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Barbara Pompili, présidente du groupe EELV de l'Assemblée nationale.
Barbara Pompili, présidente du groupe EELV de l'Assemblée nationale.
©Reuters

Vert et rouge

Quels risques prendrait vraiment le PS à euthanasier les Verts ?

Cécile Duflot s'est récemment illustrée dans une interview donnée au journal Le Monde en soutenant les manifestants contre le projet d'aéroport de Jean-Marc Ayrault. Des dissensions de plus en plus nombreuses qui éclatent entre le PS et les Verts, à se demander ce qu'ils gagnent à faire route ensemble.

Daniel Boy

Daniel Boy

Daniel Boy est directeur de recherche (FNSP) au CEVIPOF et enseignant au master de Sciences Po notamment en analyse quantitative des données.

Ses recherches se sont développées dans trois domaines : la sociologie électorale, l’écologie politique en France et en Europe, les relations entre science, technique et société.

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Atlantico : Les dissensions sont de plus en plus nombreuses au sein de la majorité, notamment entre les Verts et le PS. Le week-end du 22-23 février, elles ont été particulièrement exposées via l'affaire de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, et pourtant, les Verts et le PS continuent de faire front commun. Qu'est-ce que le PS risque à se séparer définitivement d'un parti politique qui ne mobilise que 2 à 3% des suffrages ?

Daniel Boy : Europe Écologie les Verts ne représente pas seulement deux ou trois pourcents des suffrages. Les écologistes ne mobilisent 2 à 3% des suffrages que lorsque l'on parle d'élection présidentielle ; et d'élection présidentielle uniquement. Sitôt qu'on s'attarde sur une autre élection, comme les européennes par exemple, les scores frisent d'avantage le 8 à 10%, voire 16% aux dernières européennes. Le nombre de suffrages que les Verts parviennent à mobiliser dépend en vérité des élections. On ne se fonde pas sur un seul suffrage, fut-il d'ampleur présidentielle, pour estimer ce qu'un parti représente. Leur capacité de "nuisance" ne peut pas être juste évaluée sur une élection, donc. Il faut rappeler que même aux législatives, où ils ne font pas beaucoup face à une concurrence PS, un parti qui vise la majorité ne peut pas vraiment faire l'impasse sur 4 ou 5%.

Il faut également prendre en compte les votes qui arriveront bientôt au Parlement, notamment ceux qui concernent le pacte de responsabilité. On compte 292 députés PS, une quinzaine estampillés Front de Gauche-PC, et 17 écologistes. Concernant le pacte de responsabilité, comment faire la majorité ? Le Front de Gauche et le PC ne le voteront évidemment pas, de même qu'on peut s'attendre à un certain nombre de défections au sein du PS. Une fois encore, il serait compliqué de se refuser aux votes des écologistes, qui pourraient faire pencher la balance.

Peut-on parler de problème de légitimité ? Qu'elle est la place des Verts au gouvernement, alors qu'ils ne représente qu'une portion réduite de l'électorat français et disposent néanmoins d'une influence considérable sur les décisions politique, du fait de leurs ministres ?

Le socle de légitimité des verts n'est autre que les élections locales et régionales. Ce sont les élections les plus significatives. Ils ont fait 12% aux dernières régionales et sont, il ne faut pas l'oublier, en coalition avec la gauche sur la quasi-totalité des régions de France. Il est difficile de passer à côté de ça.

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un problème démocratique : démocratiquement parlant, il a toujours été autorisé de faire des alliances avec des partis plus petits et moins influents.

Inversement, il est possible de se poser la question autrement : d'avantage que ce que le PS risquerait à euthanasier EELV, qu'a-t-il à gagner en le gardant à ses côtés ? De quoi lui font profiter les Verts ?

Pourquoi faire cette alliance avec les Verts à l'occasion des présidentielles et des législatives ? Le PS a supposé, en vérité, qu'il avait un certain potentiel de voix. De même, qu'il y avait évidemment une connotation symbolique importante. On sait que le PS et l'écologie, c'est assez proche dans les tendances, ce qui ne pouvait pas être négligé. Il s'agissait de recréer cette "gauche plurielle" des années 1997-2002, qui donnait une certaine dynamique au mouvement.

Ils ont pensé, dans la même veine, qu'un PS à la coloration rouge teintée de reflets verts saurait installer les intérêts écologiques ; que le PS n'avait jamais vraiment abordé auparavant. Cette alliance lui permettait donc de capter les parts de notre société et de notre population qui répondent favorablement à ces enjeux.

Qu'en est-il d'eux, par ailleurs ? Qu'est-ce que les Verts ont à perdre (et qu'ils ne craignent pas de perdre, semble-t-il) en se détachant du PS ?

Énormément. A commencer par la capacité à influencer. Il s'agit d'un parti minoritaire, et bien qu'il ne soit pas le seul, ça ne renforce pas son influence pour autant. Sans le PS, et sans cette alliance qu'ils ont conclu, EELV ne pourra tout simplement plus influencer sur le programme : il perdra tout son pouvoir décisionnel. L'idée que porte les Vert , c'est tant la diminution de l'usage du nucléaire que la transition écologique. Ils essayent d'influer sur un projet de loi qui tarde déjà à venir, et en dépit des retardements à répétition. Si jamais ils ont un espoir d'avoir leur mot à dire là-dessus, c'est bien en restant au sein du gouvernement. Pas autrement.

Sans doute ont-ils beaucoup à perdre, mais néanmoins,  ont-ils à  gagner ? Serait-il possible pour eux de s'inspirer des Grünen allemands ? Un parti politique, entier et indépendant, qui parvient à fédérer entre 14 et 15% des votes ?

En premier lieu, il faudrait déjà que le mode de scrutin soit le même : la France et l'Allemagne n'utilisent pas les mêmes. Si en France, le scrutin est majoritaire, en Allemagne c'est différent, et comme dans beaucoup de pays, il est bien plus facile pour les Verts de s'exprimer dans le cadre d'un scrutin proportionnel. Il n'y a pas autant besoin de s'allier avec un système mixte ! Si la France avait un système proportionnel, comme on a eu entre 1986 et 1988, ce que réclament les Verts et que le PS n'est sans doute pas prêt à leur accorder, on aurait vraisemblablement des résultats comparables à ceux des Grünen.

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