la violence des individus coupables de violence à l'égard des Palestiniens. Quelle est la part de réel dans cette position ?

Elle est vraie, mais avec des nuances. Des assassins et des terroristes juifs sont poursuivis et punis, mais ce n’est pas toujours le cas lorsqu'il s’agit de crimes et délits moins graves. Or, justement, la question centrale est celle du respect des institutions et de l’Etat de droit. Voilà le véritable défi lancé par les colons radicaux au gouvernement israélien : pour eux, celui-ci est leur bras armé et non un cadre à respecter par principe. Avec le temps, des générations d’Israéliens nés en Cisjordanie (deuxième ou troisième génération nées sur place) grandissent dans un environnement physique et culturel d’un "Etat dans l’Etat" où la vie n’est pas tout à fait pareille qu'à l’ouest, sur la côte.Ce phénomène encourage le développement des conditions de rupture chez certains. Contrairement à leurs grands-parents qui avant de s’installer en Cisjordanie à l’âge adulte vivaient dans des villes et villages religieusement et politiquement mixtes, ils vivent eux dans des environnements très, et peut être trop, homogènes.  

Le parti Otzma n'a pas réussi à passer le cap des 2% en 2013, ne recueillant que 9.000 voix. Lors des élections législatives de cette année aucun représentant du parti n'a présenté de liste. Quel est le poids électoral des ultra-nationalistes ?

Il faut raisonner en cercle concentrique. Ceux qui pensent qu’in fine la religion doit avoir le dernier mot sur des questions aussi bien d'ordre politique que purement théologique (comme le Shabat ou la cacherout) sont les plus nombreux, même s’il est difficile d’estimer leur nombre exact.  Plusieurs milliers ? Quelques dizaines de milliers ?

Ensuite on observe une espèce de "cascade de la radicalisation" qui aboutit à plusieurs dizaines de personnes susceptibles de passer à l’acte, de tuer, voire de déclencher l’apocalypse. L’expérience du retrait de la bande de Gaza a démontré qu’au moment de l’évacuation les plus radicaux n’ont opposé qu’une résistance passive, c’est-à-dire qu’ils ont choisi de ne pas rompre avec la légitimité issue des urnes et appuyée sur l’Etat de droit et ses institutions. Mais c’était il y a dix ans.

Propos recueillis par Rachel Binhas

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